jeudi 28 février 2019

Chocolat blanc - 44

Quand Kembou retrouva Wyatt à la gare, il le salua de façon empruntée, trahissant une nervosité que son ami ne partageait apparemment pas.
Wyatt lui raconta comment il avait essayé de se coucher dès minuit malgré le monde et le bruit et comment il était tombé sur deux invités éméchés de ses parents en train de fricoter sur son lit. Il était reparti discrètement et avait dû attendre qu’ils aient fini leur affaire. Et c’était comme ça qu’il s’était retrouvé à changer ses draps à une heure du matin.
Kembou compatit et finit par se détendre en écoutant son ami.
Son stress revient cependant à tout allure  devant l’immeuble où se trouvait le studio de Wyatt.
Il monta les escaliers lentement et inspira à fond avant de passer le pas de la porte.
— On se prend un chocolat chaud ? demanda Wyatt. J’ai déniché une recette inratable… Non, parce qu’avec la poudre de cacao, c’était toujours trop amer.
— Je n’ai pas soif, souffla Kembou. Mais vas-y, n’hésite pas à t’en préparer un.
Wyatt le regarda et s’humecta les lèvres. Il était irrésistible, ses yeux bleu-verts posés sur lui, sa bouche brillante, mais Kembou n’osa pas l’embrasser, même s’il en mourait d’envie. Et puis, parce qu’il s’en voulait de son manque de courage, il pencha son visage vers Wyatt qui eut un mouvement de recul.
Kembou eut l’impression que ses peurs se réalisaient.
— Viens dans la cuisine, dit Wyatt.
Kembou le suivit en traînant les pieds et s’assit sur une chaise tandis que son ami sortait une tasse et une casserole du placard.
Wyatt se tourna vers lui et dut remarquer à quel point Kembou était malheureux, car il s’approcha et effleura soudain ses lèvres d’un baiser aussi léger qu’un papillon avant de récupérer une bouteille dans le réfrigérateur comme si de rien n’était.
Le cœur battant à cent à l’heure, ne sachant plus ce que Wyatt attendait de lui, Kembou l’observa en silence  placer une casserole sur le feu, verser le lait, y plonger deux barres de chocolat et mélanger avec une cuillère.
Enfin, son ami s’installa en face de lui, une tasse fumante entre les mains.

mercredi 27 février 2019

Chocolat blanc - 43

Il allait fermer sa boîte de réception, quand il remarqua qu’il avait un nouveau message, un de Wyatt, il cliqua dessus avec impatience.

Cher Kembou,

J’aurais des milliers de choses à te dire et te demander, mais je préfère le faire de vive-voix.
Pourrions-nous nous rendre ensemble à mon studio, le 1er janvier ? Nous pourrions y discuter tranquillement…

En attendant, je t’envoie le début de mon roman – je n’ai pas encore tapé tout ce que j’ai écrit, mais… j’ai envie d’avoir ton avis.

A très bientôt,
Wyatt


Kembou ouvrit sans tarder la pièce jointe et sans se soucier de Rokia qui lui conseillait d’aller se coucher, il lut.
Wyatt avait une sacrée imagination et était doué avec les mots.
Kembou, arrivé à la fin du document, fut frustré : il voulait la suite.

Cher Wyatt,

Je serais ravi de te retrouver pour le premier jour de la nouvelle année.
Comme  tu sais, ce n’est pas notre truc de réveillonner, mais toi, ne seras-tu pas épuisé après la grande fête qu’organisent tes parents ?
Quant à ton histoire, cela démarre très bien. J’ai hâte que tu m’envoies la suite.


Kembou hésita. Il avait l’habitude de conclure par une formule neutre, mais il avait besoin de marquer que leur relation avait changé.

Je t’embrasse,
Kembou


Il avait bien failli déposer un baiser sur ses lèvres plutôt que sur le sommet de son crâne. Seulement, il n’avait pas pu, pas en pleine rue.

Les derniers jours de l’année lui parurent long en dépit de deux mails de Wyatt comportant la suite de son roman.
Une part de lui craignait d’avoir rêvé la déclaration de son ami ou pire qu’il lui annonce que c’était une erreur.

mardi 26 février 2019

Chocolat blanc - 42

                                                          *
Kembou avait le cœur battant. Il m’aime. Il m’aime.
Il n’en revenait pas. Il avait envie de chanter, danser et crier, tout à la fois.
Il avait été heureusement surpris de le voir à la sortie du magasin, mais son plaisir s’était dissipé dès qu’il avait remarqué à quel point Wyatt avait l’air triste et troublé.
Il avait craint que quelque chose ne soit arrivé à un membre de sa famille et il avait voulu le consoler.
Et là, Wyatt s’était déclaré.
Kembou qui s’était tellement tourmenté en pensant que Dominique était le garçon à l’origine des étranges « et si » de Wyatt avait un éprouvé un bonheur intense.
C’était lui dont Wyatt était tombé amoureux. Dominique le lui l’avait laissé entendre à demi-mot, mais il n’avait pas voulu le croire.
Lui n’avait eu qu’à dire qu’il ressentait la même chose.
Il n’avait pas vraiment été étonné d’apprendre que les parents de Wyatt étaient homophobes. Il les avaient toujours trouvé pompeux et snobs. Il leur en voulait d’avoir cause du chagrin à Wyatt, mais il leur était aussi reconnaissant car ils avaient poussé son ami dans ses bras.
Il rentra à l’appartement familial. Sa mère, son frère et ses sœurs l’avaient attendus pour dîner. Il s’excusa de son retard et, rayonnant de bonheur, mangea de bel appétit.
— Tu as eu une promotion ou quoi ? demanda Rokia.
— Moi, je parie qu’il a rencontré la fille de ses rêves, intervint Astou.
— Non et non, répliqua Kembou, amusé par leurs hypothèses.
— Tu as gagné au loto ? proposa Malia.
Ils élaborèrent différentes théories, certaines franchement extravagantes et Kembou les rejeta toutes en riant.
Rokia finit par s’agacer : il voulait savoir pourquoi Kembou était aussi content, surtout après toutes ses semaines à avoir été obligé de supporter sa mauvaise humeur.
Kembou ne se fâcha pas, mais ne répondit pas non plus, ce qui énerva son aîné.
Leur mère intervint pour calmer le jeu :
— Allons, quelle importance, tant que Kembou va bien.
Rokia lâcha enfin l’affaire.
En vérité, Kembou mourait d’envie de leur annoncer la bonne nouvelle – ses sentiments pour Wyatt étaient payés de retour – mais il avait trop peur qu’ils ne se réjouissent pas pour lui.
Comme il avait envie de partager cela avec quelqu’un, il écrivit dans la soirée un bref mail à Dominique qui lui en envoya un presque aussitôt en retour – il avait internet sur son téléphone et était prévenu quand il recevait un message. « Je le savais. J’espère que tout ira bien pour vous deux. »