vendredi 31 janvier 2014

Le garçon fée - 147

Antenhyo se présenta avec fierté, de toute la hauteur de ses dix-sept ans. Brandissant sa baguette magique, un long bâton d'ébène brillant, il ensorcela son balai qui se mit à luire et l'envoya d'un geste plein de panache vers les cieux. Des éclairs s'échappèrent du manche et les nuages virèrent au noir tandis que le ciel bleu se teintait en un inquiétant violet. Le temps printanier tournait à l'orage et bientôt une pluie fine tomba, sans mouiller aucun des spectateurs. Antenhyo avait dû créer au-dessus de leurs têtes un espèce de parapluie géant invisible.
Le sorcier mal peigné rappela à lui son balai d'un mouvement de baguette et à peine eut-il regagné sa main que le beau temps revint, comme s'il n'avait jamais cessé.
Son numéro, moins spectaculaire que certains, démontrait une impressionnante maîtrise magique. Qu'il ait joué avec la météo prouvait qu'il avait réussi à interféré avec le sortilège de ses professeurs qui depuis le début du séjour des fées avait transformé l'hiver en printemps.
Après le passage d'Antenhyo, les autres élèves de Daroilak firent pâle figure, si bien que Zibulinion se dit que peut-être le sorcier mal peigné avait de bonnes raisons d'avoir une haute idée de lui-même.


Enfin, l'heure du dîner arriva. Le contenu des assiettes étaient toujours aussi terribles à contempler mais bons à manger.
Zibulinion terminait tout juste, quand il repéra Antenhyo qui s'approchait, signant la fin de la tranquillité dont il avait bénéficié toute la journée.
Quitter précipitamment la table et se réfugier dans le dortoir attribué aux fées, était tentant, mais éviter Antenhyo durant tout le reste du séjour à Daroilak ne semblait pas une option viable et dans ce cas, autant l'affronter de suite. Zibulinion se leva et alla résolument à sa rencontre, sans se soucier des commentaires des autres fées et de la mine renfrognée de Waltharan.
Antenhyo parut surpris. Sans doute s'était-il attendu à ce qu'« elle » se défile après sa fuite de la veille.
Zibulinion, tendu et nerveux, le salua. Le sorcier tout ébouriffé fit de même, puis, s'exclama :
– Encore toi !
Zibulinion se retourna pour constater que Waltharan lui avait emboîté le pas.
– Tu te prends pour son ombre ou quoi ?! s'écria Antenhyo.
– C'est cela, oui, grommela Waltharan.
Si l'association de deux fées et d'un sorcier attirait déjà fortement l'attention, une querelle revenait à décrocher la timbale et une bonne partie des regards du réfectoire convergeaient vers eux.
– Allons discuter de tout cela ailleurs,  supplia Zibulinion.

jeudi 30 janvier 2014

Le garçon fée - 146

– C'est toi qui a disparu avec un sorcier à la fin du dîner, attaqua Lalloréa en se collant plus étroitement à Neyenje dans une attitude possessive.
– Waltharan la disputait, expliqua Neyenje.
– Elle devait le mériter, répliqua Lalloréa, implacable.
– Ne fais pas ta mauvaise tête juste parce que je suis intervenu pour l'aider...
Comme Lalloréa semblait prête à batailler, Zibulinion, las des conflits, intervint :
– Ce n'était rien du tout. Tout va bien. Je vais aller dormir.
– Bonne nuit ! répondit promptement Lalloréa, recouvrant la voix de Neyenje qui s'enquérait de l'objet de la dispute avec Waltharan.
Zibulinion se dépêcha d'entrer dans le dortoir. Des fées se changeaient, troquant leurs uniformes contre les longues chemises de nuits réglementaires de Valeiage.  Zibulinion espéra que son illusion nue serait à la hauteur de toutes ses authentiques courbes féminines et gagna la salle d'eau attenante qui était d'un vert crapaud peu flatteur avec des robinets surmontés d'affreuses bestioles.
Son déshabillage nécessitait une division de son illusion avec un report sur ses vrais vêtements. Il murmura le sort le plus discrètement possible, regrettant de ne pas savoir comment procéder mentalement.
Garder son illusion sous la douche était très bizarre et Zibulinion lava son corps les yeux à moitiés fermés, puis quitta la salle d'eau et il se glissa dans son lit aux draps gris avec soulagement. Il avait survécu difficilement à la première journée à Daroilak. Six encore restaient, de quoi regretter de ne pas avoir fait des pieds et des mains pour ne pas quitter Valeaige et sa chambre sous les toits à côté de celle de Relhnad.

Un concert de grenouilles réveilla Zibulinion. Il émergea difficilement. Son illusion de fée blonde adolescente ne s'était pas défaite durant la nuit, mais il se sentait déjà fatigué de la porter comme une seconde peau.
Angoissé à l'idée qu'Antenhyo ou Waltharan ou Neyenje ne l'aborde, Zibulinion descendit petit déjeuner, une boule au ventre. Du pain noirâtre et de la confiture jaunâtre les attendait. Zibulinion, malgré le bon goût en dépit de l'aspect, eut du mal à manger. Waltharan le fixait d'un air sombre et Lalloréa lui lançaient des regards noirs par-dessus la table. Dame Nature soit louée, Antenhyo ne se montra pas et Neyenje ne vint pas l'interroger sur ce qui s'était passé avec le fée des plantes.
Le petit déjeuner terminé, il fallut gagner la cour intérieure où une grande estrade de bois avait été montée.
Le temps était doux et ensoleillé, comme la veille, ce qui n'avait rien de naturel pour un mois de novembre. On se serait cru au printemps, signe que de la magie devait être à l'œuvre.
Les fées furent invitées à se mettre devant, au premier rang afin de ne rien rater de la démonstration des talents magiques des élèves de Daroilak.
Une première sorcière grimpa sur l'estrade, donna son nom et son âge, et matérialisa toute une scène macabre avec des squelettes et des têtes tranchées. Une seconde suivit avec un numéro tout aussi sinistre.
Sorciers et sorcières défilèrent avec des tours répugnants et des potions pestilentielles d'où s'échappaient d'inquiétantes fumées. Parfois ils appelaient un de leurs camarades qu'ils métamorphosaient en de monstrueuses créatures.
Zibulinion, même impressionné par certains sortilèges, ne tarda pas à trouver le temps long. Ils étaient debout, serrés les uns contre les autres et il n'avait rien à faire, si bien qu'il ne cessait de se tourmenter sur la suite de son séjour à Daroilak.
La pause de midi se déroula sans incident, et le spectacle reprit, les élèves de Daroilak continuant à donner un aperçu de leurs pouvoirs.
En fin d'après-midi, Antenhyo, après avoir fait un looping avec son balai, atterrit sur l'estrade. Zibulinion déglutit, espérant que si le sorcier mal peigné faisait appel à quelqu'un pour sa démonstration, ce ne serait pas lui.

mercredi 29 janvier 2014

Le garçon fée - 145

– Je... commença Antenhyo.
La porte de la salle de repos s'ouvrit bruyamment, l'interrompant. C'était Waltharan. Son intervention, cette fois, était plus que bienvenue. Zibulinion fonça vers lui, marmonnant de vagues excuses sans queue ni tête au sorcier mal peigné.
Antenhyo protesta, mais Zibulinion ne l'écouta pas. Il se dépêcha de sortir, Waltharan sur ses talons.
Dans le couloir, Zibulinion se mit à courir, puis à voler comme le fée des plantes le lui suggérait et ils eurent tôt fait de mettre une bonne distance entre eux et Antenhyo.
Essoufflé et égaré, Zibulinion se  posa au bas d'un escalier de pierre usé par les ans.
Waltharan le disputa aussitôt d'une voix hachée :
– Qu'est-ce que tu trafiquais seul avec lui, hein ? Si tu es découvert, tu imagines le scandale ?
– Je... sais... Merci... d'être... venu... me chercher... répondit Zibulinion d'une voix hachée.
– Je ne l'ai pas fait pour toi, mais pour la réputation de Valeiage.
– Tu m'as... enfin l'as sauvée alors, parce qu'Antenhyo était justement en train de me cuisiner sur mon apparence.
– Comment en est-il venu à te soupçonner ? Non, laisse-moi deviner, tu as voulu le séduire...
Zibulinion éprouva une intense frustration face à la réaction de Waltharan.  Antenhyo ne l'intéressait que pour sa sorcellerie, et même s'il est vrai qu'il avait été vexé par le commentaire de ce dernier sur ses ailes illusoires qu'il avait mis tant de soin à créer, plaire au sorcier mal peigné était le dernier de ses soucis. Il était cependant inutile de le préciser à Waltharan parce qu'il ne le croirait pas et trouverait de toute façon horrible que la magie des sorciers l'attire.
– Sais-tu où on l'on se trouve ? demanda Zibulinion, sans réagir aux propos du fée des plantes.
– Non, pas la moindre idée ! Et c'est de ta faute !
Pendant que Waltharan continuait à lui reprocher son imprudence et sa bêtise, Zibulinion se mit à réfléchir à une solution pour qu'ils retrouvent leur chemin dans la dédale de couloirs de Daroilak.
Il repéra alors deux grosses araignées qui se prélassaient dans leurs toiles.
– Très bien, j'ai tous les torts, maintenant tais-toi que je puisse interroger les deux demoiselles à pattes.
Waltharan se renfrogna, mais obtempéra. Zibulinion s'adressa aux deux araignées avec quelques difficultés. Ce n'était pas un animal très apprécié par les fées, sans doute n'étaient-elles pas assez mignonnes pour cela, et ce n'était pas en cours qu'il avait appris à communiquer avec elles, mais dans un bouquin exhaustif sur la communication avec les animaux trouvé à la bibliothèque.
Après de nombreux mouvements de doigts pour Zibulinion et de pattes pour ses interlocutrices, ils purent se situer par rapport aux dortoirs assignées aux fées.
C'est dans un silence pesant qu'ils y marchèrent.
Cependant, une fois arrivés, Waltharan disputa à nouveau Zibulinion : comment allait-il se débrouiller pour garder le secret jusqu'à la fin de leur séjour à Daroilak ?
Comme Zibulinion tentait de se dérober entrant dans la pièce destinée aux filles, Waltharan lui captura les poignets pour le retenir.
– Comment tu vas faire, hein ?! répéta-t-il.
– Je ne sais pas... Lâche-moi !
Neyenje sortit à ce moment-là du dortoir des garçons fées.
– Hé ! Qu'est-ce qui se passe ? Waltharan ! Ce n'est pas une façon de traiter les filles !
Le fée des plantes libéra Zibulinion avec brusquerie.
– Tu n'as qu'à la consoler ! jeta-t-il, les dents serrées, et s'engouffrant dans la pièce que Neyenje venait de quitter, il en claqua violemment la porte.
– Ça va ?
Zibulinion hocha lentement la tête, même si c'était faux et que la situation était chaotique au possible.
– Je peux te soigner s'il t'a fait mal, offrit Neyenje. Montre-moi tes poignets...
Zibulinion refusa dans un murmure. Cela lui faisait bizarre que Neyenje s'adresse à lui avec autant de douceur après toutes ses semaines à l'ignorer. La dernière fois, dans le rêve, il avait si coupant... Mais là, il lui parlait à « elle »,  cette illusion qu'il ne devait pas se souvenir avoir embrassé devant le dortoir à Valeiage...
Lalloréa apparut à son tour. Neyenje et elle avaient dû se donner rendez-vous. La fée dorée s'empressa de venir se pendre au bras de Neyenje.