lundi 30 juin 2014

Le garçon fée - 210

La dernière copie fut rendue et enfin ce fut les vacances. Devant l'école qui se vidait, Zibulinion ne ressentit aucune mélancolie, plutôt de l'impatience. Bientôt lui aussi, il partirait, mais pas en bus.
Avec Relhnad, ils avaient planifié de se téléporter dans la librairie « La plume des fées », un endroit connu de Zibulinion et où ils pouvaient se matérialiser sans risquer de choquer, avant de se rendre à la maison du père de l'adolescent en bus.

Quand ils arrivèrent devant la maison paternelle, Zibulinion se sentait vaguement nauséeux et incapable de dire si c'était lié à sa première longue téléportation distance qui s'était révélée plus coûteuse en énergie qu'il ne pensait, à la conduite brusque du chauffeur de bus ou bien  au stress de revoir son père et peut-être enfin être reconnu.
Son cher professeur lui prit la main et la lui pressa doucement. L'adolescent se sentit réconforté. Relhnad, zombie ou pas, était à ses côtés et il saurait rendre la mémoire au père de Zibulinion.
Alors que l'adolescent hésitait devant la sonnette, Relhnad agit à sa place. Personne cependant ne vint ouvrir. Le professeur de sorts appuya une seconde fois. Ils attendirent encore, mais rien ne se passa et il fallut se rendre à l'évidence : la maison était vide.
Tout le stress de Zibulinion retomba pour laisser place à la déception.
– Si ça se trouve, ils sont partis pour toutes les vacances. Ce n'est pas que l'été pour les fées...
– Ils ne se sont pas forcément absentés pour longtemps. Je vais placer un sort qui me préviendra du retour des occupants de la maison. La prochaine fois sera la bonne. A présent, que veux-tu faire ? Visiter tes amis ? Nous pouvons aussi aller chez moi.
Zibulinion, même s'il avait envie de voir ses amis, était encore plus curieux de découvrir où logeait Relhnad quand il n'était pas à Valeaiage, aussi choisit-il la seconde option.

Relhnad habitait dans un immeuble ultra-moderne dans un appartement étrangement impersonnel, parfait pour figurer dans des catalogues de vente : des murs d'une blancheur éclatante, une cuisine américaine grise et noire brillante comme un sous neuf, une bibliothèque aux livres parfaitement alignés, une douche étincelante, un lit stylisé métallisé rutilant à la couverture parfaitement tirée, une moquette bleutée qui semblait n'avoir jamais été foulée du pied.
– C'est super propre, murmura Zibulinion tandis que Relhnad refermait la porte de la chambre et l'enjoignait à s'asseoir sur le canapé blanc.
– Ce n'est que pour donner le change quand j'ai des invités humains.
– Hein ? Ça ne fait pas vraiment normal, vous savez...
– Plus que des nuages flottants partout. Je trouve ça plus confortable pour s'asseoir ou s'allonger.
– Oh...

vendredi 27 juin 2014

Au Zoo Interplanétaire - 17

— Tu ne veux pas bavarder plutôt ? offrit Merwan pour la quatrième fois.
— Je t'ai déjà dit non, merde !
— Mais tu n'en as pas assez de balancer des horreurs ?
— Je t'écorche les oreilles, peut-être ? Et tu vas faire quoi, hein ? Prévenir la police ? Pas de bol, on n'est plus sur notre planète !
— Je te demande juste si tu veux bien arrêter.
— Ouais, mais non ! Ça m'occupe !
Après encore de longues minutes passées à écouter Tom se moquer des aliens, Merwan se rappela qu'il était sportif et lui suggéra de faire des pompes. Tom approuva l'idée et s'activa, non sans continuer à lâcher régulièrement quelques invectives, comme s'il prenait un malin plaisir à ennuyer Merwan.
Néanmoins, après toute une série d'exercices dont un qui consistait à tirer de toutes ses forces sur les barreaux de la cage, Tom se montra plus disert. Toutefois, il avait tendance à s'emporter pour un oui, pour un non et Merwan se retrouva à s'excuser à plus d'une reprise alors qu'il n'avait nullement cherché à offenser son compagnon d'infortune.

                                                 *
 
Zyxxx déposa le lion rugissant dans sa cage et passa un tentacule sur son front, là où le second bipède mâle l'avait cogné. Il avait à nouveau mal. Il allait devoir remettre de la crème anti-douleur. Fort de son expérience avec les deux autres bipèdes de la même planète éloignée, il s'était fait avoir par le troisième, très combattif de nature. Selon le protocole, il aurait dû l'examiner une seconde fois aujourd'hui, en plus des deux autres, mais il avait décidé de repousser la corvée au lendemain. Le second bipède mâle ou « BM2 » était en pleine santé vu la force avec laquelle il l'avait frappé. Zyxxx s'inquiétait surtout pour la femelle dont l'état de faiblesse était préoccupant. Elle avait perdu du poids et était toute molle entre ses tentacules. Elle ne s'acclimatait pas.
Le premier spécimen, BM1, était en revanche stable. Il se comportait de façon exemplaire, même s'il émettait énormément de sons. Son niveau de décibel était cependant tout à fait acceptable.
Quand Zyxxx descendit récupérer la femelle, BM2 s'attaqua à lui. Zyxxx l'envoya bouler au sol avec un de ses épais tentacules de défense.
Une fois au centre de soin, Zyxxx força la bipède à boire. Les nutriments étaient en théorie adaptés et convenaient très bien à BM1. Il allait toutefois devoir en tester de nouveaux pour la femelle et il prendrait les mâles comme cobayes, car il ne voulait pas risquer d'affaiblir davantage la femelle avec un mauvais cocktail.
Il la reconduisit à sa cage où BM2 crut bon de s'emmêler encore. Zyxxx évita de justesse le coup et agacé, fit claquer un autre tentacule devant les pieds de BM2 qui eut un mouvement instinctif de recul. Zyxxx en profita pour s'emparer de BM1 qui ne chercha pas à se dérober. C'était décidément son préféré des trois, ni violent, ni hystérique.
Une fois au centre de soins, Zyxxx tenta pour la première fois de ne pas garder BM1 immobile entre ses tentacules. C'était peut-être risqué au vu du comportement du second mâle, mais il était curieux de mesurer à quel point les deux étaient différents.
BM1 émit une cascade de sons. Zyxxx piocha dans le placard à nutriments, sans perdre de vue le bipède, mélangea bien fort dans une bouteille qu'il tendit ensuite à l'animal. BM1 la prit, la porta à sa bouche, but, s'arrêta et continua jusqu'à la vider complètement.
— J'espère que tu le digéras bien et que la femelle de ton espèce aimera ça.
— Raça ?
BM1 avait modulé le même son que lui. Déjà l'autre fois Zyxxx avait cru l'entendre faire ça.
— Raça ? répéta BM1, comme un doppel, un de ces irritants animaux qui reproduisent stupidement en boucle un mot ou une expression.

Zyxxx enregistra l'information dans son rapport sur les bipèdes tandis que le mâle repartait dans son habituel registre sonore.

jeudi 26 juin 2014

Au Zoo Interplanétaire - 16

Quand Pieuvre rapporta Tom, ce dernier était si bien enveloppé dans les tentacules de l'extraterrestre qu'on apercevait juste ses cheveux et le bout de son nez. Une marque bleuâtre ornait la tête blanche triangulaire de l'alien.
Pieuvre libéra d'un coup Tom et repartit aussi sec. Tom leva son poing vers lui.
— Cochonnerie ! Enculé !
Il était inutile de lui demander ce qu'il avait subi. Merwan ne savait que trop bien comment Pieuvre procédait. Tom avait toutefois dû résister avec plus d'énergie que Merwan qui eut honte de lui-même.
— Tu ne l'as pas raté, commenta-t-il, éprouvant une certaine admiration pour la témérité son compagnon d'infortune.
— Ouais, je lui ai fait payer son invasion de mes deux à cette ordure. Ce satané monstre y réfléchira à deux fois avant de me fourrer encore un tentacule au cul.
Comme Tom lui avait reproché d'être décourageant et que cela l'embarrassait de parler de ce que faisait Pieuvre, Merwan ne lui révéla pas que l'alien plongea systématiquement un tentacule à cet endroit. En fait rien que d'y penser le troublait, parce que les examens de Pieuvre lui provoquaient d'intenses orgasmes.
— Il ne vient que tous les quatre jours à peu près.
— Quatre fois de trop, ouais ! La prochaine fois qu'il se pointe, je lui ferai regretter d'être né à ce connard !
— Tu sais, je pense qu'il ne fait que son travail, déclara Merwan, trouvant l'agressivité de Tom excessive.
— Mais je rêve ou tu le défends ? Qui leur a donné le droit de nous peloter, de nous traiter comme si on était rien, hein ?
— C'est vrai, murmura Merwan, soudain très las.
Il était content de la présence de Tom, mais ce dernier était épuisant avec toute sa rage.
— Et maintenant, y a plus qu'à pioncer sur sa carpette en attendant que le même bordel recommence, c'est ça ?
— J'en ai peur.
— Merde ! s'exclama Tom avant de s'installer en chien de fusil sur son tapis vert.
Merwan s'étendit bonne nuit et lança un « bonne nuit » qui ne reçut aucun écho, pas même ce qu'il supposait être l'équivalent de bonne nuit en russe, Anoucka s'étant couchée et endormie avant le retour de Tom parmi eux.

 
Merwan se réveilla et s'étira. Anouchka était occupée à tresser et détresser ses cheveux qui cascadaient sur ses épaules. Tom ronflait, son sexe érigé vers le ciel - une érection matinale à ne pas en douter.
Merwan détourna les yeux, légèrement excité par cette vue.
Tom remua et émergea.
— Bonjour, dit Merwan.
— Salut, bailla Tom.
— Bien dormi ?
— Ouais.
Tom avait déjà prouvé qu'il n'était pas du genre à échanger des politesses, mais Merwan fut tout de même déçu que sa question ne lui soit pas retournée.
La cacophonie annonçant l'ouverture du zoo rendit momentanément toute conversation impossible, puis les allées se remplirent.
— Quelle bande d'empaffés ! Je vous emmerde ! lâcha Tom, en adressant un doigt d'honneur aux visiteurs aliens.
Il enchaîna avec d'autres insultes tout aussi désagréables à entendre et Merwan intervint :
— Je te rappelle qu'ils ne te comprennent pas.
— J'ai pas oublié, mec ! Je me défoule !
Merwan s'efforça de prendre son mal en patience tandis que Tom déversait tout son répertoire de grossièretés sur les extraterrestres. Il y était encore quand Huit leur apporta leur repas.