mercredi 31 août 2011

Lykandré - 56

– Je prends ça pour un oui. Alors, déjà, je suis content de t'annoncer que Danno et moi, nous allons te ramener dans l'île d'Inukotou. Ce n'est peut-être pas la meilleure planque qui soit, mais de toute façon, c'est là que tu seras le mieux. Avec beaucoup de bol, tous les gens qui pourraient vouloir te récupérer ne penseront pas à venir t'y rechercher. Et s'ils le font, ce sera à toi de te planquer.
Jun fit une pause avant de continuer :
– Je parie que tu dois pas bien saisir. Pourquoi les gens qui sont aller te foutre dans la merde t'en sortirait, c'est pas logique, hein ? Le truc, c'est que quand je t'ai vu sur l'île, ça a fait remonter des souvenirs de ma petite enfance que j'avais oublié sur ma mère. Je m'en rappelais plus, car j'ai été élevé dans un foyer pour enfants depuis que je suis tout gosse... Mais en te voyant, je me suis souvenu de ma mère. C'était un berger allemand. Une chienne andromorphe. Pour mon père, j'en sais rien et je m'en tape, mais il devait être cent pour cent homme ou alors j'aurais plus de caractéristiques animales. Enfin, j'imagine. Ce que je sais, c'est qu'à part une ouïe un poil plus développée que la moyenne des gens, j'ai rien d'un chien. J'étais bien emmerdé par ce souvenir et j'aurais voulu faire quelque chose pour toi quand on t'a capturé, seulement je pouvais pas faire ça à Kinsué. Il m'a tiré de la misère en m'offrant ce job et ça nous aurait foutu dans la panade de  pas te livrer comme convenu. Et puis bon, c'était à un labo scientifique pas à un truc atroce comme celui de M.Ritahoro. Alors quand je t'ai revu là-bas, mon sang n'a fait qu'un tour. Tu risquais de mourir dans un de ses putains de films de pervers. J'aurais bien voulu t'acheter à ces amateurs qui t'avaient chopé, mais le chauve est arrivé trop vite et après c'était fichu. Prendre d'assaut l'immeuble de Ritahoro, ça semblait quasi-impossible à deux, mais je ne désespérais pas, et comme on connait un peu un type qui travaille là-bas, on a pu se renseigner discrétos et apprendre ton transfert. Là, c'était tout suite plus jouable. Et bingo !
Jun se tut un instant, tout essoufflé par sa longue tirade, puis reprit :
– Tu vas me prendre pour un con, mais je me dis que t'es un peu comme le frère que je n'ai jamais eu.
Lykandré, à moitié noyé par le flot de paroles de Jun, mit un moment à assimiler toutes les informations. La plus importante de toute, était qu'il allait enfin retrouver son île bien-aimée, et chose improbable, grâce à ceux qui l'en avait arraché ! Mais la plus fascinante, c'était de penser que Jun était un homme à part entière, en dépit de sa mère andromorphe. Cela brouillait encore plus les pistes entre les andromorphes et les humains. Mais ressembler, cela ne voulait pas dire être... A part peut-être dans le cas de Jun. En tout les cas, ce qui était certain, c'est quelque soit la véritable nature des andromorphes, cela ne donnait pas le droit aux humains de les enfermer.

mardi 30 août 2011

Lykandré - 55

Le loup supposa qu'il avait été revendu au laboratoire du docteur Nakahira, son absence de performance sexuelle ayant dû être trop décevante pour M.Ritahoro. Une fois de plus, il ne sut pas comment prendre la chose. Indépendamment du fait qu'il n'était pas sûr d'être bien en cours de transfert pour le laboratoire, il était peiné de ne même pas avoir pu dire au revoir à Chveuil et Méroé. Mais comme d'habitude avec les humains, il n'avait pas son mot à dire, juste à subir.
Les gars ne discutant pas entre eux, Lykandré ne put avoir de confirmation de son hypothèse avant qu'une odeur familière frappe ses narines, suivie d'une voix connue. Celle de Goëric.
– Je suis venu te chercher en personne, Lykandré. J'ai hâte que nous soyons de retour au laboratoire où tu pourras me raconter en détails ta petite escapade.
A tout les coups, l'homme blond devait sourire. Et le loup fut finalement content que sa cage ait été recouverte d'un drap. Il n'était pas pressé de revoir le sourire de Goëric.
Le ronronnement désormais familier du moteur d'une camionnette occupa ensuite l'espace sonore. Que Lykandré le veuille ou non, il allait retrouver le laboratoire et ses questions. Le fait que ce soit mieux que M.Ritahoro et ses films, était une maigre consolation. Savoir que pire existait, était même plus déprimant. Chveuil, Méroé et bien d'autres étaient toujours dans cet enfer.
Ils étaient en route depuis un moment quand il sembla à Lykandré que le moteur vrombissait plus fort. L'instant d'après, la camionnette s'arrêta brutalement. Le loup se cogna contre les barreaux de sa cage. Des cris retentirent, puis la camionnette redémarra en trombe. Quant à savoir, ce qui s'était passé au juste, c'était impossible à dire. La tête douloureuse, Lykandré attendit de voir. Pour le moment, tout ce qu'il pouvait constater, c'est que les secousses étaient plus fortes et le bruit du moteur plus élevé. Cependant, bientôt la camionnette ralentit jusqu'à ne plus avancer. Il y eut le bruit de l'ouverture des portières et Lykandré, flairant l'air, constata qu'il avait en effet changé de mains. Et ce n'était pas n'importe lesquelles. C'était celles de Jun et de Danno. Toujours grâce à son ouïe, Lykandré perçut qu'on le changeait de véhicule. Un nouveau bruit de moteur se fit entendre et le tissu rouge qui lui bloquait la vue fut partiellement retiré. Dans la pénombre, Lykandré vit alors Jun, le visage masqué d'une cagoule, coincé entre la paroi du véhicule et la cage.
– Salut ! Si tu piges ce que je dis, tu veux bien pousser un jappement ou quelque chose ? Cela m'évitera de causer pour rien, déclara Jun en retirant sa cagoule.
Lykandré fit claquer ses crocs. Il avait grand besoin d'explications, car il ne comprenait plus rien. Jun et Danno l'avaient-ils récupéré pour le vendre à quelqu'un d'autre ?

lundi 29 août 2011

Lykandré - 54

L'andromorphe aux cheveux de neige se lança, à priori soulagé de lâcher le sujet qui fâchait :
– Mes parents adoptifs ne m'ont pas dit que j'étais un mouton. Ils m'ont raconté pendant des années que j'avais une maladie rare qui m'obligeait à vivre en reclus. Ma mère adoptive a cependant dû tout m'avouer quand j'ai eu neuf ans, car j'avais été aperçu en train de me métamorphoser par l'enfant d'un voisin. Il n'a heureusement pas été cru par les gens à qui il a raconté ça, mais mes parents ont préféré me dire la vérité afin que je comprenne à quel point il était important que je ne sois pas vu. Je croyais être un humain, certes particulier, mais humain, alors la nouvelle a été un sacré choc pour moi, mais l'amour dont j'étais entouré m'a aidé et pendant les années qui ont suivi, j'ai fait tout ce que je pouvais pour rester à l'abri des regards. Mon père adoptif m'avait appris à lire, alors je me suis occupé en bouquinant. Mais tout ça s'est terminé à mes dix-huit ans. Ils ont eu un accident de voiture et c'est un cousin éloigné qui a hérité de la ferme. En découvrant mon existence, il s'est empressé de trouver un moyen de se débarrasser de moi.
Ces dernières phrases prononcées par Méroé furent dites d'une voix empreinte d'une tristesse infinie. Dans son histoire, le meilleur et le pire de l'humain se côtoyait. Lykandré voulut prononcer quelques mots de réconfort, mais se transforma avant. Méroé eut à supporter à la place une remarque peu charitable de Chveuil.
– Dix-huit ans de liberté et tranquillité, c'est très bien. Cela ne donne pas du tout envie de pleurnicher sur ton sort !
Lykandré émit un grognement désapprobateur. Méroé était à plaindre, comme tous les andromorphes enfermés contre leur gré, à l'exception peut-être de ces fameux collaborateurs qui entraient dans le jeu des humains.
– Alors, moumou, tu dis plus rien maintenant que loulou privé de ses moyens ne te pousse plus à faire la conversation ?
– A partir de maintenant, je ne vous répondrai plus, ni à l'un ni l'autre, répondit Méroé avec douceur et fermeté.
Chveuil lui lança quelques piques pour le faire réagir et l'obliger à revenir sur sa décision, mais finit par renoncer comme l'homme mouton gardait le silence.
Lykandré ne sut jamais si Méroé aurait agi de même avec lui s'il lui avait parlé, car quelques heures après cela, le loup fut embarqué et sa cage recouverte d'un tissu rouge.