lundi 8 juin 2020

Le fée féminin - 8

Tout était scintillant et brillant. Une bonne douzaine de fées aux ailes déployées se promenaient dans les allées entre les bacs débordants de bâtonnets de toutes les couleurs et d’ornements en tout genre.
Xavy n’avait jamais été en présence d’autant de fées réunies. Cela lui faisait bizarre de se dire qu’il y en aurait encore plus à l’école.
Il déambula comme les autres, examinant différentes décorations. C’était mieux que de sélectionner sur catalogue comme il avait toujours été contraint. Cela évitait notamment la déception entre photo et réalité.
Alors qu’il hésitait entre une étoile sur laquelle était peinte un adorable lapin et un cœur vert marbré de doré, les jeunes fées autour de lui s’agitèrent tout à coup et se précipitèrent vers la porte qu’un fée venait de franchir. Plusieurs d’entre elles s’exclamèrent :
— Kewyn, c’est Kewyn !
Il se demanda si c’était une célébrité et se désintéressa de la scène, continuant à soupeser l’étoile et le cœur sans parvenir à se décider. Il ne remarqua donc pas que le fée à la peau de pêche aux cheveux d’un blond étincelant se dirigeait vers lui, suivi de son cortège de fées.
— Alors, mignonne, trop timide pour m’approcher comme les autres ?
Les clientes plus âgées n’avaient pas bougé non plus. Xavy resta interloqué, puis corrigea l’erreur du fée qui s’appelait à priori Kewyn.
— Je suis un garçon, et je ne sais pas qui tu es…
Kewyn parut surpris et son entourage également à en croire les murmures qui parcoururent le petit groupe.
Avec un sans gêne confondant, le fée écarta les pans du manteau de laine que Xavy avait déboutonné un peu plus tôt en raison de la chaleur qui régnait dans la boutique et plaqua sa main sur le torse de Xavy.
Il ne s’arrêta pas là, descendant jusqu’à l’entrejambe de Xavy qui s’empressa de reculer.
— Eh bien, aussi incroyable que cela puisse paraître, tu dis la vérité, déclara Kewyn.
Un chorus de ah et de oh accompagna son affirmation. Apparemment, personne ne s’était douté du véritable sexe de Xavy. C’était embarrassant, mais moins que la façon dont Xavy avait été touché par un inconnu. Un frisson le parcourut.

vendredi 5 juin 2020

Le fée féminin - 7

Un silence inconfortable s’était installé, mais le sorcier le rompit :
— Comment t’appelles-tu ?
— Xavy.
— Et vous êtes monsieur Reptim, c’est ça ?
— Séveric Reptim, oui. Je suis professeur à l’école de Daroilak. Je suppose que tu es pour ta part élève à Valeiage…
Un soupir échappa à Xavy.
— Non, pas encore, mais oui, à la rentrée, je suis supposé y aller.
— Tu vivais ailleurs avant ?
— Non, j’étudiais à la maison pour raison de santé.
— Je dois en déduire que tu vas mieux.
Xavy eut un sourire radieux.
— Oui, et du coup, je peux me promener cheveux au vent.
Il les souleva d’un geste de la main et les envoya voler derrière ses épaules.
L’anodine conversation s’acheva – ils étaient arrivés à Rêve de baguette – et Xavy en fut presque déçu. Il n’aurait pas l’occasion de discuter avec un sorcier de sitôt.
— Au revoir... Fais bien attention où tu mets les pieds à partir de maintenant et bon courage pour ta prochaine rentrée, déclara Séveric Reptim.
— Encore merci, répondit Xavy en lui adressant un petit signe de la main.
Il suivit la silhouette du sorcier jusqu’à ce qu’elle disparaisse au tournant. Séveric Reptim.  Il s’était montré aimable et poli, chevaleresque même, loin des portraits que les fées dressaient des sorciers et sorcières. La rouquine et ses camarades s’en rapprochaient davantage. Elles avaient été grossières et désagréables. Xavy frissonna à posteriori et poussa la porte de la boulangerie qui tinta d’une jolie façon.
Un instant plus tard, ayant prononcé les mots adaptés muni de sa bourse pleine de poudre des fées, il accéda à la partie féerique de la boutique.

jeudi 4 juin 2020

Le fée féminin - 6

— Tu parles, chaque fois qu’une fée se pointe ici, c’est pour essayer de prouver que sa magie est meilleure que la nôtre, lança une des adolescentes.
Xavy avait du mal à croire que des fées s’amusent à cela. Cela semblait dangereux et stupide.
— Je vous assure que c’est une erreur, affirma-t-il.
Elles l’encerclèrent, lui coupant toute possibilité de fuite.
Xavy se mordit la lèvre, cherchant mentalement un sort pour se défendre si elles l’attaquaient, tout en se disant qu’elles n’avaient aucune raison de le faire.
Un homme à la peau cuivrée approcha, brun et barbu, portant également des habits noirs.
— Que se passe-t-il ici ? demanda l’inconnu, sa contrariété évidente.
— Monsieur Reptim ! s’écria la rouquine.  C’est cette maudite fée qui a débarqué pour nous embêter.
Il n’y avait pas une once de vérité dans cette déclaration.
— Je ne suis pas une fille, commença par rectifier Xavy.
Les sorcières ricanèrent. Pas monsieur Reptim.
— Non, mais tu t’entends avec ta petite voix sucrée ! Et de toute façon, ça ne change rien au fait que tu ne devrais pas être là.
Le sorcier avait l’air d’être d’accord avec la rouquine.
Xavy s’humecta les lèvres et plaida sa cause :
— Je me suis perdu, je ne suis pas venu provoquer quiconque !
— Où cherches-tu à te rendre ? s’enquit le sorcier.
— Je voulais acheter un nouvel ornement à Rêve de baguette, dit Xavy en triturant une de ses mèches de cheveux entre ses doigts.
Il se rendit compte en le disant que n’était pas tout à fait le même nom que la boutique devant laquelle il se tenait.
L’une des jeunes sorcières l’imita, prenant une intonation aiguë et une pose ridicule. Une autre le traita d’idiot et la rouquine répéta l’insulte au féminin. La derrière décréta qu’il jouait mal la comédie.
Des larmes montèrent aux yeux de Xavy qui se mit à mordiller sa lèvre inférieure. Leurs moqueries étaient blessantes.
— Valentina, toi et tes amies feriez mieux de retourner à vos courses, déclara le sorcier avec autorité.
La rouquine protesta, mais l’homme brun et barbu la réduisit au silence d’un regard sombre. Elle fit signe aux autres adolescentes de la suivre.
L’anxiété de Xavy baissa d’un cran. Monsieur Reptim semblait bien plus calme et raisonnable que les jeunes sorcières.
— Allons-y, je me charge de te guider, annonça le sorcier dès qu’elles se furent éloignées.
Son père deviendrait vert s’il apprenait que Xavy avait été aidé par un sorcier.
— Si vous pouviez simplement me mettre sur le bon chemin…
— Ce n’est pas loin.
Xavy, mal à l’aise malgré lui, ne chercha plus à discuter. La compagnie de l’homme était un mal pour bien.
Ils quittèrent la sinistre rue, retournant dans le monde des humains.