jeudi 31 octobre 2019

Bleu Ciel Océan - 51

Peu après son retour, Lukas rendit visite à sa mère avec l’intention de confier ses sentiments au sujet de Wata. C’était sérieux entre eux et il n’était pas question de cacher plus longtemps à sa mère qu’il avait trouvé la personne avec laquelle il souhaitait partager son existence.
— Alors, ton voyage au Japon ? demanda sa mère, une fois qu’ils furent installés dans le salon.
— C’était bien. J’ai revu Wata. Enfin, Wataru. Le Japonais avec lequel j’ai vécu sur l’île.
Il aurait pu se passer de le préciser, il n’y avait aucune chance que sa mère ait oublié, mais même en la sachant ouverte d’esprit, il appréhendait un peu de lui révéler ce que représentait Wata pour lui. Il allait après tout mettre fin à ses espoirs d’avoir des petits enfants.
— Il s’est bien remis ?
— Oui, même si ses souvenirs ne lui sont pas revenus.
Lukas se rendit compte qu’il tergiversait faute de savoir comment aborder le sujet avec délicatesse.
Heureusement sa mère ne perdait pas le nord sur les choses qui lui tenaient à cœur et lui tendit en tout innocence une perche.
— Tu as rencontré une jolie Japonaise ?
— Non, mais je suis tombé amoureux de Wataru.
Sa mère eut un hoquet surpris.
— Tu plaisantes… commença-t-elle. Non, tu es sérieux, rectifia-t-elle d’elle-même. Mais aux dernières nouvelles, tu n’as jamais été intéressé par les hommes… Si ?
— En effet, mais une personne ne se résume pas à son sexe et j’aime Wata.
— Ah, tu es pansexuel.
Ce fut au tour de Lukas d’être étonné. Le terme lui était inconnu. Pour le coup, sa mère en savait plus que lui.
— Hein ?
— C’est le terme utilisé par ceux qui sont attirés par les gens indépendamment de leur sexe ou genre.
C’était une étiquette comme une autre, songea Lukas et elle semblait mieux coller que d’autres. Il mit de côté l’information.
— Tu n’es pas déçue ? s’enquit-il.
— Pourquoi le serais-je ? Je suis surtout contente que tu aies enfin quelqu’un dans ta vie, mon chéri.
— Que nous soyons deux hommes compromet tes plans d’avoir des petits enfants, avança-t-il prudemment.
— Vous pourrez toujours adopter, décréta sa mère. En Belgique, la gestation pour autrui est possible.
Elle était impayable et il avait eu tort de s’inquiéter ne serait-ce que légèrement de sa réaction.
Elle accueillerait Wata à bras ouverts. Lukas ne pouvait en dire autant de la famille du Japonais. Enfin, il n’avait pas encore eu l’occasion de faire connaissance avec ses parents. Ils seraient peut-être moins hostiles que le jumeau. Ils pouvaient difficilement l’être plus en tout cas.

mercredi 30 octobre 2019

Bleu Ciel Océan - 50

La dispute entre les deux frères prenait un vilain tour. L’air furieux de Wata promettait le pire. Avant qu’il ne dise quelque chose qu’il aurait du mal à reprendre et regretterait à son frère, Lukas l’embrassa. Et tant pis pour le spectateur !
Ryuu fut suffoqué, puis marmonna quelque chose sur « ces barbares d’étranger. »
Le baiser s’acheva. Wata cligna des yeux. La colère avait laissé place au désir. Lukas ne demandait pas mieux que d’y répondre, mais encore fallait-il se débarrasser de Ryuu.
Wataru s’en chargea avec les formes.
— Ryuu, que je déménage ou non, cela ne va pas se faire en deux jours, alors en attendant, laisse-moi profiter de Lukas qui n’est au Japon que pour quelques jours.
Ryuu quitta les lieux, non sans une dernière mise en garde à l’égard de son frère.
— Tu ne parles pas un mot de français. Comment te dérouilleras-tu là-bas ? Tu seras complètement dépendant de lui.
— Je suis en train d’apprendre, rétorqua Wata avant de claquer la porte sur son jumeau.
Décidément, Wata était un cachotier. Ses mangas. L’autobiographique comme l’érotique. Son apprentissage de la langue française… Cela aurait peut-être dû inquiéter Lukas que Wata ait autant de secrets, excepté qu’ils n’avaient rien de négatifs. Quelque part, cela contribuait à son charme.
— On peut se parler en français plutôt qu’en japonais, si tu veux t’entraîner.
— Je ne suis qu’au début du manuel, murmura Wata avec embarras.
— Je t’aime, dit Lukas en français.
Les yeux de Wata brillèrent. Il lui dit la même chose avec un accent aussi terrible que craquant.
A l’exception d’une sortie pour remplir le réfrigérateur et les placards, ils passèrent le restant du séjour de Lukas dans l’appartement de Wata, l’hôtel oublié. Il y étaient seuls comme dans leur île, sans le bleu  du ciel et avec tout le confort moderne. Ryuu eut la bonne grâce de ne pas revenir à l’improviste.
Ils firent l’amour à de nombreuses reprises et se parlèrent en japonais comme en français, même si Wata n’avait pas menti en prévenant qu’il débutait.
Ils se dirent au revoir sur place plutôt qu’à l’aéroport. Même en sachant que Wata allait effectuer les démarches nécessaires pour le rejoindre en France, ce fut un véritable arrachement.

mardi 29 octobre 2019

Bleu Ciel Océan - 49

Lukas s’interrompit un instant le temps de mettre du lubrifiant sur ses doigts pour préparer Wata dont les gémissements de plaisir étaient enivrant. Lukas enfila à la hâte un préservatif et le pénétra centimètre par centimètre. Enfin, il fut à l’intérieur. C’était si bon qu’il faillit éjaculer sur le champ comme un adolescent, mais se contrôla in extremis. Il resta immobile autant pour se calmer que laisser à Wata le temps de s’habituer, puis les yeux dans les yeux, ils bougèrent de concert jusqu’à trouver le rythme parfait, celui qui les conduit à la jouissance.
Lukas se retira, ôta le préservatif qu’il posa sans cérémonie par terre et enlaça Wata sans se soucier du sperme qui maculait son ventre. Wata eut un soupir de bien-être significatif.
Ils se douchèrent ensemble, se caressant à nouveau, mais sans aller jusqu’au bout et mangèrent ensemble leur premier repas partagé qui ne soit pas à base de coco et de poisson !
— Tu veux visiter Tokyo ? demanda Wata.
— Non, pas vraiment.
Lukas n’avait jamais eu l’intention de jouer les touristes. Il était venu voir Wata pas la ville et à présent, tout ce qu’il désirait explorer, c’était le corps de Wata.
Ils demeurèrent donc dans leur bulle jusqu’à ce que Ryuu débarque et l’éclate.
Il avait beau avoir le même visage que Wata, il n’avait rien d’adorable et Lukas finit par arrêter d’être poli pour le remettre à sa place et dans le processus, il eut le malheur de révéler que Wataru allait s’installer en France. C’était une affirmation présomptueuse dans la mesure où Wata ne s’était pas encore décidé sur la question, mais ce n’est pas lui qui s’insurgea.
— C’est n’importe quoi. Vous vous connaissez à peine, protesta Ryuu.
— Tu ne comprends pas, riposta Wata. Ce que nous avons vécu sur l’île, Lukas et moi…
Ryuu le coupa, empêchant également Lukas d’en placer une :
— Votre aventure était peut-être intense, mais ce n’était pas réel.
On voyait que ce n’était pas lui qui avait été privé de tout pendant des semaines durant. C’était cependant leurs sentiments que Ryuu remettait en question et là-dessus, il n’avait pas tort. Lukas, lui aussi, avait douté de ce qu’il ressentait pour Wata, seulement le retour au monde civilisé n’avait rien changé. Leur lien avait perduré.
— Tu n’en sais rien, répliqua Wata.
— Tu ne vas pas renoncer à tout pour un étranger. Ce n’est pas toi.