jeudi 3 décembre 2020

Comme les doigts de la main - 59

 « Nous ne devrions pas rester ici, dès fois qu’ils ne changent d’avis et reviennent à la charge. »
Blaise rapporta aux deux autres les propos de Gaïus.
Marin se vanta de posséder de nombreuses propriétés dont une maisonnette à quelques kilomètres d’ici qui était actuellement vide parce qu’il avait voulu y effectuer quelques travaux avant de retrouver des locataires.
Le trajet en voiture se déroula dans une ambiance détestable. Huo était comme éteint.
Marin attribua les chambres, une pour lui, une pour Gaïus et Céleste et une pour Blaise et Huo.
Ils avaient la plus petite, ce qui fit râler Blaise. Huo, lui, convoitait la même que Gaïus et Céleste afin de la partager avec eux, mais le colosse s’y opposa.
Blaise, fâché, défusionna.
Céleste se matérialisa à côté de lui, glissant au sol comme une poupée de chiffon. Gaïus version loup-garou s’écroula également, puis il se remit en position assisse avec peine. Ses jambes ne fonctionnaient à priori plus.
Blaise s’en voulut de les avoir expulsés de la sorte. S’il avait prévenu Huo et Marin, ils auraient pu les empêcher de tomber  de toute leur hauteur. Au moins, leurs chutes avait été en partie amorties par le matelas de cheveux de Marin.
Gaïus se traîna jusqu’à Céleste tandis que Blaise s’agenouilla près de lui. Le blond avait l’air si fragile et vulnérable plongé dans ce sommeil artificiel.
— Je ne vois pas comment nous allons pouvoir nous purifier alors qu’il est comme ça, dit Huo.
Et s’ils demeuraient tous sous l’influence des Pêchés, ils allaient continuer à s’énerver les uns contre les autres. Colère, Orgueil et Envie n’étaient pas exactement de bons conseillers.
— Peut-être via la fusion, murmura Blaise sans conviction.
Marin rejeta la possibilité avec froideur.
Blaise contint avec peine son agacement et, le cœur lourd, attrapa les mains de Céleste dans les siennes.
Il était immobile et froid, seul son souffle permettait de savoir qu’il était toujours en vie.
— J’ai une idée, commença Marin avec suffisance.
Gaïus fit claquer ses mâchoires impatiemment.
— Éclaire nos lanternes ! s’écria Huo.
— Blaise pourrait user son toucher pour le transformer en ani...
Avant même que Marin ne termine sa phrase, Blaise pressa ses paumes contre celles de Céleste.

mercredi 2 décembre 2020

Comme les doigts de la main - 58

— Autodétruisez-vous, ordonna Blaise d’une voix tonitruante à leurs ennemis, Gaïus grognant son approbation.
Les Ailés n’obéirent pas, mais les Pêchés, oui. Le gars aux cheveux rouges et les deux élégants types se mirent à se massacrer.
Et trois de moins, songea Blaise avec une sombre satisfaction, en fonçant tel un taureau enragé sur Ailes Noires qui s’était laissé distraire par le combat acharné entre les Pêchés.
Blaise planta ses cornes dans la chair tendre du ventre d’Ailes Noires, lui déchirant les entrailles, un cri inhumain aux lèvres.
Huo reprit sa taille normale, se dressant nu sur le champ de bataille.
Leurs ennemis restants demeurèrent interdits. Ils s’étaient cru les plus forts à tort, perdant du temps à railler et persifler.
Ailes Translucides voulut l’attaquer par derrière, mais Blaise planta en profondeur la pointe de sa queue dans son entrejambe, puis la retira.  
L’homme aux cheveux blancs se tordit de douleur, grommelant :
— Tu ne perds rien pour attendre, dès que ma poche à nouveau venin sera pleine…
Blaise était enragé, il se sentait invincible.
Les jets d’eaux de Marin s’étaient taris, mais Huo avait pris le relais, lançant des boules de feus sur leurs ennemis.
Blaise repartit à l’assaut. Il se débrouilla pour enrouler sa queue autour de la cheville de Bleuet et le projeta sur Ailes Velues avant que ce dernier ne plante ses griffes en lui.
— Maudits Pêchés, grommela ce dernier, en se dépêtrant de son camarade. En fait de nous rendre service en les contaminant au préalable et nous donner l’accès à la maison, ils nous ont compliqué le travail…
Il prit son envol, suivi par Bleuet. Ailes Translucide accompagna leur décision de se replier avec difficulté, les mains toujours plaquées entre ses jambes, assurant qu’il leur ferait payé sa blessure.
Blaise décolla à leur suite.
— Non, reviens ! s’écria Huo, nu et vulnérable au milieu de la cuisine détrempée et noircie, aux meubles renversés et brisés.
« Il a raison. C’est le Pêché d’Orgueil qui te donne l’impression que tu es en mesure de l’emporter... Je suis inquiet pour Céleste. » grogna Gaïus dans sa tête.
— Nous pouvons les battre, c’est maintenant ou jamais, lança Marin.
« Lui aussi a été affecté par le Pêché d’Orgueil. Je le suis aussi d’ailleurs indirectement via la fusion, mais moins fort. Et même si je suis enragé que je voudrais tous les tuer, ce n’est pas possible. Tu es à bout de souffle. »
— S’il te plaît, dit Huo.
Blaise redescendit doucement vers lui et l’enlaça. Huo était plus important que la colère qui l’animait, plus que son envie et sa certitude qu’il pouvait massacrer leurs ennemis ailés. L’opinion de Gaïus comptait et lui aussi, cela le tourmentait que Céleste soit silencieux en lui.

mardi 1 décembre 2020

Comme les doigts de la main - 57

Blaise rejoignit Céleste duquel Ailes Translucides s’était désintéressé, préférant contempler, un rictus aux lèvres, le spectacle que formaient les autres attaquants et leurs victimes.
Blaise fut soulagé de constater que l’ange respirait toujours. Il était comme endormi. Ce devait être la conséquence de la malédiction qu’Ailes Translucides lui avait infligée. Il fallait espérer que Beau au Bois Dormant ou pas, la fusion fonctionne malgré tout...
De toute façon, à situation désespérée, mesure semblable, car pour le coup, leurs ennemis avaient tous les avantages, ce que  Blaise leur enviait avec une férocité qui n’avait rien de naturel – il commençait à soupçonner que  certains Pêchés les avaient touché dans la nuit pendant qu’ils dormaient.
Blaise écarta les lèvres de Céleste et tenta de mêler leurs salives avec sa petite langue. Cela ne semblait pas marcher, mais Blaise persista parce qu’il n’avait que ça comme solution, que ses compagnons criaient pendant que leurs ennemis riaient…
Soudain, il se mit à grandir, ses ailes blanches poussant dans son dos.
Deux Pêchés délaissèrent Marin et se précipitèrent sur lui. Blaise ne put les esquiver, déstabilisé par le fait que Céleste demeurait muet dans sa tête.
Dans l’intervalle qui lui avait fallu pour fusionner, Gaïus s’était transformé en espèce d’homme loup – une aggravation de sa malédiction ? Il était au sol, claquant des mâchoires avec férocité. Ailes Velues et son comparse tout bleu s’acharnaient sur lui, en se moquant de ses efforts, insensibles aux trombes d’eau que Marin déversait sur eux, un Pêché accroché à sa tresse. Huo, devenu tout petit, se battait encore, crachant des mini-flammes sur Ailes Noires qui s’amusait ouvertement de ses efforts, de même qu’Ailes Translucides.
C’était évident qu’ils croyaient avoir emporté la partie et ne faisaient durer les choses que par plaisir. Mais Blaise avait plus envie qu’eux de la victoire. Il poussa un cri terrible et obtint l’attention de tous leurs ennemis.
Il était empli de fureur, d’orgueil et de jalousie, déterminé à vaincre.
Il déchaîna un vent violent qu’il dirigea tout spécialement contre les deux affreux qui malmenaient Gaïus. Il avait juste besoin qu’ils s’écartent le temps d’embrasser Gaïus, museau ou pas !
La diversion fonctionna. Une langue râpeuse se noua à la sienne, un croc coupant lui entaillant la lèvre et la triple fusion eut lieu.