vendredi 31 janvier 2020

L'empreinte de l'orc - 51

Un seau d’eau glaciale le fit revenir à lui.
— De quel poison t’es-tu servi ? hurla un orc dont une oreille était déchiquetée.
Comme Cyan ne répondait pas, encore trop étourdi pour cela, l’orc répéta la question tout en le gratifiant d’un nouveau jet d’eau.
Cyan s’efforça d’expliquer que ce n’était pas lui et que par conséquent, il ne savait pas.
— Tu gaspilles ta salive avec tes mensonges !Maudit humain, tu as bien mal repayé la générosité du prince.
Cyan était d’accord avec lui sur ce point. Après tout, c’était sa faute si l’inconnu barbu avait tiré sur Gulrik.
L’orc lui donna plusieurs coups de pied dans le ventre, lui demandant encore et encore la même chose.
Cyan ne put que crier son innocence.
L’orc à l’oreille déchiquetée finit par le laisser.
Cyan, quand il eut recouvré son souffle, découvrit qu’il avait été porté dans un cachot. Les murs et le sol étaient composés de grosses pierres et la porte était constituée d’épais barreaux de fer.
Il n’y avait pas de lumière si ce n’est celle de la torche qui brûlait dans le couloir. Une autre cellule faisait face à la sienne, mais elle était vide.
Cyan se replia en boule sur lui-même. Il était mouillé, il faisait froid, il avait mal et il se faisait du souci pour Gulrik.
Ce n’était pas bon signe que les orcs veulent à tout prix connaître le nom du poison qui avait été utilisé. Ils n’arrivaient peut-être pas à soigner leur prince.
Cyan fut presque content quand son geôlier revint.
— Comment va le prince ? demanda-t-il en se redressant avec peine.
— Tu voudrais savoir si tu as réussi ton coup, hein, cafard ? Je ne te donnerai pas cette joie. Tu ferais mieux de trembler pour ta vie. Il a été décidé que tu serais pendu publiquement à l’aube dans trois jours.
L’annonce de sa mort prochaine troubla moins Cyan que le refus de l’orc de lui révéler l’état de santé de Gulrik.
— Il est encore vivant, n’est-ce pas ?
L’orc tourna les talons sans lui répondre. Cyan aurait préféré une pluie de coups à ce silence.
Plus tard, un autre orc lui apporta une outre d’eau et une miche de pain dure comme du bois, mais ne répondit pas non plus à ses questions sur le prince.

jeudi 30 janvier 2020

L'empreinte de l'orc - 50

L’homme enleva la flèche avec dextérité. La pointe ensanglantée fit frémir Cyan.
— Aide-moi, grogna l’inconnu.
Cyan obéit. Sans cesser de jeter des coups d’œil au barbu, il procéda avec la lenteur et précaution si bien qu’il n’en retira qu’une pendant que l’homme se chargeait des autres.
Le barbu lui arracha la flèche des mains.
— Maintenant, tirons-le ici, déclara l’homme pointant des fourrés.
Sachant que Gulrik était étendu sur de l’herbe, l’installer dans un mélange de fougères et de broussailles n’avait pas de sens... à part s’il voulait dissimuler le corps.
Cyan refusa.
D’un geste rapide et brutal, l’homme l’attrapa, enroulant un bras de sa gorge et serrant.
— Écoute, lui dit-il à l’oreille, quel que soit ton attachement à cet orc puant, tu as intérêt à te montrer coopératif. Ne m’oblige pas à t’éliminer.
Bien que l’homme soit intervenu en croyant le sauver de l’étreinte d’un orc, la menace était claire, il était désormais prêt à tuer Cyan. C’était risible.
Cyan n’avait aucune envie d’obéir docilement. Il n’avait rien demandé. Il songea qu’un bon coup de pied dans le gros orteil d’un humain ferait également son petit effet.
Sa riposte surprise fonctionna et le barbu le lâcha en pestant.
Cyan en profita pour dégainer son poignard et le tint à deux mains devant lui.
Cela ne parut pas perturber l’inconnu. La posture de Cyan trahissait son manque d’expérience.
Cependant, avant que l’inconnu n’essaie de le désarmer, des voix se firent entendre. Des orcs arrivaient.
L’homme barbu jura entre ses dents et prit la fuite à toutes jambes.
Cyan, lui, rangea son poignard et s’agenouilla auprès de Gulrik. Ce dernier respirait toujours, mais de façon saccadée et sa peau était brûlante.
Un instant plus tard, des orcs les encerclaient.
— Écarte-toi de lui, ordonna le plus grand et le plus massif d’entre eux.
Roknok.
Cyan essaya d’expliquer ce qui s’était passé. Nul ne parut vouloir l’écouter. Cyan préféra s’exécuter. L’important était que Gulrik soit soigné au plus vite.
Un orc évalua l’état du prince tandis que Roknok le délestait de son poignard et attachait les pieds et les mains de Cyan.
— Cette vermine d’humain l’a pris en traître et usé de poison, s’indigna l’orc examinant Gulrik.
— Tuons-le ! s’écria un autre membre du petit groupe.
— Non, intervint Roknok, en jetant Cyan sur son épaule. Le roi voudra qu’il soit interrogé et c’est lui qui décidera de son sort.
Les orcs protestèrent, mais se rangèrent à son avis.
Cyan tenta une fois de plus de rapporter les événements tels qu’ils s’étaient produits afin que quelqu’un cherche à capturer le véritable coupable, en vain.
Un brancard de fortune fut fabriqué en deux temps trois mouvements et le groupe s’en retourna à la forteresse à toute allure.
Tête en bas, le sang lui montant à la tête, épuisé et secoué comme un sac de patates, Cyan, en dépit de son inquiétude pour Gulrik et son propre sort, finit par sombrer dans l’inconscience.

mercredi 29 janvier 2020

L'empreinte de l'orc - 49

Cyan s’extirpa non sans difficulté  du grand corps massif de l’orc et il s’apprêtait à examiner les flèches qui dépassaient du dos de Gulrik, quand un homme barbu arriva à pas silencieux, vêtu de façon à se fondre avec le paysage. Il portait un carquois et un arc. Que faisait un humain à Orcania et pourquoi s’en était-il pris à eux ?
La peur au ventre, Cyan se plaça entre l’inconnu et Gulrik.
— Que voulez-vous ? demanda-t-il d’une voix tremblante.
L’homme écarquilla les yeux.
— Il semblerait que j’ai mal jugé la situation, grommela-t-il.
Cyan ne comprit pas.
Comme l’homme se penchait sur Gulrik, Cyan s’interposa.
— Ne le touchez pas !
L’homme se redressa.
— Ne t’énerve pas ! Je croyais que cet orc t’agressait. C’est pour ça que je suis intervenu. Avoue quand même, un humain qui batifole de son plein gré avec un orc, c’est plus que rare. En même temps, le fait que tu sois à Orcania aurait pu me mettre la puce à l’oreille. Ah, la plaie !
L’homme avait donc cru le sauver en intervenant. Voilà qui était aussi terrible qu’absurde. En attendant, ce n’était pas normal que Gulrik soit dans cet état à cause de quelques flèches.
— Pouvez-vous m’aider à le soigner ?
L’inconnu regarda Cyan comme s’il avait perdu la tête.
— Je n’ai pas l’anti-poison sur moi. Le mieux serait encore de l’achever, annonça-t-il. Ah, dans quel guêpier me suis-je fourré à jouer les justiciers !
Cyan en voulut à l’homme de parler tranquillement de la mort de Gulrik sans l’ombre d’un remord.
Mourir vite était certes préférable à une lente agonie, mais la seconde option donnait au moins une chance à Cyan de sauver l’orc dont il était tombé amoureux et qui avait été attaqué par sa faute.
Le barbu soupira.
— Commençons par retirer les flèches.
Cela semblait bien à Cyan, excepté qu’il ne faisait pas confiance à l’homme.
En même temps, il n’avait guère de choix.  Même s’il avait désormais le poignard offert par Gulrik, il n’avait aucune expérience pour se battre avec. Sur ses gardes, il laissa le barbu approcher de l’orc.