vendredi 30 mai 2014

Le garçon fée - 203

Quand Zibulinion récupéra le carnet la deuxième fois, il eut la bonne surprise d'avoir en plus d'un message de Folebiol et Walthran, une longue lettre de Neyenje.

Cher Zibulinion,

Je suis bien content d'avoir de tes nouvelles. Te voilà dans une drôle de situation. J'aimerais beaucoup voir ta nouvelle apparence illusoire. Pour sa part, Lalloréa galère à s'en créer une masculine.
Pas de doute, tu es doué en magie et la directrice en profite pour d'obscures raisons. Elle a peut-être un futur travail pour toi ou bien une mission à te confier.
En tout les cas, elle te tient en son pouvoir et la blague, c'est que moi aussi, de façon indirecte. Le job que j'ai trouvé est en effet chapeauté par le Comité et elle y possède une influence colossale. J'avoue ne pas aimer mon boulot : je dois recréer les souvenirs d'humains ayant découvert l'existence des fées. En vérité, j'aurais préféré travailler dans la boutique de baguettes, mais ma candidature a été refusée. Pour obtenir le poste, j'aurais dû épouser la fille de la propriétaire, ce qui ne me disait rien du tout. Le jour où j'accepterai de me faire passer la corde au cou, ce sera avec Lalloréa et personne d'autre.
Je regrette vraiment que tu sois coincé à l'école, actuellement. Folebiol veut bien transmettre le courrier, alors n'hésite pas à m'écrire.

Amicalement,
Neyenje


Zibulinion relut la lettre de son ami. Le passage sur le travail de Neyenje le chiffonnait. Recréer les souvenirs des gens, c'était ignoble.  D'ailleurs, était-ce vraiment nécessaire de tenir les humains dans l'ignorance ? Les fées et humains ne pouvaient pas cohabiter ensemble, sans que les premières se cachent des seconds ?
Zibulinion avait beaucoup hésité quand Relhnad avait touché aux souvenirs de son apprentissage de la magie qui l'empêchait d'utiliser son énergie magique comme il aurait dû. Mais son professeur de sorts avait promis que tout lui reviendrait, et cela avait été le cas.
Non, plus Zibulinion y songeait, moins il comprenait comment les fées pouvaient s'autoriser de jouer ainsi avec la mémoire des gens.
Il ne se priva pas de l'écrire à Neyenje, mais cela continua à le tourmenter. Cela le dérangeait terriblement et quand il commença à se demander pourquoi cela le gênait à ce point, il finit par trouver : et si jamais sa mère avait trafiqué la mémoire de son père et que c'est pour cela qu'il ne le reconnaissait pas, le croyait l'enfant d'un autre ?
Il fallait qu'il sache, qu'il en parle, mais pas à n'importe qui et de vive-voix. Il ne sentait pas d'écrire une ligne sur le sujet. Il patienta donc jusqu'à son rendez-vous avec Relhnad.

jeudi 29 mai 2014

Le garçon fée - 202

Quand Zibulinion, sous les traits de Noinilubiza, arriva pour sa troisième leçon de téléportation, Relhnad l'attendait en lisant, perché sur un nuage flottant.
L'adolescent l'observa un moment, sans approcher. Le visage concentré de Relhnad était  extraordinairement beau. Ses cils délicatement ourlés, ses lèvres parfaites... Zibulinion eut envie de l'embrasser. Comme tout était clair entre eux à présent, et qu'il n'y avait pas de raison qu'il laisse toujours l'initiative à son professeur, il vola spontanément vers lui. Relhnad referma son livre dans un claquement et ce dernier disparut. La bouche de Zibulinion se posa alors sur celle de Relhnad pour un tendre baiser.
– Bonjour, souffla ensuite l'adolescent.
Relhnad lui sourit avant de lui suggérer de rompre son illusion.
– Oh. Pardon.
– Ce n'est pas très grave. Mais je préfère te voir, toi, plutôt qu'une image factice.
Une fois que Zibulinion se fut exécuté, Relhnad l'embrassa également avant de demander s'il était prêt pour une seconde leçon. Zibulinion acquiesça et Relhnad continua à exposer le fonctionnement théorique de la téléportation.
Quand il arriva au bout de ses explications, il lui proposa de lui montrer en pratique. Il ne s'agissait pas que Zibulinion essaie lui-même, mais qu'il l'accompagne dans un court déplacement : du buisson aux moineaux à l'orée de la clairière.
Zibulinion donna son accord, Relhnad l'enveloppa étroitement dans ses bras et en moins de temps qu'il ne fut pour le dire, ils se furent déplacés. 
L'adolescent se sentait nauséeux et il le dit.
– Cela ne devrait pas être le cas quand c'est toi qui sera aux commandes.
– Je peux essayer ?
– Tu ne veux pas attendre la semaine prochaine ?
Zibulinion était pressé de savoir se téléporter, mais il ne tenait pas à quitter les bras de son professeur, aussi hésita-t-il avant de finalement répondre par la négative.
Relhnad le libéra de son étreinte.
– Vas-y.
Zibulinion prononça le sort distinctement et se retrouva au beau milieu du buisson tandis qu'une nuée de moineaux s'envolait.
Relhnad le rejoignit en un clin d'œil et l'aida à se dépêtré.
Zibulinion était dépité. C'était une semi-réussite.
– Tes ailes ont été égratignées par les branchages, constata Relhnad, une fois l'adolescent tiré d'affaire. Je vais te les soigner.
– Merci.
Relhnad se mit derrière Zibulinion et d'un coup de baguette qui effleura les ailes de l'adolescent, il effectua un sort de soin.
– C'est bon, c'est fini.
Mais alors que ses mots franchissaient ses lèvres, ses mains, elles, glissèrent sur les ailes de Zibulinion dans un frôlement troublant.
Cette douce caresse fut suivie d'un délicieux baiser.
– Nous ferions mieux de retourner à l'école, déclara Relhnad, la bouche encore tout près de celle de l'adolescent.
Il ne discuta pas puisqu'il savait désormais que Relhnad écourtait leurs têtes-à-têtes pour ne pas dépasser certaines limites, ne pas craquer. Oh, être touché encore, Zibulinion aurait adoré ça. Mais ils étaient à l'extérieur, bien près de Valeaige.
Et puis il appréhendait tout de même un peu de décevoir de son professeur s'ils allaient plus loin : et si jamais il se révélait trop empoté?

mercredi 28 mai 2014

Au Zoo Interplanétaire - 4

Merwan rouvrit les yeux et releva la tête. Son public d'alien était toujours là. L'un d'eux avait des yeux globuleux. Merwan aurait aimé être spectateur lui aussi. Cela aurait pu être un film : « Kidnappé par les aliens » Hélas, il était acteur et ne pouvait quitter la salle sous prétexte que ce qui se déroulait à l'écran ne lui plaisait pas.
Comme il s'engourdissait à être toujours dans la même position, que le sol était dur, il se releva et fit quelques pas, une main sur ses parties génitales.
Ses mouvements provoquèrent de drôles de bruits dans la foule des créatures. Merwan eut un rire nerveux. Il n'en pouvait plus. Il avait assez de cogiter, de n'avoir rien d'autre à faire que crier pour réclamer sa liberté.
Une série de tintements retentit suivi de grésillements et grincements et peu à peu les allées se vidèrent jusqu'à être désertes.
Ce retour à la solitude ne soulagea que partiellement Merwan. Il était toujours emprisonné, nu, assoiffé et affamé, incertain du sort qui l'attendait.
Une ombre au-dessus lui, le fit sursauter. Il leva les yeux et vit une plateforme semblable à un disque vinyl sur laquelle se tenait une créature qui descendait dans sa cage.
L'alien avait une tête blanche triangulaire dépourvue d'yeux, de nez et de bouche, un long cou mince et de larges épaules en-dessous desquelles pendaient une impressionnante série de tentacules de longueurs et formes variées. D'eux d'entre eux s'étirèrent vers Merwan qui eut un mouvement de recul.
La créature ne renonça pas pour autant et Merwan, malgré ses manœuvres d'évitement finit par sentir les appendices lisses et chauds s'enrouler autour de sa taille.
— Lâchez-moi ! s'exclama Merwan, en essayant à deux mains de les retirer.
Tout ce qu'il gagna fut que deux autres tentacules immobilisent ses bras. Deux autres encore s'enroulèrent autour de ses jambes quand il se mit à les agiter furieusement, continuant à se débattre pour s'échapper.
L'alien le garda ainsi ligoté tandis que la plateforme s'élevait à nouveau.
— Lâchez-moi ! répéta Merwan plus fort. Cette fois, la créature plaqua un de ses appendices sur sa bouche.
Ils ne tardèrent pas à redescendre, se posant devant un énorme cube blanc. Sans effort, l'alien continua à garder Merwan suspendu entre ses tentacules et tapa de l'un de ses appendices libres sur des touches à peine visibles sur le mur. Une ouverture apparut et se referma automatiquement après leur passage.