jeudi 23 décembre 2010

Fleur Bleue - 1

Noël, période magique pleine de joie, de rêves et de cadeaux... Noël, un moment à partager en famille. Ludovic soupira. Encore aurait-il fallu en avoir une qui daigne vous accueillir chaleureusement... Mais bon, ce n'était pas la peine de venir pour être conspué par tout les membres bien-pensants de sa famille. Avec le recul, il regrettait d'avoir vendu la mèche dans la fougue de sa jeunesse. Au moins, sur son lieu de travail, comme il avait gardé le silence, il n'avait aucun problème. D'ailleurs, les préjugés de la directrice de l'école primaire qui motivaient l'entretien à venir avec le parent de l'élève, justifiaient d'ailleurs sans peine sa discrétion quant à ses préférences sexuelles. La situation était vraiment pleine d'ironie. Il regarda brièvement sa montre. Le père du petit Misha ne devrait plus tarder. A moins bien sûr que la neige ne l'ait découragé, songea-t-il en regardant par la fenêtre la cour de l'école recouverte d'une épaisse couche blanche.
A cet instant, la porte grinça et un homme blond d'une trentaine d'années entra. Il lui plut instantanément. Il y avait quelque chose de doux et triste dans ses traits qui donnaient envie de le prendre dans ses bras pour le réconforter. Ludovic se racla la gorge et essaya de rassembler ses esprits. Il avait prévu une entrée en matière...
– Bonjour, vous devez être le père de Misha, Monsieur Glonorov...
– Et vous, son professeur... il me parle souvent de vous, monsieur Yamatatomo, dit l'homme et une ombre de sourire flotta sur ses lèvres.
– En termes élogieux, j'espère.
– Il vous aime beaucoup, et à dire vrai, je ne comprends pas bien le but cette entrevue. Misha m'a dit ne pas savoir non plus.
– Ce n'est pas en rapport avec moi, c'est plus un problème avec ses camarades de classe, expliqua Ludovic en s'efforçant de ne pas se perdre dans le regard noisette de M. Glonorov.
– Il n'est pas persécuté ? demanda le père de Misha d'une voix inquiète.
– Non pas du tout. Certes, ses camarades se moquent de lui et une petite fille de la classe refuse de lui parler...
– Mais pourquoi ?
Ludovic ne pouvait plus reculer maintenant. Il guettait la réaction de son interlocuteur. Alors que jusque là, il n'y avait pas cru, il commençait à espérer que le petit garçon n'ait pas raconté n'importe quoi.
– Parce qu'il prétend avoir vu son papa embrasser le père Noël l'année dernière.
Ça y est, c'était dit. Les yeux écarquillés, M. Glonorov, resta bouche bée pendant quelques secondes.
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Prochain épisode lundi 3 janvier : joyeux Noël et bonne année !

mercredi 22 décembre 2010

Mémoire Etoilée - Epilogue (3)

Au dôme, ils tombèrent nez à nez avec Izeark et Elxy qui portait Stipo sur ses épaules afin qu'il voir mieux les étoiles. Partagé entre le désir de rester en tête à tête avec Djklo et l'envie de bavarder avec ses amis, Maïlka hésita sur la conduite à tenir. Ce fut Dambert qui trancha et proposa qu'ils se joignent à eux. Il souhaitait mieux connaître ceux avec qui il allait prochainement faire équipe.
Ils étaient en train de discuter de mouvements de Glass quand Stipo, jusque là plutôt calme sur son perchoir, poussa un petit cri. Il avait repéré dans la foule une tête blonde connue.
– Ma parole, tout le monde s'est donné le mot ! s'exclama Elxy en apercevant Suénor en compagnie du docteur Paterfils.
Intrigués par cette association inattendue, ils se rapprochèrent d'eux. Suénor se réjouit de l'heureux hasard, mais jeta un regard peu aimable à Dambert quand il eut remarqué que ce dernier se tenait trop près de Maïlka à son goût.
– Que faîtes-vous ensemble ? demanda Izeark sans chercher à dissimuler sa curiosité.
Le docteur Paterfils ne lui en avait pas touché un mot quand il l'avait vu tout à l'heure.
– J'ai demandé à Jeck de m'aider à guérir mon besoin de séduire, répondit Suénor.
– Tu t'es enfin rendu compte que c'était maladif ? Il était temps... commenta Elxy sans état d'âme.
Suénor ne protesta pas. Il avait en effet fini par comprendre que c'était problématique et avait abordé la question avec le docteur Paterfils qui s'était montré étrangement enthousiaste pour son donjuanisme.
– A propos de soins, Jeck, tu n'as pas oublié ce que je t'ai demandé ? intervint Dambert.
Le docteur Paterfils se frappa le front.
– Tu fais bien de me le rappeler ! J'ai été très occupé avec Izeark et cela m'était sorti de l'esprit !
Izeark grimaça. Chaque séance durait entre deux et trois heures.
– Je te promets que j'examinerai les jambes de Maïlka d'ici la semaine proch...
Jeck ne termina pas sa phrase. Pendant le court échange avec Dambert, Suénor avait attrapé un jeune homme roux par le bras et commençait à s'éloigner avec lui. Le docteur s'élança à la poursuite de son patient.
Maïlka leva un visage interrogateur vers Djklo qui donna promptement des explications.
– Jeck n'est pas un spécialiste, mais il n'hésite pas user de méthodes expérimentales. C'est pourquoi j'aimerai qu'il donne son avis sur tes jambes.
– Mais le docteur qui m'a suivi a affirmé que je n'avais aucune chance de pouvoir remarcher...
– Je sais. Mais cela ne coûte rien de consulter quelqu'un d'autre, n'est-ce pas ?
Maïlka le reconnut volontiers, tout en se disant qu'il ne devait pas attendre trop de cette consultation.
Une exclamation émerveillée de Stipo les poussèrent à s'intéresser à l'espace étoilé. Au dessus de leurs têtes, une magnifique nébuleuse violette était à présent visible.
– De la couleur de tes yeux, glissa Elxy à mi-voix à son compagnon.
Le front d'Izeark se plissa. Izeorg n'avait pas d'iris. Elxy parlait des yeux d'Isaak. Au lieu d'apprécier le compliment, il murmura mélancoliquement :
– Ceux d'Isaak, tu veux dire.
Elxy qui maintenait Stipo sur ses épaules à l'aide de ses deux mains, ne put esquisser un geste de réconfort, mais essaya de trouver les mots qui consolerait son compagnon.
– Tu es Isaak et Izeorg. Tu es différent, c'est sûr, mais on change tous au fur et à mesure que le temps passe... Et quand vient la fin, humain, almortien, nous sommes semblables, nous ne sommes que poussières d'étoiles...


FIN


mardi 21 décembre 2010

Mémoire Etoilée - Epilogue (2)

Maïlka était en train de consulter les offres d'emplois sur l'écran de mauvaise qualité de son nouveau logement quand l'interphone s'alluma. Sans même chercher à savoir qui c'était, simplement content d'avoir de la visite, le jeune homme dirigea son siège le plus rapidement qu'il put vers le bouton qui commandait l'ouverture de la porte.
Derrière le panneau coulissant, Djklo apparut et franchit le seuil de la chambrette comme s'il était naturel qu'il soit là.
– J'ai appris que tu avais gagné les quartiers civils et je suis venu m'assurer que tu étais bien installé.
– Merci, commandant, balbutia Maïlka qui avait du mal à se remettre de sa suprise.
– Je ne le suis plus.
– Pardon... bafouilla le jeune homme en maudissant sa bévue.
– Pourquoi t'excuses-tu ? Ce n'est pas ta faute. Et quand bien même ce le serait, en vérité, il est agréable d'avoir moins de responsabilités. Être redevenu un simple pilote me convient très bien.
Maïlka baissa les yeux et déclara une pointe de désespoir dans la voix :
– Ah... Pourquoi êtes-vous là ? Vous n'auriez pas dû...
– Et pourquoi pas ? demanda Dambert en haussant un sourcil interrogateur.
– Parce que vous me donnez de l'espoir qu'il y aura un jour quelque chose entre nous, murmura Maïlka, le regard toujours fixé au sol, le visage en feu.
Djklo réalisa alors que sa venue pouvait être interprété comme plus qu'un simple intérêt pour le bien-être du jeune homme et en même temps, il comprit que sa visite n'était pas purement amicale. Il avait eu envie de le revoir. Le jeune homme lui inspirait plus qu'une paternelle sympathie. Il ne saurait exactement dire à quel moment ces sentiments pour lui avaient changé, mais c'était un fait. A moins qu'il ne se soit menti et que depuis le début, il ne lui ait pas été indifférent... Non, ce n'était pas ça. C'était plutôt que, petit à petit, à son insu, à force de le voir et de lui parler, il s'était glissé dans son cœur...
– Qui sait ? Ce n'est pas impossible, après tout, répondit-il avec un sourire.
Le jeune homme releva la tête, ses yeux dorés étincelants. Ce qu'il venait d'entendre était trop beau pour être vrai. L'éclat de son regard se ternit. Il n'osait y croire.
– Nous verrons, quand tu auras vingt ans, si un vieux comme moi t'intéresse toujours, ajouta Djklo en lui effleurant la joue d'un doigt.
– Vous n'êtes pas vieux ! répliqua Maïlka en posant une main rêveuse là où Dambert l'avait touché.
Son avenir qui lui paraissait bien sombre, il y a quelques instants à peine, s'était soudainement éclairé.
– Je ne suis pas jeune non plus. Bref... Si nous allions nous promener au dôme ?
Maïlka acquiesça avec empressement. Sa chambrette à la moquette grise élimée le déprimait. Et puis, il avait toujours rêvé de faire une sortie avec Djklo... Ce serait en fauteuil flottant et non debout à ses côtés, mais ça, il ne valait mieux pas y penser.