lundi 30 septembre 2019

Bleu Ciel Océan - 28

L’infirmière qui les prit en charge négocia d’une voix douce pour que Wata libère Lukas. Le jeune homme ne voulut pas comprendre qu’ils devaient se séparer le temps qu’on les examine. Lukas essaya également de le convaincre, mais en vérité, cela lui déplaisait tout autant. Ils n’avaient pu compter que l’un sur l’autre pendant tellement de jours qu’il était dur de soudain s’abandonner à des mains étrangères.
Finalement, le personnel médical se résigna à se débrouiller pour les examiner comme s’ils avaient été des frères siamois. Il se révéla qu’ils souffraient seulement de malnutrition et il y avait bien sûr l’amnésie de Wata. Lukas dut jouer l’interprète entre le jeune homme et le docteur. On les laissa prendre une douche dans une des chambres d’hôpital et on leur donna à chacun un t-shirt, un pantalon et des sandales.
A la sortie, ils durent faire face à des journalistes locaux dont la police se débarrassa avant de les amener au poste pour organiser leur rapatriement dans leur pays respectif.
Lukas apprit que Wata s’appelait Wataru Murata et avait en effet la nationalité japonaise. La proximité entre  son vrai nom et celui que Lukas lui avait choisi le frappa en même temps que la réalisation qu’ils allaient nécessairement être séparés. Ils habitaient des pays différents, avaient chacun leur langue et leur vie, même si Wata ne se souvenait pas de la sienne.
Lukas aurait voulu qu’il l’accompagne en France, mais ce n’était pas possible. Wata avait de la famille et des amis qui l’attendait, peut-être même un amoureux ou une petite amie qu’il avait oublié. Lukas s’était refusé à y penser quand ils étaient sur l’île.
Lukas fut autorisé à téléphoner à sa mère. La ligne était mauvaise, mais il ne put rater l’émotion de sa maman.
— Oh, Lukas, c’est toi, c’est vraiment toi… Si tu savais combien de fois j’ai regretté de t’avoir offert un ticket pour cette maudite croisière…
— C’était un accident.
— Je te croyais mort.
— Je suis bien vivant et je vais rentrer très vite.
Sa mère avait des dizaines de questions, mais Lukas était épuisé et bavarder au poste de police n’était pas confortable, même si tout le monde n’y parlait pas le français.
Wata, effrayé et perdu, était toujours pendu à son bras. Lukas lui frottait le dos de la main, désireux de le réconforter, trop conscient que c’était leurs dernières heures ensemble.

vendredi 27 septembre 2019

Bleu Ciel Océan - 27

Lukas s’assit sur sa chemise étalée sur le sable, aux côtés de Wata qui regardait la mer, puis s’allongea pour contempler le ciel.
Soudain, Wata cria et lui tapa l’épaule, montrant quelque chose à l’horizon. Lukas obéit à l’injonction et repéra presque aussitôt la tâche blanche que pointait son compagnon. C’était un bateau. Il renfila son maillot à la hâte et courut nourrir leur feu pendant que Wata criait et faisait de grands gestes. Même le souvenir que dans la plupart des films et livres de naufragés, bateaux ou hélicoptères passaient au loin sans rien remarquer, Lukas se devait de tenter le coup. Pour lui et Wata.
Ils avaient survécu jusque là, mais ils manquaient de tout. C’était peut-être leur seule chance d’être sauvés.
Une fois que les flammes furent hautes et vives, Lukas revint vers Wata et à ses côtés, agita bras et jambes en s’époumonant. Il secoua également sa chemise comme un drapeau.
De façon miraculeuse, au lieu de s’éloigner, le bateau se rapprocha jusqu’à devenir bien visible. A priori, c’était des touristes et non des secouristes.
Ils n’accostèrent pas, s’arrêtant à plusieurs mètres de distance. Ils se retrouvèrent à nager pour rejoindre l’embarcation où des inconnus les aidèrent à monter à bord après une conversation surréaliste dans un anglais approximatif.
Lukas lutta contre l’impulsion d’embrasser Wata. Ils avaient un public et leurs sauveurs n’étaient pas nécessairement ouverts aux relations homosexuelles. Il n’était pas question de risquer d’être rejetés à l’eau.
Les touristes déclarèrent dans un anglais bancal qu’ils allaient écourter leur excursion pour les ramener au plus vite à la civilisation, ce qui était chic de leur part.
Lukas répondit du mieux qu’il put à leurs questions, même s’il en eut vite assez, car leur curiosité était sans fin. Il n’était plus habitué à parler autant et se surprit à mimer avec ses mains à plus d’une reprise.
Ils leur donnèrent ensuite de l’eau et des biscuits.
Lukas se retint de les dévorer, savourant par petites bouchées leur goût sucré. Wata l’imita, silencieux et de toute évidence, sous le choc. Lukas ne pouvait nier qu’il était bizarre d’être à nouveau en présence d’autres êtres humains.
Sur le quai du port, ils furent accueillis par ce qui devait être les autorités locales - l’un de leurs sauveurs les avait prévenues par radio – et conduit à l’hôpital.
Sur la banquette arrière de la voiture, Wata s’accrocha au bras de Lukas comme à une bouée de sauvetage et ne le lâcha plus.

jeudi 26 septembre 2019

Bleu Ciel Océan - 26

Six nouvelles encoches. Autant de jours supplémentaires sur l’île. Le pantalon de Lukas converti en short pour faire des pansements avait rendu l’âme. Ils s’affaiblissaient à manger toujours les mêmes choses et maigrissaient.
Malgré cela, Lukas ne se laissait pas tout à fait aller au désespoir. Si leurs jours étaient comptés, le mieux était encore d’en profiter. D’accord, ils manquaient de tout, mais ils étaient ensemble et le cadre possédait une beauté indéniable : le bleu à l’infini, les reflets du soleil sur les vagues, la voûte étoilée...
Wata devait vraiment désirer le sucer, car il finit par dessiner dans le sable une scène on ne peut plus explicite. Soit c’était son hobby avec un grand H, soit Wata était un dessinateur professionnel.
— Oui, je vois bien où tu veux en venir…
Les grands yeux noirs de Wata se posèrent sur lui, emplis de désir… et d’amour.
Mais Lukas se faisait probablement des idées. Lui-même se sentait amoureux, tout en considérant que c’était à cause de leur situation de naufragés perdus au beau milieu de l’océan où ils pouvaient se croire les deux uniques rescapés du genre humain. Ils se seraient rencontrés ailleurs, il n’y aurait jamais eu d’étincelle. Ils n’auraient jamais été que deux étrangers ne parlant pas la même langue. Seulement, ils étaient passés par dessus bord lors de la tempête, s’étaient retrouvés sur cette île déserte et ils en étaient venus à être attirés l’un par l’autre, à ressentir quelque chose.
Lukas se décida à finalement céder à Wata. Il baissa son maillot de bain tendu par son sexe qui s’allongeait et l’ôta.
— Je suis tout à toi, déclara-t-il en hochant la tête.
Le jeune homme l’enfourna sans tarder. Voir son disparaître dans la bouche enthousiaste de Wata avait quelque chose de délicieusement obscène. Wata prit les bourses de Lukas dans sa main et les massa tout en le suçant avec vigueur. Il savait ce qu’il faisait. C’était divin. Lukas ferma les yeux juste un instant. Quand il les rouvrit, Wata avait baissé ses vêtements et se touchait. Sa façon de donner et prendre du plaisir en même temps était glorieuse. Et les vibrations produites par les gémissements de Wata quand il jouit provoquèrent l’orgasme de Lukas.
Wata avala tout avant de relâcher le membre de Lukas. Il avait la bouche luisante. Lukas l’attrapa par le poignet pour l’aider à se mettre debout, puis nettoya de sa langue le sperme qui maculait les doigts de Wata. A défaut d’être nourrissant, cela changeait de leur régime limité et surtout, cela faisait briller les yeux de Wata.
Peut-être que plus tard dans la journée, ce serait au tour de Lukas de se mettre à genoux devant le jeune homme et pas pour lui mettre une bague au doigt… ! L’image n’avait toutefois rien d’horrifiant. Lukas aurait aimé le couvrir de cadeaux. D’ailleurs, comme il ne pouvait lui en acheter, pendant que Wata pêchait, il lui avait fabriqué, non sans difficulté, un pendentif coquillage dont la « chaîne » en herbes tressées était plus que fragile.