mardi 8 décembre 2020

Comme les doigts de la main - 62

— Huo, tu peux venir m’aider à convaincre Gaïus de se nourrir ? appela Blaise d’une voix forte.
Le jeune homme roux arriva aussitôt de son pas souple et léger.
Céleste vint voleter près de lui, comme pour le saluer.
— Peut-être qu’il craint de faire ça salement sous cette forme ? Je vote pour lui donner la becquée !
Gaïus fit signe que non de la tête.
Sans se laisser découragé, Huo s’empara d’une des cuillères sur le plateau-repas, la remplit et se baissa pour la donner à Gaïus qui se détourna.
Impossible de savoir pourquoi il faisait la grève de la faim, car il n’y avait pas de raison que le plat lui déplaise. Hélas, ce n’était pas comme s’ils pouvaient avoir une conversation que ce soit sous cette forme ou l’autre, où il n’était même pas sûr que Gaïus puisse écrire vu qu’avec la malédiction, il avait de grosses mains poilues et griffues. Il n’y avait qu’une méthode pour communiquer de façon efficace, que le colosse en ait envie ou non.
Quasi-sûr qu’il refuserait, Blaise choisit en toute conscience de ne pas demander et Gaïus, pris par surprise, distrait par Huo et sa cuillère, le laissa l’embrasser.
Il avait une langue râpeuse, mais toujours le même enivrant parfum boisé. Museau ou pas, poils ou pas, il était toujours Gaïus.
La fusion opéra.
— Oh, tu as des oreilles de loup ! s’exclama Huo.
Dans le chaos de la bataille, Blaise n’avait pas remarqué cet ajout, qu’il avait ça en plus de ses cornes et sa queue. Les malédictions d’Ailes Velues étaient décidément très fortes, plus que celles des autres. Ceci dit, la pire était celle d’Ailes Translucides. Il ne lui avait fallu qu’un instant pour plonger Céleste dans le coma. Heureusement qu’une fois qu’il avait usé de son venin, il avait apparemment besoin de temps avant de pouvoir s’en resservir, sinon, ils auraient perdu...
« Pourquoi as-tu fait cela ? »
Parce qu’autrement, ils ne pouvaient pas se parler et c’était essentiel.
« Les gestes comptent tout autant que les mots. »
Ce n’était pas faux, mais la parole était quand même bien pratique. Parfois, il était nécessaire de dire les choses.
« Oui… Mais je ne mérite pas de manger. Ours ou créature lupine, je ne suis qu’une grosse bête doublé d’un idiot. »
Blaise avait eu raison de forcer le dialogue. Gaïus déprimait.

lundi 7 décembre 2020

Comme les doigts de la main - 61

Quand il émergea, c’était déjà le soir. Huo n’était plus blotti contre lui dans le lit. Il avait dû se lever. Plus en forme, mais pas encore totalement remis, Blaise se mit debout.
Il trouva Huo, perché sur un tabouret dans la cuisine qui communiquait avec le salon, qui observait Marin qui, malgré ses longs cheveux, terminait de cuisiner avec les provisions qu’il avait eu l’intelligence d’emmener avec eux. Pas d’ours ou de chouette en vue par contre.
Blaise pressa l’épaule de Huo, résista à son envie de faire de même avec Marin et proposa d’amener un plateau-repas aux deux absents. Marin lui indiqua le placard où trouver ce dont il avait besoin, expliquant que c’était une maison qu’il louait meublée.
Après avoir pris le nécessaire, Blaise poussa en douceur la porte de la chambre où étaient installés Gaïus et Céleste.
Sous son impressionnante forme d’ours, le colosse était assis par terre. A l’entrée de Blaise, il poussa un faiblement grognement tandis que Céleste la chouette perchée sur le montant métallique du lit hululait.
Les bols de riz au poulet qu’il apportait n’étaient pas adaptés, réalisa Blaise. Et il n’allait pas pouvoir s’enquérir de comment ils se sentaient.
Blaise déposa sa charge sur le bas du lit. Gaïus en ours lui inspirait toujours de la peur, même si c’était absurde. Il savait bien que le colosse ne lui ferait pas mal.
— De quoi manger, dit-il.
Céleste s’envola et attrapa un morceau de poulet avant de retourner sur son perchoir. Gaïus ne réagit pas.
Bon, d’accord, ce n’était pas pratique avec ses grosses pattes d’ours de se servir dans un bol, mais tout de même…
— Tu n’as pas faim, Gaïus ?
L’ours ferma les yeux et se roula en boule. Blaise doutait qu’il ait vraiment sommeil. Il s’approcha, cœur battant, et caressa la fourrure brune.
Gaïus se métamorphosa dans sa nouvelle forme d’homme-loup. Le pauvre n’était pas gâté entre son mutisme, ses jambes inertes, et son apparence bestiale qui n’avait cependant rien d’affreux. Blaise le préférait d’ailleurs comme ça qu’en gros ours brun.
Il mit un bol sous la truffe de Gaïus qui secoua la tête.
Céleste prit son envol pour se déposer sur l’épaule de Blaise qui résista à l’envie de passer la main dans ses plumes afin d’éviter de le replonger dans son état comateux. Leur actuelle situation était bien compliquée.

vendredi 4 décembre 2020

Comme les doigts de la main - 60

Le corps de Céleste se recouvrit de plumes et changea de forme. La chouette blanche cligna des yeux et hulula.
Oui, sa forme animale, Céleste était conscient. Huo battit des mains.
— J’avais raison, déclara Marin avec arrogance.
Il était plus que temps qu’ils se purifient les uns les autres.
Au moins, contaminé par l’Orgueil, Blaise ne doutait pas de réussir. Il exigea d’être le dernier à être purifié.
Ni Céleste en chouette ni Gaïus en loup-garou n’étaient vraiment en mesure de protester, Huo avait envie d’être le premier et pour changer, Marin ne fit pas d’histoires.
Gaïus tendit ses grosses mains griffues vers Blaise qui crut qu’il voulait être porté dans le jardin afin de pouvoir utiliser son élément.
Comme il tentait de le faire, Huo le détrompa :
— Je pense qu’il souhaite que tu le transformes aussi.
Oui, bien sûr, au moins, sous sa forme d’ours, Gaïus serait capable de se déplacer seul.
Blaise s’exécuta en râlant. Son adrénaline était totalement retombée et la fatigue le gagnait.
Ils se rendirent dans le minuscule jardin heureusement entouré d’une palissade qui les protégerait des regards...
Blaise effectua les quatre purifications à la suite, sans qu’il parvienne à comprendre exactement, quel était ce mystérieux et invisible cinquième élément qu’il projetait sur ses compagnons.
Il fut ensuite à son tour purifié par les flammes de Huo, l’eau de Marin, la terre de Gaïus et le vent engendré par Céleste la chouette. Ils redevinrent enfin raisonnables.
Marin leur suggéra d’aller tous se reposer. Personne n’émit d’objections.
Ils avaient besoin de se remettre de la bataille avant même de discuter de ses conséquences : Gaïus avait semblait-il gagné des malédictions supplémentaires tandis que Blaise avait été libéré de la sienne après avoir tué Ailes Noires...
Ils gagnèrent chacun leur chambre, Marin à pas lents, ralenti par le poids de ses cheveux qui n’en finissaient pas de grandir, Gaïus, dressé sur ses pattes arrière d’ours, Céleste perché sur son épaule.
Qu’ils se séparent ne plut pas à Blaise, mais il n’osa dire quoi que que ce soit. Au moins, Huo restait avec lui.
Blaise pensait ne pas pouvoir s’endormir : tellement de choses s’étaient produites en l’espace de trop peu de temps, mais une fois allongé, le sommeil l’emporta.