vendredi 30 août 2013

Le garçon fée - 49

Se concentrant, suppliant Dame Nature de l'aider, Zibulinion exécuta le sort de masquage. Une fine couche de lumière finit par recouvrir sa peau et ses ailes disparurent.
– Tu vois la différence ?
Zibulinion acquiesça, ce qui était frappant, c'était de constater à quel point Relhnad était puissant, et lui faible.
– Tu n'as plus qu'à cesser de contenir ta magie.
– Je ne suis pas capable de faire mieux...
Les beaux yeux pailletés de Relhnad lancèrent des éclairs, mais ce fut la seule expression de son énervement face au défaitisme de Zibulinion.
– Bon...
Allait-il jeter l'éponge et abandonner ? Zibulinion l'espérait.
– Qu'est-il arrivé à tes ailes ? demanda Relhnad.
Zibulinion n'était pas encore tout à fait remis du cours de vol, mais il ne lui restait que des courbatures, ses ailes ne pendaient plus. Elles étaient comme d'habitude : ternes et chiffonnées.
– Elles sont toujours comme ça, rétorqua-t-il avec humeur, fatigué des réflexions à ce sujet.
– Je te crois, mais ce n'est pas normal.
Pas plus que ne l'était son tour de taille peut-être ? pensa Zibulinion avec amertume.
– M'autorises-tu à t'examiner ?
Zibulinion étais las de se faire tripatouiller les ailes, mais il accepta. Plus tôt Relhnad aurait constaté que rien ne clochait, plus tôt ce serait terminé.
Relhnad se leva et se mit juste en face de Zibulinion, tout près de l'adolescent qui sentit une fragrance de pomme et d'herbe coupée lui chatouiller les narines. Le halo lumineux révélant que Relhnad faisait usage de ses pouvoirs enveloppa Zibulinion. Un frisson parcourut le corps de l'adolescent et tout fut fini : le professeur de sorts l'avait examiné sans poser un doigt sur lui.
– Ce n'est qu'une hypothèse, mais le triste aspect de tes ailes est sans doute lié à ton incapacité à utiliser tes pouvoirs convenablement. Si tu veux, il y a un moyen de vérifier sans attendre.
Zibulinion n'était pas convaincu, et pourtant, il était tenté.
– Qu'est-ce que je dois faire ?
– A terme, quelle que soit la justesse de mon hypothèse, il faut que tu apprennes à libérer ta magie. Là tout de suite, je vais t'obliger à user de tes pouvoirs d'une façon peu orthodoxe.
Là-dessus Relhnad monta sa main au niveau de la bouche de l'adolescent, replia tous ses doigts hormis l'index et ajouta :
– Suce mon doigt.
La demande était totalement incongrue et Zibulinion ouvrit de grands yeux. Relhnad précisa :
– Je t'assure que cela ne me plaît pas plus que toi et si cela n'était pas nécessaire de t'obliger à expulser ta magie en t'insufflant la mienne, je m'en dispenserai bien.
Les candidates pour lui lécher la moindre parcelle de son corps ne devaient en effet pas manquer vu sa beauté hors du commun... Zibulinion hésita, puis tenté par la perspective d'avoir enfin de jolies ailes, il goba le doigt de Relhnad et passa sa langue dessus. Le professeur de sorts avait un goût vanillé. L'adolescent ferma les yeux, s'interrogeant sur le goût que pouvait avoir Folebiol.

jeudi 29 août 2013

Le garçon fée - 48

La pièce était carrelée d'étoiles irisées du sol au plafond. Relhnad vêtu d'une sobre chemise blanche, d'un pantalon bleu ciel et de souliers vernis crème était assis à une imposante table argentée.
Zibulinion s'avança, soudain douloureusement conscient du gouffre qu'il y avait entre le physique de rêve du professeur et le sien. La perfection de sa beauté était tout bonnement incroyable.
– J'irai droit au but. Le temps est une chose précieuse. C'est le week-end et sûrement tu préfèrerais t'amuser plutôt que d'être ici avec moi.
Zibulinion serra les dents. Toute la nuit, il s'était tourmenté en se demandant ce que pouvait bien lui vouloir Relhnad, triste et déçu que l'un des rares professeurs à l'avoir accepté ait à priori également un problème avec lui. Sa seule consolation dans l'affaire, c'est que la mise au point se passait entre quatre yeux.
Relhnad continua :
– Je ne sais pas qui t'a appris à cacher tes ailes, mais c'est quelqu'un assurément qui n'est pas doué pour l'enseignement. Je n'ai pas pu faire autrement que de remarquer que tu n'usais pas de tes pouvoirs comme tu devrais. Au lieu de les libérer, tu les retiens. C'est ce qui t'échappe malgré toi qui te permet de parvenir malgré tout à tes fins. Regarde comme cela peut être rapide. Et ensuite, applique le sort.
Les splendides ailes de Relhnad disparurent et redevinrent visibles en un clin d'œil.
Zibulinion déglutit. Il ne savait pas comment procéder différemment, alors il fit comme d'habitude. Malgré ce que Relnahd lui avait dit, la seule explication qu'il avait à sa lenteur, était qu'il n'était pas doué en magie.
Zibulinion perçut un léger agacement de son professeur devant son piètre résultat, sa nervosité l'ayant rendu moins performant que jamais.
– Je vais rendre ton empreinte magique et la mienne visibles pour que tu comprennes le problème, déclara Relhnad.
Cette fois, au moment où le professeur de sorts masqua ses ailes, Zibulinion fut ébloui par un halo bleu vaporeux qui emplit tout le bureau. Le même phénomène se reproduisit durant l'opération inverse.
– A toi maintenant ! jeta Relhnad.
Zibulinion n'osa pas se lancer tout de suite. Il comprenait que Relhnad voulait l'aider à être un fée moins catastrophique, mais il avait l'impression de faire perdre son temps à son professeur qui sûrement aurait aimé être ailleurs, avec une des nombreuses fées qui devaient se traîner à ses pieds. Pour lui aussi, c'était le week-end.

mercredi 28 août 2013

Le garçon fée - 47

Le lendemain, les ailes toujours pendantes et plus affreuses que jamais, Zibulinion assista à son deuxième cours de sorts. Relhnad se confirma être un excellent professeur qui était loin de n'avoir que pour lui son extraordinaire beauté et sa voix merveilleuse.
Il commença à leur apprendre le sort pour faire apparaître leur baguette dans leur main où qu'elle ait été laissée à l'origine.
Zibulinion fut soulagé de ne pas être le seul à ne pas y arriver à la fin du cours, même s'il était toujours bon dernier pour le sort de masquage des ailes.
Le cours de minéralogie se déroula également sans accroc. Zibulinion récolta des cailloux marbrés qui lui valurent des compliments du professeur.
Après un solide repas, il fit de la géographie à la bibliothèque avant de se rendre en cours de faune. L'un dans l'autre, ce fut une belle journée. Zibulinion se sentait revivre de manger comme les autres.

Le vendredi tout se passa bien également jusqu'au dîner où il reçu, en plus de son repas, un avion en papier qui se révéla être une convocation du professeur Relhnad pour le samedi matin sans aucune indication quant au pourquoi.
Comme c'était vendredi soir, Zibulinion ne put se confier à Folebiol, Zurmmiel ou Joathilde rentrés chez eux pour le week-end. Il ramena son angoisse au dortoir, regrettant que Neyenje ne s'y trouve pas, sûrement encore en train de conter fleurette à une fée dans un recoin de l'école.
Il n'était proche de personne d'autre. Des quatre autre garçons de son âge, il n'y en avait qu'un qui passait le week-end à Valeiage et c'était celui qui considérait que c'était de la triche que Zibulinion ait été conseillé pour les trois objets. Restait juste Waltharan que Zibulinion aperçut sous la douche en se rendant à la sienne. Waltharan battait toujours des records de longueur pour se laver et le visage extatique qu'il offrait à l'eau perturbait invariablement Zibulinion.
Ce soir-là, l'adolescent se tourna et retourna dans son lit, cherchant le sommeil qui le fuyait, curieux de savoir s'il existait une formule magique contre l'insomnie.
Il passa une nuit affreuse, peuplée de cauchemars dans lesquels tout le monde, y compris Folebiol, se moquait de lui et le chassait à coup de pieds de l'école des fées. « Tu es vilain comme un pou. Tu n'appartiens pas à notre monde. »

Au petit matin, Zibulinion hésita entre pantalon et l'uniforme de l'école avant d'opter pour ce dernier. Il n'aimait décidément pas être en robe, mais comme il était convoqué par un prof, cela semblait plus adapté.
A 9 heures pile, comme indiqué par Relhnad, Zibulinion arriva devant le bureau du professeur de sorts. La porte s'ouvrit d'elle-même et la voix charmeuse de Relhnad l'invita à entrer et à fermer derrière lui.