mercredi 5 novembre 2014

Au Zoo Interplanétaire - 52

Le lendemain matin, quand Merwan se réveilla,  Pieuvre dormait encore. Il regarda l'alien jusqu'à ce que ce dernier remue. Il appréhendait un peu que toute la veille n'ait été qu'un rêve, mais Zyxxx le salua en descendant des barres où il s'était suspendu.
— Que veux-tu pour ton petit-déjeuner ?
— Un comprimé... répondit Merwan.
En vérité, il aurait bien goûté une des boissons que consommait Pieuvre et après un silence, il l'avoua.
Pieuvre refusa : il craignait que cela ne soit nuisible à la santé de Merwan qui se résigna à croquer son sempiternel comprimé.
— Je pourrais peut-être te proposer des saveurs différentes des actuelles, après quelques tests.
— Je ne voudrais pas...
Merwan s'arrêta net. Il ne souhaitait pas donner de tracas à Pieuvre, mais cela lui faisait plaisir que l'alien à tentacules soit aux petits soins pour lui.
— Merci, murmura-t-il. Tous les Tappelniens sont-ils aussi...
Il s'interrompit, ne connaissant pas le mot pour « prévenant. » C'était frustrant !
— Je vais devoir y aller. Tu ne t'ennuies pas à passer tes journées tout seul ?
— Ça va. L'apprentissage du Tappelnien m'occupe.
— Tu es courageux.
Pieuvre tendit un tentacule sans doute pour lui ébouriffer les cheveux, mais le rabaissa sans rien faire.
Merwan le lui attrapa et le posa lui-même sur son crâne.
— Tu peux continuer comme avant, assura-t-il.
— Cela ne te pose pas de problèmes ?
— Non, pas du tout.
Au tout début, si, mais cela n'avait pas duré. Il avait vite compris que Pieuvre ne lui voulait pas de mal. Et maintenant, il se languissait de son contact.
— Bonne journée, Bimm. Pardon, Merwan.
Et sur ces mots, Zyxxx lui caressa la tête et s'en fut.
Merwan commença par tenter de se vêtir avec le tissu collant et après un moment à se débattre avec, obtint un résultat mitigé. Niveau sensation, c'était un peu comme porter un short et un t-shirt mouillés, et donc pas franchement agréable. Il les garda sur lui dans l'espoir de s'y habituer, mais craqua assez vite et les retira. Cela l'empêchait de se concentrer sur son apprentissage du Tappelnien. Or, il tenait vraiment à faire des progrès.
Il alluma la chaîne éducative, répétant après le présentateur. Il finit cependant par se lasser. Il avait hâte que Zyxxx rentre, plus encore que d'habitude, car il savait qu'ils pourraient se parler.
Sa conversation de la veille avait été sa première depuis le zoo...  avec Tom. Chaque fois qu'il repensait à lui, il avait la chair de poule et d'odieux souvenirs remontaient. 
Merwan partit s'asseoir devant la porte pour attendre Zyxxx.

mardi 4 novembre 2014

Au Zoo Interplanétaire - 51

Dès qu'ils furent de retour, Zyxxx débarrassa Bimm du collier et lui tendit leur achat.
— Merci.
Bimm tenta maladroitement de l'enrouler au niveau de son organe reproducteur. Il cria quelque chose dans sa langue.
— Tu veux de l'aide ? proposa Zyxxx.
— C'est normal que ce soit collant ?
— Oui, c'est le principe. C'est extensible aussi. Cela ne va pas ?
— Je ne sais pas. Je vais rester... comme ça pour le moment.
A priori, la bande ne lui convenait pas ou alors il ne voulait aucun témoin à ses essayages. Zyxxx aurait pu lui demander, mais il préféra suggérer de dîner, offrant comprimé ou bouteille à Bimm qui choisit cette dernière.
Après qu'ils aient bu, Zyxxx voulut savoir où Bimm souhaitait dormir. Puisqu'ils pouvaient communiquer, il était normal de s'enquérir de ses préférences.
— En haut.
— Je te monte, alors, d'accord ?
— Oui.
— Demain, je tâcherai de poser deux jours d'absence pour que nous puissions effectuer un aller-retour au zoo interplanétaire.

                                                *
Merwan n'était pas du tout pressé, mais comment le dire à Pieuvre ? C'était si étrange que son avis lui soit demandé - cela faisait des jours et des jours que cela ne s'était plus produit. Il frémit quand deux tentacules le saisirent à la taille et il se laissa porter jusqu'à la chambre. Trop vite à son goût, ils furent en haut où Pieuvre le relâcha de suite.
Il semblait plus hésitant à le toucher maintenant qu'il savait la vérité. Serait-il horrifié d'apprendre que Merwan aspirait à davantage de contact ? Que c'était pour passer plus de temps avec lui qu'il était sorti, en dépit du fait que cela l'embarrassait de se balader nu comme un ver au milieu d'une foule d'extraterrestres ?
Garder le silence ne lui avait pas posé problème. Parler à Pieuvre n'avait rien d'évident et était fatiguant, mais il était content. Zyxxx avait l'air de le considérer comme un égal, ce qui était positif et Merwan allait pouvoir apprendre à mieux le connaître.
Autrement, pour l'habillement, ce n'était pas gagné. Le tissu était en une matière bizarre et sa manière d'adhérer à la peau curieuse. A l'extérieur, ce serait mieux que rien, mais entre quatre murs, il se sentait aussi bien dans le plus simple appareil. Dans une certaine mesure, il avait fini par s'habituer à la nudité.

lundi 3 novembre 2014

Au Zoo Interplanétaire - 50

— Et nous renvoyer sur notre planète, c'est possible ?
Cela signifiait quitter Pieuvre et ça Merwan n'était pas sûr de le souhaiter, mais il voulait savoir si c'était une option, s'il y avait une chance qu'il revoit ses parents et ses amis.
— Non, répondit Zyxxx, avant de se lancer dans de longues explications sur les planètes éloignées et les règles galactiques.
Le sens échappa en grande partie à Merwan.
— Vous n'avez pas moyen de tout nous faire oublier et de nous remettre où vous nous avez pris ? demanda-t-il, plus pour plaisanter qu'autre chose.
— Certaines espèces possèdent ce genre de technologie, mais elles ne fonctionnent que sur elles-mêmes.
Merwan en resta pantois. Les films de science-fiction n'étaient donc pas si loin que cela de la réalité...
— C'est impressionnant...
                                                

*
Zyxxx, pour sa part, trouvait à peine croyable que Bimm parle aussi bien. La seule chose qu'il n'avait pas saisi, c'était sa question au sujet de sa sexualité, mais c'était peut-être aussi bien à la réflexion, car certaines espèces considéraient cela comme un sujet tabou.
— Je suis rentré tôt aujourd'hui. Si tu veux, nous pouvons sortir acheter maintenant un truc pour envelopper ta peau. Par contre, il faudra mieux que tu ne prononces pas un mot en Tappelnien à l'extérieur et je vais être obligé de te garder en laisse. Tu peux aussi m'attendre ici, si tu préfères.
Bimm ne répondit pas. Zyxxx allait reformuler les choses autrement, expliquer que c'était plus prudent, le bipède détonant suffisamment dans le paysage sans qu'on en rajoute, quand Bimm déclara finalement :
— Je t'accompagne.
Zyxxx lui mit le collier autour du cou et accrocha la laisse avec gêne. Plus il y songeait, plus il craignait s'être mal comporté à plus d'une reprises avec Bimm qui en réalité s'appelait « Merwan », mais ce n'était pas évident de lui accoler ce nom étranger aux sonorités bizarres.
En l'amenant dehors, Zyxxx retrouvait en quelque sorte son Bimm. Le pauvre n'avait pourtant guère dû apprécier de se faire promener au milieu de la foule sans rien sur lui. Cette fois, cependant, il avait choisi de le faire, peut-être parce qu'il savait que c'était la dernière fois, peut-être aussi parce qu'il en avait assez d'être enfermé...
Zyxxx le fit monter dans une capsule qu'il programma pour se rendre dans un grand centre commercial.
Une fois sur place, ce fut compliqué de trouver ce qu'ils cherchaient. Zyxxx finit toutefois par dénicher une longue bande de tissu grâce à l'aide d'une vendeuse.
— Il faudra attendre d'être au logis pour tester, déclara-t-il, comme Bimm esquissait un geste pour la prendre.
— C'est à votre d'animal de compagnie que vous vous adressez ? demanda la vendeuse.
— Oui. Désolé.
— Oh, non, ne vous excusez pas, c'est mignon.
Zyxxx avait toujours considéré positif de parler aux animaux, quand bien même ils ne comprenaient pas, mais dans le cas présent, c'était utile.
La vendeuse voulut tapoter d'un tentacule la tête de Bimm qui eut un mouvement de recul.
— Il est farouche, s'empressa d'expliquer Zyxxx, réalisant du même coup que Bimm se laissait volontiers toucher quand c'était lui. Cela n'avait cependant pas toujours été le cas.
Zyxxx paya l'article par le biais de la tablette tendue par la vendeuse et ils repartirent, sans qu'il ait besoin de tirer Bimm par sa laisse, ce dernier restant toujours près de lui.