mercredi 30 septembre 2015

Contes modernes - 140

Quand le baiser s'acheva, Carmin avait le souffle court, le visage rouge et le pénis dur. Les yeux dorés de Lou pétillaient. Il captura à nouveau ses lèvres et sa main se glissa entre les jambes de Carmin, palpant son érection à travers le caleçon et le pantalon. Carmin gémit. Si cela continuait, il allait jouir. Mais pour rien au monde, il n'aurait voulu que Lou ne s'arrête, si bien qu'il émit une légère protestation quand ce dernier retira sa main.
— Il ne s'agirait pas de mouiller tes vêtements, mon chou.
Carmin se déboutonna à la hâte, libérant son érection. Tant pis pour la honte, il avait désespérément envie d'être touché.
La main rugueuse de Lou monta et descendit sur son membre. Carmin s'arcbouta pour mieux s'offrir à la caresse.
— Ton anus palpite, trésor.
Carmin garda le silence à ce commentaire. Il ne pouvait nier avoir envie de le sentir en lui. Que quelqu'un le désire, lui, était trop extraordinaire.
— Puis-je te toucher aussi ?
Il voulait en profiter au maximum. Tant pis s'il se rendait ridicule.
— C'est plus que bienvenu, chéri.
Lou abaissa ses vêtements et son pénis apparut, imposant. Carmin referma les doigts dessus, le serrant.
— Hé ! Doucement !
— Pardon, désolé, balbutia Carmin en ôtant aussitôt sa main.
— En fait, tu n'es pas du genre à te masturber...
Carmin ne le faisait en effet que fort peu. Il acquiesça.
— C'est pour cela que tu réagis au quart de tour, parce que tu n'écoutes pas assez les désirs de ton corps et c'est aussi pour ça que l'art et la manière de caresser un pénis n'est pas dans tes cordes. Essaie encore. Tu peux t'inspirer de ce que je te fais.
Carmin tenta d'imiter les mouvements de va-et-vient de Lou sur son propre sexe. C'était brûlant et infiniment doux, aussi excitant que les caresses qui lui étaient prodiguées. Carmin éjacula. Les larges mains de Lou vinrent recouvrir la sienne qui s'efforçait maladroitement de lui donner du plaisir.
Carmin était prêt à se retirer, pour lui laisser champ libre, mais Lou ne l'entendait pas de cette oreille.
— Non, mon chou, apprends.
Lou eût tôt fait de pousser un râle tandis que dans la main de Carmin se déversait son sperme chaud et collant.
Après un brin de toilettage avec les moyens du bord et une fois rhabillés, Lou repartit à la fenêtre.
— On dirait que ça se calme enfin, encore un peu et je vais pouvoir te reconduire au village.
Carmin aurait dû s'en réjouir, mais il en fut incapable. Il appréciait trop la compagnie de son sauveur pour cela.
— Je préférais aller chez toi.
— Mais qu'est-ce que tu racontes ? Les gens vont s'inquiéter pour toi.
Carmin haussa les épaules.
— Mes parents n'étant plus de ce monde, ma disparition n'affligera personne.
— Et l'écrivain que tu cherchais, il doit attendre ta venue, non ?
— Si, mais que ce soit moi ou un autre, cela ne changerait rien pour lui.
— Pourquoi veux-tu que je t'emmène chez moi ? Il n'y a rien à y voir.
Découvrir le logis de quelqu'un était un bon moyen d'en apprendre davantage sur la personne qui l'habitait et Carmin avait soif d'en savoir plus sur Lou. Cependant, comme il craignait que la raison ne soit guère recevable pour Lou, il en donna une autre, vraie également, qu'il espérait plus convaincante :
— Pour coucher encore avec toi.
Le guide eut un sourire, ses dents blanches éclatantes contrastant avec sa barbe noire.
— OK. Mais il faut grimper et c'est plus fatiguant que de descendre et tu n'es pas au mieux de ta forme.
— Cela ira, assura Carmin, désireux de rester plus longtemps avec cet homme qui l'abreuvait de petits noms tendres et le traitait avec indulgence et non comme un incapable doublé d'un maladroit.

mardi 29 septembre 2015

Contes modernes - 139

Carmin s'humecta les lèvres. Lou fourragea dans son sac à dos et en sortit une thermos.
— Tiens, mon chou, bois un peu de thé, même s'il a dû refroidir.
— Merci.
— Il te plaît ton boulot ?
— Oui... Mais c'est à ton tour maintenant.
— Tu ne perds pas le nord, toi ! s'exclama Lou en venant s'installer à côté de lui, son épaule touchant celle de Carmin.
Il commença alors son récit :
— Il était une fois un homme et une femme mariés qui trouvèrent très drôle, ayant pour nom de famille Desbois, d'appeler leur fils aîné Lou. Ils réitèrent même avec la cadette en la nommant Fleur.
Un rire échappa à Carmin, il n'avait pas remarqué quand Lou s'était présenté, mais il est vrai que l'association était cocasse.
Devant les sourcils froncés de Lou, il ravala cependant  son amusement.
— Cela ne m'avait pas frappé, je ne suis pas très vif d'esprit, glissa-t-il.
— Dommage que je te l'aies fait remarquer alors, même si je suis habitué, après vingt-neuf ans à le porter. J'aime mes parents, mais sur ce coup, je ne les remercie pas. Quand j'étais petit et que j'avais un truc à leur demander, je ne manquais pas de souligner qu'ils me devaient bien ça vu le nom qu'ils m'avaient choisi. C'est devenu la blague récurrente de la famille à force. Ils tiennent une boucherie dans la vallée. Je leurs rends visite régulièrement, l'occasion de me réapprovisionner en saucissons. Bref, mon grand-père vivait avec nous quand j'étais enfant et c'est lui qui m'a appris les joies de l'escalade. Quand j'ai été en pension au lycée, en ville, j'ai détesté être privé de montagne, et c'est comme ça que j'ai trouvé ma voie. Je suis devenu guide. J'ai aussi fait l'effort de suivre une formation secouriste. Je me suis ensuite installé à flanc de montagne, je m'y sentais mieux que dans la vallée, dans le village, où les gens sont collés les uns sur les autres. Dans les hauteurs, l'air est plus pur.
— Tu as sauvé la vie de beaucoup de gens ?
— Un paquet, oui. Les imprudents sont hélas de légion et ils ne s'en tirent pas tous à aussi bon compte que toi.
— C'est-à-dire ? souffla Carmin.
— Ils perdent un bras, une jambe, une main... Quand c'est trop gelé, il faut amputer.
Carmin frissonna. La mort ne lui faisait pas trop peur, mais l'idée d'avoir un membre en moins était effrayante.
— T'inquiètes pas, chéri, pas de danger pour toi.
— Merci, déclara Carmin songea qu'il l'avait échappé belle.
— A quel sujet ?
— De m'avoir sauvé.
— Tu ne vas pas me remercier pendant cent sept ans non plus, hein... J'en ai un comme ça, qui tous les ans, vient me voir avec une enveloppe de billets. Impossible de lui faire renoncer et pourtant, même si je lui ai sauvé la vie, il est désormais unijambiste. C'est un brave type, mais je crois qu'il a trop d'argent pour son bien.
— Quelques mots semblent bien peu.
— Tout à fait, assez parlé ! s'exclama Lou et rapprochant son visage du sien, il l'embrassa.
Sa langue chaude et râpeuse s'enfonça dans la bouche de Carmin, l'aspirant goulument.

lundi 28 septembre 2015

Contes modernes - 138

— Je parie que vous avez beaucoup d'expérience dans ce domaine, vous... déclara Carmin, le cœur serré de se dire qu'il n'était qu'un parmi d'autres.
— Exact. En automne-hiver, c'est calme, mais au printemps-été, quand les touristes débarquent, il y en a toujours un ou une pour vouloir se taper le guide, le temps de leurs vacances. C'est à peine si j'ai à les séduire.
Carmin comprenait aisément pourquoi il n'avait pas besoin de se donner ce mal : Lou n'avait pas une beauté classique, mais entre sa barbe noire et ses yeux d'or, il avait un côté sauvage séduisant.
— Tout l'inverse de moi, soupira-t-il.
— Comment ça ?
— Je dois faire des pieds et des mains pour ne serait-ce qu'attirer l'attention des gens.
— Avec ta petite taille pour un homme, tu sors du lot pourtant !
— Mais pas en bien, s'insurgea Carmin.
— T'es pas vilain pourtant.
Carmin rougit. Il lui avait été dit à plus d'une reprise qu'il était moche, alors même si l'éloge était tout relatif, il le troublait. Il faillit lui demander de répéter, mais se ravisa devant le ridicule.
Il y eut un nouveau blanc. Lou alla regarder à la fenêtre où on apercevait à travers la vitre des flocons tourbillonner.
— Parti comme ça l'est, je crois que tu vas être exaucé et que nous allons pouvoir nous raconter nos vies en partant du berceau.
— Mais tu disais ne pas aimer parler ? Je ne veux pas t'ennuyer.
— Pour une fois, ça ne va pas me tuer et puis à la morte saison, la compagnie me manque parfois. Je suis un solitaire, mais pas associable pour autant. Comme aimait à répéter mon grand-père qui était guide lui-aussi, il faut bien hurler avec les autres loups quand vient la pleine lune.
L'expression ne semblait pas totalement appropriée à la situation, mais Carmin acquiesça, content que son sauveur se dévoile.
— A toi l'honneur, bébé, précisa Lou.
Carmin s'assit près fit, remonta ses jambes contre lui, reposa sa tête sur ses genoux et se lança, décidé à faire court :
— Mes parents m'ont eu sur le tard. Pour eux, j'étais le plus beau et le plus intelligent, mais  en vérité, mes résultats scolaires ont toujours été médiocres, peu importait le nombre d'heures que je consacrais à étudier. Je suis du genre maladroit et toute ma scolarité durant, mes camarades se sont moqués de moi. J'ai eu du mal à obtenir un emploi dans l'édition. Mon père avait un ami dans le milieu et c'est par ce biais que j'y suis parvenu. Rien de glorieux à être pistonné, n'est-ce pas ? Depuis, j'accumule les bourdes et les gaffes. C'est comme ça depuis ma naissance. Aujourd'hui encore, malgré le plan qui m'avait été donné pour dénicher le chalet, je n'ai que réussi à me mettre dans le pétrin.
Carmin s'arrêta. Son apitoiement sur lui-même devait irriter son interlocuteur. C'était toujours comme ça dans les rares cas où il se laissait aller à confier sa détresse. Cependant Lou se contentait de l'écouter sans sembler le juger.