mercredi 5 août 2020

Le fée féminin - 38

Sa mère lui indiqua un bus qui l’approcherait de son lieu de destination et c’est ainsi que Xavy se retrouva dans un véhicule bien trop plein en début d’après-midi dont il ressortit étourdi, les ailes froissées.
Après quelques minutes à inspirer à plein poumons, il se mit en marche jusqu’à l’immeuble où résidait monsieur Reptim, tortillant entre ses doigts les poignées du sac en tissu qui contenait le pot.
Au pied de l’immeuble, la présence d’un code à la porte le bloqua jusqu’à la sortie providentielle d’un des résidents qui lui permit d’entrer.
Enfin, il fut devant la bonne porte, fier de ne pas s’être perdu en cours de route et plein d’anxiété quant à la manière dont il allait être reçu. Le sorcier pouvait très bien récupérer son pot et lui claquer la porte au nez.
Tout en s’humectant les lèvres, Xavy sonna et attendit. Rien ne se produisit.
Juste comme il se disait, plein de regrets que le sorcier devait être absent, ce dernier ouvrit.
Sévéric Reptim portait, une fois n’est pas coutume, une chemise violet foncée qui était assortie à ses yeux qui n’étaient pas noirs comme Xavy l’avait cru jusque là.
— Xavy ! s’écria-t-il.
Il était surpris, ce qui était logique, mais clairement pas fâché.
— Bonjour. J’espère que je ne vous dérange pas. Je suis venu vous ramener votre pot, dit Xavy en tendant le sac à deux mains, frappant presque le sorcier avec dans sa précipitation. Non, parce que si à chaque fois que vous donnez un remède à quelqu’un, la personne ne vous rapporte pas le récipient, à force, vous devez en manquer…
Dans sa nervosité, il semblait à ne plus arriver à s’arrêter de parler. Il se mordit la lèvre.
Séveric le débarrassa du sac en lui souriant et le cœur de Xavy fit un bond dans sa poitrine.
— C’est gentil de ta part, mais je m’en veux que tu aies fait tout ce chemin juste pour cela. Entre donc.
— Si vous êtes occupés… avança Xavy.
— Je fabriquais une potion. Ceci dit, ne t’inquiète pas, j’en suis arrivé au point où cela doit reposer avant que je puisse continuer.
Xavy franchit le seuil, conscient que cette fois, il ne tenait pas la baguette du sorcier entre ses doigts.
— Mets-toi à l’aise, dit Séveric.
Xavy ôta chaussures et manteau, puis défit le sort masquant ses ailes. Il n’avait pas besoin de les garder cachées.

mardi 4 août 2020

Le fée féminin - 37

Xavy termina la journée épuisé, mais parvint tout de même à assister, pour la première fois, au cours du vendredi.
Celui de vol l’enchanta positivement, même si la professeur le disputa parce qu’il ne suivait pas les consignes, tout à sa joie de pouvoir enfin voler pour de vrai, en toute liberté. Il regretta seulement que le vent ne puisse vraiment décoiffer ses cheveux courts.
A un moment, alors qu’il virevoltait le cœur content dans les airs, il se demanda ce que cela ferait de voler aux côtés Séveric à califourchon sur un balai.
Dans le bus scolaire le ramenant à la maison pour le week-end, il eut droit à un nouveau croche-pied, mais il ne se fit pas mal, alors minimisa l’incident : ce n’était qu’une petite attaque mesquine. A lui de rester sur ses gardes pour éviter que cela ne se reproduise.
A son retour ses parents ne lui reprochèrent rien. Ils n’avaient à priori pas été informés du fait que Xavy avait désormais une chambre pour lui seul à Valeiage. Xavy préféra ne pas le mentionner. Il ne se doutait trop bien comment ses parents accueilleraient la nouvelle. Son père, en particulier, serait furieux et lui jetterait à la figure qu’il était faible. Oui, le mieux était qu’ils demeurent dans l’ignorance.
Après une nuit à rêver que lui et Séveric volaient dans un ciel sans nuage, Xavy décida courageusement d’aller toquer à la porte du sorcier, sous prétexte de lui rendre le pot vide.
Cela ne se faisait pas de débarquer chez les gens sans les prévenir, mais Xavy avait une bonne excuse, même si en vérité, il voulait surtout revoir le sorcier. Dans la mesure où il n’était pas question d’aller se promener dans la rue dédiée à la sorcellerie, ni même aux alentours, pas après sa mésaventure de la dernière fois, ses options étaient limitées.
Même en l’absence d’un numéro de téléphone, il aurait pu essayer de prévenir Séveric de sa venue par l’intermédiaire d’un animal volontaire, mais non, car dans ce cas, il aurait tout aussi bien pu confier le pot à son messager à plumes ou poils, empêchant Xavy de passer un moment en la compagnie du sorcier. Et comme c’était la première fois que quelqu’un lui plaisait vraiment, cela méritait de prendre des risques.
Se gardant bien de lui révéler l’identité de la personne qu’il allait visiter, il demanda à sa mère comment se rendre à l’adresse de Séveric dont il avait repéré le nom de la rue. Fréquenter un sorcier était assurément pire que passer du temps avec un humain, ce qui aurait déjà contrarié ses parents s’ils avaient su.

lundi 3 août 2020

Le fée féminin - 36

Dès le lendemain, des rumeurs plus folles les unes que les autres courraient sur les raisons qui avait conduit Xavy à se retrouver dans une chambre individuelle.
Xavy ne savait pas laquelle était la pire entre celle où il avait agressé Kewyn et celle où il était la victime, sans que nul coupable ne soit nommé.
Son véritable sexe était à nouveau questionné, ce qui n’avait rien de plaisant non plus : il aurait ainsi été mis à part parce qu’il n’était ni une fille ni un garçon.
La plupart des fées étaient persuadées que Xavy avait été expulsé, seulement certaines pensaient que c’était pour son bien qu’il avait obtenu ce privilège.
La rumeur préférée de Xavy, la plus proche de la vérité, était qu’il avait quitté le dortoir pour raisons de santé. Ce n’était pas hélas la plus répandue.
Xavy, après être passé aux toilettes, fut coincé par un groupe de fans de Kewyn qui l’interrogea sans pitié. Xavy eut de la peine à les convaincre qu’il ne s’était pas mal comporté vis à vis de Kewyn. Ce fut l’intervention du professeur de sorts qui le sauva.
Il dissipa l’agressif groupe de fées avec quelques mots bien choisis et peut-être un soupçon de magie.
— Allons, je sais que vous êtes inquiètes pour la santé de votre camarade, suite à son départ du dortoir, mais laissez-le donc respirer.
— Merci, professeur.
Zibulinion lui avait tiré une belle épine du pied, tout en confirmant que c’était pour le bien-être de Xavy qu’il était hors du dortoir.
Les fans de Kewyn ne reviendraient peut-être pas lui chercher des poux.
— De rien. Je regrette de ne pas pouvoir faire plus, dit Zibulinion. Enfin. Magiquement parlant, ce serait possible, mais pas éthique, ajouta-t-il.
Aurait-il pu au moyen d’un sort influencer les autres fées au point qu’elles traitent Xavy normalement ? Apparemment. Mais cela n’aurait guère eu de valeur. Et l’essentiel, pour Xavy, c’était d’être soutenu.
Ce fut ensuite le fan club de Wylk qui vint embêter Xavy.
Cette fois, les fées furieuses ne l’accusèrent pas, pas toutes du moins, d’avoir fait des avances à leur idole, mais de ternir sa réputation de chef de dortoir. Xavy n’eut même pas à ouvrir la bouche pour se défendre, Wycka qui était, sur ce coup à ses côtés, s’en chargea à sa place et devant son flots d’arguments en faveur de Xavy, elles finirent pas lâcher l’affaire.