lundi 30 avril 2018

Un Chevalier au XXIème siècle - 68

L'adolescent prit les mains du chevalier entre les siennes, ferma les yeux, se souvenant de la chambre de Percival avec la grande cheminée et le lit à baldaquin dans lequel il l'avait surpris avec Lubin...
C'était au-dessus de ses forces. Il rouvrit les paupières. Percival ne le regardait même pas, son attention centrée sur la tapisserie !
— Cela ne marche pas, murmura Tim, regrettant de ne pouvoir réclamer un ultime baiser sans se soucier des visiteurs qui s'en offusqueraient.
Percival lui pressa doucement le bout des doigts.
— Je suis certain que tu es capable de me renvoyer d'où je viens. Rappelle-toi des fois précédentes.
Tim avait seulement souhaité et espéré de toutes les fibres de son être. Cela n'avait fonctionné que deux fois.  Or, il avait l'impression de l'avoir fait avec autant d'intensité à chaque fois. D'ailleurs, la première fois, cela s'était déroulé à son insu et non de façon consciente, comme pour son retour. Ce qu'il désirait profondément, c'était que Percival reste. Seulement, c'était égoïste de sa part. Il n'avait plus qu'à prier que le chevalier soit exaucé et heureux.
Il inspira à fond.
— D'accord, réessayons.
Percival hocha la tête, puis arracha ses mains à celle de l'adolescent.
— Tiens-moi plutôt par ma cape. Si nous ne sommes pas en contact direct, cela devrait éviter que nous repartions ensemble.
Ce n'était pas idiot et ne partait pas d'un mauvais sentiment, mais l'adolescent fut blessé que Percival ne veuille pas risquer qu'il soit transporté avec lui dans le passé. Avait-il donc si hâte d'être débarrasser de lui à tout jamais ?
Il obtempéra, le tissu lui brûlant les doigts et ferma les yeux, priant de toutes forces pour le bonheur de Percival.
Quand il les rouvrit, croyant avoir échoué car il sentait toujours l'étoffe entre ses doigts, Percival avait disparu, ne laissant de lui que sa cape.Tim la serra contre lui. Il était dévasté.
Avec un temps de décalage il réalisait que le retour de Percivakl à son époque signifiait qu'il était et enterré depuis quelque chose comme sept siècles.
Il huma la cape. L'odeur de Percival y était toujours attaché. Refoulant les larmes qui menaçaient de couler, il garda un long moment le visage enfoui dedans,  puis la roula en boule dans ses bras.

vendredi 27 avril 2018

Un Chevalier au XXIème siècle - 67

— Je crois que tu es sur la bonne voie et que tu n'as plus besoin de mes services.
Ce fut comme un coup de massue.
— Il est temps pour moi de regagner mon siècle.
Tim faillit lui déballer sur le champ que toute l'histoire avec Félicien était fausse, mais se tut finalement, réalisant que cela ne changerait rien. Percival ne voulait pas regagner son époque parce qu'il était jaloux du temps qu'il consacrait à Félicien ou parce qu'il était irrité que leur relation physique se soit achevée. Il n'avait pas parut souffrir le moins du monde qu'elle s'arrête. Le chevalier avait toujours eu l'intention de regagner son siècle une fois qu'il aurait aidé Tim à devenir fort.
— Tu m'as laissé une ouverture exprès, lança Tim en désespoir de cause.
— Point du tout. Je ne sais si c'est ton nouvel amour qui te donne des ailes ou si tu voulais me prouver et te démontrer à toi-même que Félicien ne constituait pas une distraction qui te détournerait de ton but, mais tu as redoublé d'efforts ces derniers jours.
Il avait seulement éprouvé le besoin de se défouler, oui, et maintenant, il le regrettait.
—Je suis loin d'avoir ton niveau, argua-t-il encore, cherchant à retenir Percival, mais le chevalier ne mordit pas à l'hameçon.
— Veux-tu bien que nous allions au musée ce  matin, avant ton rendez-vous ?
L'air manqua à Tim. C'était trop soudain.
— Tu ne peux pas disparaître comme ça. Que va dire ma mère ?
— Tu la salueras pour moi. Et je suis sûr que tu trouveras quelque chose à raconter. Une réconciliation subite avec ma parentèle ou quelque autre fable…
Tim était coincé. Il ne pouvait plus tergiverser, alors il accepta.
Le cœur en miettes, trop triste pour éprouver ne serait-ce qu'un soupçon d'excitation, il regarda Percival se déshabiller pour enfiler ses habits médiévaux.
Le trajet jusqu'au musée se fit en silence ou presque.
Sur place, une fois les tickets achetés, ils retrouvèrent le chemin de la salle où était exposée la tapisserie du Don d'amour.
Tim traînait des pieds, obligeant Percival à marcher lentement.
Il lui rappela qu'il n'avait aucune garantie qu'il réussisse à le renvoyer dans le passé, taisant le fait qu'il souhaitait très fort échouer.
Percival le mit à l'aise. Tout ce qu'il voulait, c'était que Tim essaye.

jeudi 26 avril 2018

Un Chevalier au XXIème siècle - 66

En dépit des réticences de Tim, Félicien ne lâcha pas l'idée de faire semblant de former un couple et c'est pourquoi deux semaines plus tard, après avoir passé encore deux agréables samedis  après-midis avec lui, Tim rentra pour annoncer la fausse grande nouvelle au chevalier.
— Félicien et moi, nous sommes désormais plus que des amis.
Percival qui faisait des exercices du poignet avec son épée s'interrompit et la rangea dans son fourreau.
Tim trouva que c'était bonne augure puisque cela signifiait que la conversation méritait son attention entière.
— Voilà qui ne me surprend guère. Je suis enchanté pour toi.
Les espoirs de Tim s'effondrèrent. En fait, le chevalier avait simplement fini de s'exercer.
Il tâcha de ne pas montrer à quel point l'approbation de Percival lui causait de la peine et poursuivit, comme ils en avaient discuté avec Félicien.
— Merci. Et c'est pourquoi je voudrais que nous arrêtions de faire des trucs sexuels ensemble.
— Pour ne pas lui être infidèle. C'est tout à ton honneur. Je pensais même que tu me demanderais d'arrêter plus tôt compte tenu des sentiments que tu semblais développer à son égard.
Félicien s'était trompé sur toute la ligne et Percival était également  dans l'erreur.
Certes Tim appréciait Félicien, mais cela n'allait pas plus loin.

Les jours qui suivirent son mensonge, Tim regretta beaucoup d'avoir suivi le plan de Félicien supposé aider Percival à réaliser qu'il ne pouvait se passer de lui.
C'était lui qui souffrait. Les baisers du chevaliers lui manquaient atrocement, de même que ses caresses.
Percival avait décidé de retourner camper sur la moquette et ne pas dormir dans ses bras était une torture. Tim brûlait de le toucher, mais il avait beau être tout près, il était hors de portée.
Frustré de ne pouvoir ni l'embrasser ni réclamer des baisers, Tim se donna à fond dans l'entraînement physique si bien qu'il finit par réussi à le frapper pour la toute première fois.
Il resta tout étonné et s'excusa avec profusion, mais Percival le coupa : pour lui, c'était le signe des progrès remarquables de Tim.