lundi 28 février 2011

Fleur Bleue - 38

– Bonsoir Vlad... Êtes-vous chez vous ?
– Oui. Pourquoi ?
– Est-ce vous accepteriez de me recevoir ?
– Maintenant ? Vous savez Misha et moi ne fêterons la nouvelle année que demain. J'allais me coucher.
– Ah...
La déception de Ludovic était flagrante et Vlad s'enquit d'un ton hésitant :
– Vous ne passez pas le réveillon avec des amis ?
– Je devais, mais j'ai renoncé à la dernière minute... Je suis devant votre porte, pour tout vous avouer.
Alors qu'il aurait dû s'offusquer du sans-gêne de Ludovic et le laisser dehors, cette nouvelle réjouit Vlad.
– Je viens vous ouvrir, répondit-il avant de raccrocher.
Dans le noir, à pas de velours pour ne pas réveiller Misha, il descendit les escaliers et sortit pour déverrouiller le portail. Ludovic baigné dans le clair de lune avait tout d'une apparition.
– Misha dort, annonça-t-il avant de lui faire signe d'entrer tout en posant un doigt sur ses lèvres.
– J'ai bien fait de ne pas utiliser la sonnette, murmura Ludovic.
Vlad acquiesça et le conduisit dans la cuisine dont il referma la porte afin qu'ils pussent bavarder sans risquer de perturber le sommeil du petit garçon.
– Que me vaut le plaisir de votre visite ? demanda-t-il avec curiosité.
– J'avais décidé de vous laisser me recontacter en premier, mais cela fait six jours et... tout à coup, il m'a semblé que je ne pouvais plus attendre, que je devais vous voir.
Vlad baissa les yeux sur le carrelage jaune d'or de la cuisine, incapable de supporter l'intensité du regard de Ludovic.
– Vous voulez boire quelque chose ? proposa-t-il, pour masquer son embarras.
– Non merci. Je suppose que venir était une mauvaise idée. Je ferais mieux de vous laisser... déclara Ludovic, en amorçant le geste de quitter la pièce.
A l'idée qu'il reparte aussi vite, Vlad paniqua. Le regard de Ludovic avait beau le mettre un peu mal à l'aise, il n'avait aucune envie de se retrouver seul. Le sentiment de solitude qu'il ressentait depuis la mort de Katia lui était parfois insupportable.
– Restez, je vous en prie, supplia-t-il en posant la main sur la manche de son pull pour le retenir.
Ludovic se figea un bref instant, puis répondit d'une voix rauque :
– D'accord... Qu'avez vous à me proposer comme boisson ?
Vlad se mit à fouiller dans les placards et dégota du whisky, de la vodka, du jus d'orange et du jus d'ananas.
– Je ne suis pas doué en cuisine, mais je me débrouille pour les cocktails, si cela vous tente ?
Ludovic, l'air étrange, hocha la tête pour dire oui.

vendredi 25 février 2011

Fleur Bleue - 37

Vlad regarda distraitement le paysage enneigée qui illustrait le calendrier. Le dernier jour de l'année était arrivé sans qu'il s'en aperçoive. Ces derniers jours s'étaient déroulés dans une atmosphère pleine de questionnement. Pourquoi avait-il embrassé Ludovic ? Pourquoi n'avait-il pas voulu couper les ponts avec lui ? Il avait eu beau tourner et retourner ces questions dans sa tête, il n'était parvenu à aucune réponse satisfaisante.
L'attitude de Misha quant à l'affaire ne l'avait pas aidé. Sa crainte qu'il oublie Katia ayant été apaisée, Misha avait décrété que Vlad aimait d'amour son professeur et qu'il était bien content à l'idée que ce dernier habiterait bientôt avec eux. A lui, les jeux à partir de trois joueurs !
Vlad l'avait détrompé, mais n'avait pas osé téléphoner à Ludovic alors même qu'il en avait eu envie. Ce n'était plus seulement à ce dernier qu'il aurait donné de faux-espoirs, mais également à Misha qui n'avait pas eu l'air convaincu quand il lui avait dit qu'il appréciait beaucoup M.Yamatatomo, mais qu'il n'était pas amoureux de lui.
Cependant, se disant qu'embrasser un autre homme indiquait peut-être que l'état de veuf commençait à lui faire perdre les pédales, il avait failli accepter l'invitation de sa belle-mère pour le réveillon, mais avait ultimement opté pour une soirée tranquille à la maison avec Misha. Ils se coucheraient tôt et fêterait la nouvelle année le lendemain.
– Dis papa, pourquoi tu n'as pas invité M.Yamatatomo à la passer la journée du 1er janvier avec nous ?
Vlad sursauta. Perdu dans ses pensées, il n'avait pas entendu Misha et sa voiture téléguidée arriver.
– Il a d'autres choses de prévues, je te l'ai déjà dit.
Vlad n'aimait pas mentir à son fils, mais il pouvait difficilement lui expliquer qu'il aurait aimé le faire si le petit garçon n'avait pas émis la supposition que M.Yamatatomo deviendrait bientôt un membre de leur famille.
– T'es sûr ?
– Je suis certain qu'on s'amusera très bien tout les deux, répliqua Vlad afin de couper court à toute discussion.
Si Misha insistait encore, il craquerait et téléphonerait. Heureusement, pensant qu'il n'aurait pas gain de cause, l'enfant hocha la tête, fit faire demi-tour à sa voiture et s'en fut.
A 23 heures et quart, Misha dormait à poings fermés et Vlad terminait de regarder un film sur son ordinateur portable dans sa chambre quand son téléphone mobile qu'il sonna. Avant même de regarder le nom sur l'écran d'affichage, Vlad devina que c'était Ludovic. A moins d'une erreur de numéro, personne ne lui téléphonait jamais aussi tardivement. Voulait-il lui souhaiter la bonne année en avance avant que les lignes ne soient surchargées ? Quoiqu'il en soit, il était content d'avoir enfin de ses nouvelles.

jeudi 24 février 2011

Fleur Bleue - 36

– Je ne comprends pas pourquoi tous mes petits amis s'imaginent que nous sommes plus que potes, déclara Aoki en tapotant le sol du pied avec agacement.
– Parce que tu es souvent fourré chez moi.
– Ce n'est pas un crime que je sache. Nous avons été pratiquement élevés ensemble. Nous sommes comme des frères.
Ludovic opina. Aoki et lui se connaissaient depuis la maternelle. Voisins dont les jardins étaient séparés par un muret symbolique, ils s'étaient rapidement liés d'amitié et étaient devenus inséparables. Bien qu'ils aient découvert dans les mêmes eaux que les filles n'étaient pas leur truc, ils n'avaient jamais rien fait de sexuel ensemble, car c'eût été pour eux incestueux. Néanmoins, pour les personnes extérieures, ils étaient juste bizarrement proches alors qu'ils n'avaient aucun lien familial et qu'ils étaient tout les deux gays. L'un des amoureux de Ludovic avait d'ailleurs rompu avec lui, l'accusant de toujours donner la priorité à Aoki.
– Bref, tu fais comme cela te chante pour le réveillon. De toute façon, la seule façon de calmer les inquiétudes de Tony, ce serait que tu y viennes accompagné, mais je ne vois pas ton père d'élève accepter de se rendre à une soirée quasi exclusivement gay.
– Il pourrait te surprendre. Mais, de toute façon, je préfère le garder pour moi tout seul.
– Je serais curieux de le rencontrer, un jour... Mais sortons maintenant, je suis fatigué de faire du sur-place. Un tour dans le parc à côté, ça te dit ?
Ludovic qui en avait assez de tourner en rond dans son appartement, incapable de penser à autre chose que Vlad, accueillit favorablement la proposition de son ami qui, comme à son habitude, ne supportait pas de rester sans bouger.
Pour sortir, il choisit l'écharpe offerte par Vlad et son fils, provoquant un commentaire d'Aoki.
– Elle est nouvelle, non ? Personnellement, je la trouve jolie, mais je croyais que tu n'aimais pas quand les couleurs juraient ensemble...
Ludovic ne pouvait nier qu'il n'appréciait guère le mariage des rayures rouge vif avec celles bleu électrique, mais l'écharpe lui était précieuse car c'était un cadeau de Vlad et son fils.
– Je l'ai reçu pour Noël, expliqua Ludovic, sachant qu'Aoki n'aurait pas besoin de plus pour comprendre.
Et effectivement, Aoki en le poussant dehors, répliqua :
– Mon pauvre, tu es bel et bien mordu !