jeudi 31 octobre 2013

Le garçon fée - 93

– Mais n'est-ce pas ma sauveuse des toilettes ! Tu t'es enfuie comme si tu avais un sorcier à tes trousses cette fois-là... Tu sais, tes lèvres n'auraient pas pourries si je t'avais embrassé, quand bien même mes cheveux sont bruns!
Zibulinion qui n'était pas encore tout à fait redescendu de son petit nuage après que Folebiol l'ait tenu dans ses bras, n'apprécia pas du tout ce brutal retour à la réalité et encore moins que Charboige le malmène alors même qu'il était sous son illusion de fée blonde.
Il riposta :
– Cela m'est égal que tu aies les cheveux noirs comme des plumes de corbeau, c'est ta manière de te moquer des gens, le problème !
– Ah oui ? Prouve-le donc que cela ne te gêne pas que je sois brun.
– Et comment ? Tu n'as pas de filles à faire danser plutôt que de m'embêter ?
– J'ai terminé ma liste... Tu n'as qu'à passer le reste de l'après-midi avec moi. Tu n'as pas grand chose à perdre ceci dit, pas même ta réputation, vu qu'en tant que 12ème année, tu ne seras plus là l'année prochaine.
Cela fit réaliser à Zibulinion que son choix d'illusoire uniforme de 12ème année avait été une erreur. Il n'avait aucune envie de se recréer une illusion depuis le début. Bien sûr, il aurait pu y renoncer, mais c'était vraiment trop confortable de ne pas détonner au milieu des autres fées. Et puis, ni la directrice ni Relhnad ne lui avaient interdit de continuer...
– Je redouble, alors si. Mais ça ne signifie pas pour autant que je veux rester avec toi et tes sarcasmes.
– On attend de moi que je sois mauvais et je n'aime pas décevoir.
– Je ne vois pas en quoi donner raison aux gens peut aider...
– Tu dis ça, mais tu es comme les autres et tu m'as d'office catalogué de sale type.
– Tu te comportes comme tel ! Je ne vois pas le rapport avec tes cheveux, pour moi, tu es beau comme tous les garçons de cette école !
Excepté lui-même, compléta mentalement Zibulinion.
Charboige perdit son expression moqueuse et déclara :
– Merci du compliment. Puisque je suis à ton goût et que tu seras encore à Valeiage l'année prochaine, pourquoi tu ne deviendrais pas ma petite amie ?
Zibulinion crut avoir une hallucination auditive.
Son incrédulité dut être visible, car Charboige lui redemanda s'il ne voulait pas être sa petite amie.
– Mais pourquoi ? balbutia Zibulinion.
– Parce que tu es une fille adorable et que j'aime ton sens de la répartie. Et tu me trouves séduisant, donc...
Si Charboige avait su qu'il avait devant lui celui qu'il avait surnommé « la chouette »... Toujours est-il que le fée brun déformait ses propos, il avait juste dit qu'il était agréable à regarder. Zibulinion faillit répéter que pour le caractère, ce n'était pas ça, avant de se dire que Charboige avait l'air tout à fait sincère dans sa proposition et qu'il fallait mieux la décliner sérieusement.
– Je regrette, mais je suis amoureu...se de quelqu'un d'autre.
– Il doit avoir des tonnes de prétendantes et n'en avoir rien à faire de toi alors que je suis disponible. Cœur à prendre, quoi !
Zibulinion ne savait pas comment se dépêtrer de Charboige. C'était flatteur, mais en même temps, il croyait qu'il était une fille de 18 ans, jolie de surcroît... La situation était définitivement inconfortable.
– Tu ne vois pas que tu embarrasses Noinilubiza ?
L'intervention provenait de Waltharan qui était arrivé, un verre à la main.
– Non, mais merci de m'apprendre son prénom, rétorqua Charboige. C'est toi qui déranges, ne me fais pas croire que tu as déjà fait danser toutes les filles qui ont eut l'idiotie de te choisir comme partenaire, ajouta-t-il d'un ton mauvais.
– Pas encore, non. Cependant, j'ai bien le droit de faire une pause pour boire, répliqua Waltharan.
Zibulinion décida que c'était le bon moment pour prendre la poudre d'escampette. Waltharan comprendrait. En tant que Noinilubiza, il avait déjà aidé le fée des plantes de la même manière à la bibliothèque.
Il se faufila à travers la masse de fées sans un regard en arrière. Il crut tout de même entendre que cela tournait à la dispute entre Charboige et Waltharan, mais peut-être n'était-ce que son imagination...

mercredi 30 octobre 2013

Le garçon fée - 92

L'adolescent passa à sa troisième partenaire. Elle était très grande pour une fée de 10ème année et dépassait Zibulinion de trois bonnes têtes, mais autrement, elle était ravissante comme tout avec ses longs cils, ses yeux bleu pailleté et sa blondeur sans faille.
Elle aussi, il lui demanda pourquoi et elle répondit d'une voix un brin aiguë :
– J'en avais envie.
– Vraiment ?
– Mais oui, je t'assure.
Zibulinion la rangea dans la catégorie des filles qui, non répugnées par son physique, étaient curieuses. Bizarrement, cependant, aucune question ne vint. Zibulinion qui ne savait que dire, se concentra sur ses pieds et ceux de la fille. Elle avait quelque chose de bizarre indépendamment de sa taille, mais il n'aurait su dire quoi.
Au bout d'un moment, sans qu'ils aient échangés un mot de plus, il passa à la quatrième et dernière fée.
Elle était belle, une fée modèle qui révéla de suite à Zibulinion qu'elle l'avait choisi comme partenaire uniquement parce qu'elle adorait danser et qu'elle comptait bien qu'il ne la laisse pas tomber au bout de trois malheureux tours de piste, ce qui était en général
le cas comme les garçons avaient beaucoup de filles sur leur liste.
Cela n'arrangeait pas Zibulinion qui voulait vite s'éclipser et se parer de son illusion féminine afin de ne pas rater son tour de danse avec Folebiol en tant que Noinilubiza. Il fit néanmoins un effort. C'est la fée modèle qui elle-même fini par le libérer en maugréant qu'il valsait aussi bien qu'un porte-manteau !
Zibulinion se dépêcha de filer aux toilettes et revint sous les traits de la fée blonde aux yeux noisettes au pas de course. C'était inutile, car il dut patienter presque une demi-heure avant que Folebiol n'appelle son nom.
Quand l'adolescent aux boucles fauves posa la main sur sa taille, Zibulinion frémit, quand ses doigts se refermèrent sur les siens, il se sentit tout heureux. Il se laissa guider par Folebiol, espérant que ce dernier ne se rendrait pas compte que c'était en fait avec un garçon qu'il dansait. Folebiol ne chercha pas à parler, ce qui arrangea Zibulinion qui avait la gorge nouée par l'émotion. Il était dans les bras de Folebiol. Par le biais d'une tromperie, mais ce n'était pas grave.
Folebiol annonça que c'était fini au bout de quelques minutes à peine à la grande déception de Zibulinion qui se retint de justesse de protester et mendier un délai supplémentaire.
Folebiol lui sourit et appela une nouvelle fée. Zibulinion, encore tout remué, se rendit compte qu'il avait soif, et alla récupérer un verre qu'il remplit à la mini-fontaine.
Une fois son verre plein, il se retourna vers la piste de danse et tomba nez à nez avec Charboige qui avait sûrement lui aussi l'intention de se servir à boire.

mardi 29 octobre 2013

Le garçon fée - 91

Tout le monde étant enthousiaste par la fête et les vacances toutes proches, le dortoir fut en effervescence tôt le matin.
Zibulinion qui n'avait pas réussi à s'endormir avant une heure avancée de la nuit - le sort d'apaisement ne devant plus faire effet - se réveilla à cause du remue-ménage.
Dans le lit d'à côté, Folebiol s'étirait, sa chemise de nuit remontée jusqu'à mi-cuisses. Zibulinion détourna les yeux, les joues enflammées, il ne s'y habituait pas, cela l'excitait toujours autant.
Zibulinion qui comptait se rendre à la bibliothèque après le petit déjeuner vit ses plans contrecarrés par Zurmmiel et Joathilde qui voulaient qu'il les accompagne pour la chasse au trésor, même s'il n'avait pas le droit de les aider. Zibulinion put d'autant moins refuser qu'il savait qu'il ne serait plus dans la même classe qu'eux l'année prochaine et ne partagerait plus leurs repas. Or, les deux enfants étaient importants pour lui.
La chasse au trésor se révéla amusante à suivre. Zurmmiel se débrouillait comme un chef pour décoder les énigmes emmenant au message suivant. Il ne fut cependant pas le premier à atteindre le trésor : un paquet d'ornements pour baguette.
A midi, le réfectoire n'était rempli qu'au deux tiers, les élèves de 5ème, 6ème, 7ème et 8ème années étant dans une autre salle spéciale pour leur banquet.
Enfin, vers 14 heures, ce fut l'heure de rejoindre la salle de bal. Zibulinion fut impressionné par sa grandeur, ses larges fenêtres aux longs rideaux de velours chatoyants, son plafond et son sol composés d'une myriade d'étoiles qui se chevauchaient les unes les autres. Le long du mur, il y avait une série de chaises molletonnées si richement décorées qu'on aurait dit des trônes. Un coin de la pièce était occupée par une table en demi-cercle recouverte de verres en cristal, avec au centre une mini-fontaine où s'écoulait une eau limpide.
Les feuilles affichées dans le réfectoire avaient été transférées dans la salle de bal. Plusieurs professeurs étaient présents. Bastopod, mais aussi Korganole, la professeur d'élégance ainsi que la professeur de musique. Pas de Relhnad en vue, en revanche.
Petit à petit la salle se remplit avec les fées de 9ème, 10ème, 11ème et 12ème année. Il restait toutefois encore beaucoup de place pour circuler.
Comme Zibulinion s'en étonnait à voix haute, Charboige se moqua de lui:
– Qu'est-ce que tu crois, la chouette, elle est magiquement agrandie.
A ce moment, un air de valse retentit. Bastopod et Korganole effectuèrent un tour de piste et incitèrent les garçons à appeler les noms de leur liste dans l'ordre où ils avaient été notés.
La première partenaire de Zibulinion se révéla être une fée de 10ème année un peu ronde, avec de bonnes joues. Zibulinion découvrit ainsi qu'il n'était pas l'unique fée à ne pas être un poids plume.
Zibulinion la prévint de son inexpérience de la danse, ce à quoi elle répondit :
– Ce n'est pas grave.
– Je peux savoir pourquoi tu m'as choisi ? demanda Zibulinion, manquant de justesse d'écraser le gros orteil de sa partenaire.
– Comme ça, dit-elle d'un ton embarrassé. En comparaison avec toi, je fais jolie, ajouta-t-elle d'une petite voix.
Après cet aveu, Zibulinion eut tôt fait de passer à la seconde fille. C'était une fée magnifique de 11ème année aux grands yeux menthe à l'eau, aux ailes blanches poudrées d'or et aux longs cheveux noirs comme le charbon.
Zibulinion lui posa la même question qu'à la première.
– Je fais partie du club « Fées autrement » et je trouve que tu aurais ta place parmi nous, seulement Charboige s'y refuse.
– Le club existe vraiment ?
– Eh bien... il n'y a pas de clubs officiels à Valeiage. Toujours est-il que notre club est composé des sept fées brunes de l'école, d'une aux cheveux rouge vif et d'une aux ailes ridiculement petites.
– Et c'est Charboige qui l'a crée ?
– Non, mais en tant que garçon, il a eu le privilège d'en devenir le chef. J'espère le convaincre de t'inclure.
– Il ne m'apprécie pas et c'est mutuel, préféra préciser Zibulinion.
– C'est dommage...