vendredi 30 septembre 2016

Orcéant - 32

Korel leur indiqua qu'ils touchaient au but aux alentours de midi. Pierrick écouta attentivement le licornéen expliquer que l'individu susceptible de les aider était le maître des terres qu'ils traversaient.
— Comment allons-nous procéder ? demanda  Élissande.
Pierrick manqua de soupirer. Il regrettait le temps où il était juste avec Korel où il pouvait improviser sans être questionné.
— Nous allons demander une audience au seigneur des lieux et nous l'interrogerons sur ce qu'il pense de l'esclavage.
— Et s'il refuse de nous recevoir ? Sans compter que cela manque de subtilité, contra aussitôt la jeune fille.
Pierrick l'aurait volontiers étranglé.
— Tu as une meilleure idée peut-être ?
— Nous pourrions nous faire passer pour des saltimbanques puisque Rouge sait cracher du feu. Pour ma part, je pourrais me métamorphoser en mouche, Korel chanter...
— Trop compliqué, trancha Pierrick.
Élissande s'empressa de vouloir s'en référer aux autres, en commençant par Korel.
Le licornéen se rangea du côté de Pierrick. Byll resta silencieux. Mais Rouge avait son opinion bien à lui :
— La façon de Pierrick comme celle de Élissande ont leurs avantages et leurs inconvénients. Toujours est-il que dans un cas comme dans l'autre, nous risquons de mettre dans l'embarras notre allié potentiel. Grâce à Korel, nous savons qu'il est partisan des dragons, mais ce n'est pas sûrement pas le cas de tout son entourage, ce qui exclu de l'interroger en public...
— Que proposes-tu donc ? le coupa Pierrick, fatigué des précautions oratoires du dragon.
— J'y venais... soupira Rouge. Nous allons le faire venir à nous. Je vais le contacter par télépathie.
— Mais sous cette forme, cela n'est pas supposer fonctionner, et sûrement pas à pareille distance, intervint Élissande avant que Pierrick n'ait eu le temps de le dire.
— J'ai communiqué de cette façon avec Byll à plusieurs reprises ces jours derniers. En revanche, il est vrai que la distance peut être un problème, de même le fait que je ne l'ai jamais vu.
— Donc il faut s'infiltrer, conclut Élissande.
— Ou attendre qu'il ne sorte de sa demeure. Il ne doit pas resterer cloîtrer chez lui, répliqua Rouge.
La jeune fille acquiesça, bien que visiblement déçue qu'ils n'aient pas à se déguiser pour amuser la galerie.
Pierrick, lui, en était soulagé et il était forcé d'admettre que la méthode du dragon était la meilleure que la sienne.

jeudi 29 septembre 2016

Orcéant - 31

— Les orcéants ne sont peut-être pas attractifs à tes yeux, mais ce n'est pas le cas pour moi et l'essentiel est de toute façon ailleurs. Byll est gentil et sensible.
Pierrick ne sut que répliquer à cela. Il restait gêné que Rouge qui lui ressemble autant puisse avoir une relation avec un orcéant. La teinture qui avait rendu noir ses cheveux du roux ne changeait rien : il avait le même visage que lui. Regarder Rouge s'était comme contempler un miroir grossissant et c'était fort désagréable.
— En tout le cas, je refuse que toi et l'orcéant vous vous fassiez des mamours tant que tu seras mon portrait craché, cela me file des boutons, finit-il par déclarer.
— Cela ne te concerne pas. Mais si cela peut te rassurer, ce n'est pas à l'ordre du jour.
— Parfait ! s'exclama Pierrick et il planta là Rouge.
Une pensée le taraudait à présent : si le dragon avait remarqué son amour pour le licornéen, Korel lui-même ne s'en était-il pas rendu compte ? Et si jamais c'était le cas, est-ce que cela le dégoûtait ? Il ne lui en avait pas parlé, mais ce n'était pas comme s'il était du genre bavard.
Pierrick se maudit d'être aussi lâche et de ne pas confronter Korel. S'il en avait été capable, il n'aurait pas été sur les routes dans cette quête folle pour transformer le monde d'Erret.
Il s'était embarqué dans une tâche qui le dépassait et quand il voyait ses camarades si motivés, il éprouvait un malaise diffus. Il était certes logique que Byll veuille que les siens ne soient plus des esclaves et Pierrick était obligé de reconnaître que sous leurs dehors frustres, les orcéants étaient plutôt intelligents. Il était également normal que Korel souhaite que la servitude des licornéens prenne fin et naturel que Rouge espère pouvoir se promener au grand jour sans emprunter une apparence qui n'était pas la sienne et sans pour autant être bombardé de projectiles mortels, mais Élissande, elle, n'avait aucun intérêt à ce que le règne des humains se termine et pourtant, elle brûlait d'enthousiasme. D'après elle, il était injuste que tant d'espèces soient aussi mal considérées. D'ailleurs, toujours selon elle, tout cela, c'était à cause des hommes. Si les femmes avaient eu le pouvoir, affirmait-elle, les choses auraient été différentes. Pierrick en doutait et de toute façon s'en moquait.

mercredi 28 septembre 2016

Orcéant - 30

CHAPITRE 7


C'était la quatrième nuit où ils campaient à cinq. Élissande était dans la tente. Pierrick n'en avait pas acheté d'autre. L'été n'était pas loin. Par contre, maintenant qu'ils avaient assez de couvertures, Pierrick pouvait garder ses distances avec Korel et c'était tant mieux, car c'était une torture de humer la fragrance vanillée de ses cheveux et de ne pouvoir l'embrasser.
Son double géant, lui, se collait toujours à l'orcéant. Qu'il puisse vouloir se mettre tout contre une créature si vilaine qui empestait la sueur échappait totalement à Pierrick.
Il n'appréciait guère que Rouge fasse cela alors qu'il avait ses traits, mais il n'avait pas trouvé de bonne raison de l'empêcher d'agir ainsi.
Comme cela le chiffonnait, au lieu de dormir, il ne pouvait s'empêcher de les regarder blottis l'un contre contre l'autre.
C'est ainsi qu'il avait remarqué que chaque nuit, Rouge se relevait, s'éloignait du camp, puis revenait.
Au début, il avait cru qu'il allait soulager sa vessie, mais le systématisme de la manœuvre avait fini par l'intriguer. C'est pourquoi il décida de le suivre subrepticement, usant même d'un sort pour être sûr que le dragon d'apparence humaine ne le repère pas.
A l'abri derrière des buissons, dans la lueur de la lune, il vit Rouge ouvrit ses braies et libérer son pénis qui était en érection.
Son membre était à l'image du sien, excepté qu'il était énorme. Déjà que ce n'était pas drôle de se sentir petit à côté de lui ! Mais pourquoi donc se masturbait-il ainsi chaque nuit ? Trouvait-il cela amusant de jouer avec un corps qui n'était pas vraiment le sien ?
Sans réfléchir, parce qu'il était furieux, Pierrick sortit de sa cachette.
— Qu'est-ce que tu fabriques ?
Rouge s'immobilisa, la main serrée sur son pénis.
Une lueur dorée passa dans ses yeux verts.
— Tu le sais parfaitement.
— Tu devrais avoir honte ! s'écria Pierrick, encore plus fâché devant le calme du dragon.
— Pourquoi ? Je suis certain que tu dois t'offrir ce genre de plaisir solitaire toi aussi, à défaut de  faire l'amour avec celui que tu aimes.
Pierrick ne pouvait le nier et cela l'énerva davantage.
— Tu n'as pas l'excuse d'être amoureux de quelqu'un ! Ce n'est pas ton corps, tu n'as pas le droit !
Rouge dont l'érection était retombée avait rajusté ses braies.
— Mon physique est certes modelé sur le tien, mais mon enveloppe m'appartient malgré tout. Et Byll n'est pas prêt à ce que nous soyons intimes.
Pierrick ne comprit pas de suite ce que l'orcéant venait faire dans leur conversation, puis il les revit discuter l'un avec l'autre avec une complicité écœurante.
— Mais c'est un orcéant ! s'indigna-t-il.
— Et ?
Le grondement menaçant dans sa voix rappela à Pierrick que Rouge était un dragon avant tout, visage humain ou pas. Il ne put malgré tout retenir d'exprimer le fond de sa pensée :
— Mais ils sont laids : de grandes perches bleues sans un poil sur le caillou avec de vilaines dents qui dépassent de leurs grosses lèvres.