lundi 31 mai 2010

Le Suivant du prince - 122

Les autres membres du Conseil des douze n'avaient pas été ravis par la décision du prince, mais à la différence du ministre des Affaires Intérieures et de celui des Relations Extérieures, ils avaient finis par se résigner. Il avait toutefois fallu que Galf, l'elfe guérisseur de la suite de Paprika, revienne à la Cour certifier que Youri était enceint, car ni Mell ni Safriki n'avaient réussi à les convaincre que c'était le cas.
– Je n'ai pas changé d'avis. Nous avons assez débattu la question, me semble-t-il.
– Mais, votre Majesté, les origines de votre Suivant sont... commença le Ministre des Affaires Intérieures.
– Je ne veux plus rien entendre sur mon futur époux, coupa Aldrick.
Le Grand Chambellan jeta un coup d'œil à Youri qui était assis un peu en retrait derrière le prince. Avant la confirmation de sa grossesse, le jeune homme aurait été debout, mais depuis qu'il était certain qu'il portait son enfant, Aldrick avait insisté pour que son Suivant ne reste pas au garde à vous à ses côtés. Il ne fallait pas que Youri se fatigue. Le prince n'avait certes pas perdu de temps pour mettre son Suivant enceint ! En même temps, ce n'était qu'à cette condition qu'il avait pu faire accepter son mariage avec lui par les membres du Conseil. Les discussions à ce sujet avaient, malgré tout, été houleuses et Rudolf avait trouvé remarquable que Youri demeure imperturbable alors même que les différents Représentants faisaient des réflexions forts désagréables sur sa personne. Quand il avait, en privé, félicité le jeune homme pour sa retenue, ce dernier avait simplement répondu qu'autrefois, c'était son pain quotidien. En revanche, il n'était pas habitué à ce que quelqu'un prenne sa défense... Le prince, lui, avait en effet plus d'une fois perdu son calme en face des Représentants qui avaient osé s'en prendre à Youri.
Rudolf se racla légèrement la gorge et intervint avant que le ministre des Relations Extérieures ne s'emmêle et que le prince ne s'emporte. Il était de son devoir d'assurer le bon déroulement du conseil.
– Allons messieurs, nous avons d'autres questions à aborder.
Le Représentant des Commerçants se mit alors à parler du développement des échanges commerciaux avec les elfes. Le récent mariage entre le prince Safriki et Mell avait ouvert des possibilités qui méritaient d'être exploré. Le ministre des Relations Extérieures profita hélas de l'occasion pour regretter à haute voix que le prince n'ait pas épousé la princesse Paprika, ce qui obligea Rudolf à prendre une nouvelle fois la parole pour éviter que les choses ne dégénèrent.

vendredi 28 mai 2010

Le Suivant du prince - 121

Chapitre XX : Comme il plaira à sa Majesté

Rudolf Hautcoeur frappa le petit gong : la séance du Conseil des douze était ouverte. Le Chef des Armées prit la parole le premier afin d'aborder immédiatement le sujet qui l'intéressait : déclarer la guerre aux centaures. Il remettait le sujet sur le tapis presque à chaque réunion du Conseil.
– Cela va faire bientôt six mois que la délégation envoyée à Equilia ne donne plus signe de vie. Il est temps d'agir, votre Majesté. Il faut exercer des représailles où nous perdrons la face.
Le prince, les pieds passés par-dessus les accoudoirs de son fauteuil, répondit comme il le faisait toujours quand le Chef des Armées mentionnait le sujet :
– Cette délégation avait pour but de mettre fin à la guerre couvée entre nous et nos voisins centaures. Alors, déclarer ouvertement la guerre parce que nous restons sans nouvelle de cette délégation me semble tout à fait inapproprié.
– Mais vous ne pouvez pas laisser impunis les centaures, Majesté !
Le nouveau Représentant des Prêtres qui était très pieu et très pacifique, intervint :
– Personne ne sait ce qu'il est advenu des membres de la délégation. Nul crime n'a été commis jusqu'à preuve du contraire.
– Voilà qui est bien parlé. Il faut se tourner vers l'avenir. Où en sommes-nous des préparatifs pour mon mariage ?
Rudolf Hautcoeur admira la rapidité avec laquelle Aldrick avait évacué le sujet de la guerre contre Equilia. Le Grand Chambellan savait que le sujet était douloureux pour Aldrick. Le prince lui avait en effet confié qu'il mourrait d'envie d'agir afin de savoir ce qui était arrivé à son frère de lait, mais qu'il savait que ce n'était pas une raison suffisante pour entrer en guerre avec les centaures. Il ne pouvait décemment pas envoyer à la mort des milliers d'hommes pour venger une poignée d'hommes courageux qui avaient accepté en toute connaissance de cause de faire parti de la délégation envoyée chez les centaures. Ils étaient partis avec le désir d'améliorer les relations avec les centaures, pas de les empirer.
– Tout devrait être prêt dans un mois, si votre Altesse maintient sa décision d'épouser son Suivant, répondit le ministre des Affaires Intérieures d'un ton pincé.
Le ministre des Affaires Intérieures et celui des Relations Extérieures avaient été fort marri par le choix du prince. Ils avaient, une fois n'est pas coutume, fait front commun pour s'opposer à cette union. Leur entente n'avait cependant pas duré, car l'un regrettait que Aldrick n'épouse pas Paprika tandis que l'autre déplorait qu'il ne choisisse pas une jeune femme de la noblesse Astrienne.

jeudi 27 mai 2010

Le Suivant du prince - 120

Intrigué, Kilim s'approcha de Léo.
– Qu'est-ce ?
Bien qu'il soit également fort curieux, Léo lui tendit le papier, laissant à Kilim l'honneur de découvrir le premier de quoi il en retournait. Avec empressement, le prêtre le déplia et le lut avant de le rendre à Léo.
Sur le papier était écrit en Astrien :
Les antiesclavagistes sont en marche, tenez-vous prêts.
– Les choses vont bouger, dirait-on.
– Oui, enfin ! Heureusement que tout le monde n'a pas un poil dans la main ! s'exclama Kilim.
Toujours le mot pour être désagréable, songea Léo. Ne pouvait-il pas se réjouir simplement à l'idée qu'ils ne seraient bientôt plus derrière des barreaux ? Non, sans doute que non. Après tout, cette promesse de liberté ne signifiait pas que Galad était sain et sauf. Cela ne voulait pas dire non plus qu'ils étaient sortis d'affaire. Les centaures antiesclavagistes pouvaient très bien ne pas réussir à les libérer. Et, même si ces derniers y parvenaient, rien ne garantissait qu'ils rentrent un jour en un seul morceau à Astria.
– C'est tout de même dingue que Aldrick VII n'est pas mieux planifié les choses, soupira Kilim.
– Aldrick escomptait que l'on reçoive de l'aide des centaures n'approuvant pas l'esclavage.
Léo se mordit la langue : il n'aurait pas dû réagir. Kilim n'attendait que ça pour recommencer à se plaindre des têtes couronnées.
– Ah ! La belle affaire ! Il ne pouvait pas en être certain !
– Tu as raison, répondit Léo, espérant que Kilim ne se lancerait pas dans une nouvelle diatribe.
Cependant, c'était peine perdue.
– Quand bien même l'aurait-il prévu, ce serait horrible de sa part. Comment peut-on souhaiter qu'un peuple s'entredéchire ?
La question était rhétorique, aussi Léo ne fit pas l'effort de répondre. Il savait que Aldrick espérait qu'il n'y ait pas de bain de sang et que c'était d'ailleurs pour cette raison que ce dernier avait envoyé une délégation et non une armée pour faire changer la mentalité des centaures... Quoiqu'il en soit, il était inutile de le préciser à Kilim qui aurait trouvé autre chose à reprocher à Aldrick.
– Une guerre civile, voilà ce qui se prépare, continua Kilim.
Les lamentations du prêtre devaient l'aider à évacuer son stress. Léo arrêta d'écouter. Que Demian faisait-il en ce moment ? Peut-être se promenait-il, cheveux au vent dans la campagne ou bien peut-être était-il en train de manger une tranche de pain d'épice dans la cuisine du manoir en plaisantant avec Kharl... Une chose était certaine : il attendait son retour.

(Fin du Chapitre 19)