mercredi 4 décembre 2019

L'empreinte de l'orc - 19

Chez l’armurier, Gulrik mit du temps avant de se décider pour un poignard à la lame affûtée protégée par un fourreau de cuir.
Ils déambulèrent ensuite dans les rues pour ainsi dire sans but. Cyan escomptait tomber par hasard sur quelque chose susceptible de plaire à Gulrik. Ce dernier le suivait sans même s’enquérir de leur destination. C’était un signe de confiance qui faisait plaisir à Cyan tout en l’embarrassant, car il n’était pas un guide à la hauteur. S’il avait été honnête, il aurait avoué être à cours de lieux intéressants.
L’estomac de Gulrik les sauva de l’errance et ils s’arrêtèrent à un restaurant dont s’échappait d’appétissants fumets. Ils s’y régalèrent.
Si Cyan commençait à s’habituer à l’attention qu’ils suscitaient en s’asseyant à la même table, il n’en revenait toujours pas d’avoir le droit de se remplir la panse avec des plats aussi savoureux.
C’était les plus beaux jours de sa vie et il les devait à Gulrik qu’il repayait bien mal.
— Je ne sais plus où aller, avoua-t-il la mort dans l’âme, une fois qu’ils furent ressortis.
Il aurait dû avoir le courage de l’admettre avant.
— Pas grave, continuons à nous promener, grommela Gulrik.
Cyan n’en crut pas ses oreilles. L’orc aurait dû au minimum exprimer son mécontentement.
— Je fais un piètre guide, murmura-t-il.
— Non. Sans toi, j’aurais du mal à retrouver l’auberge du Caribouc. Je serais obligé d’arrêter des passants et ce serait inconfortable.
En d’autres termes, l’orc était trop fier pour demander son chemin et préférait donc garder Cyan qui n’allait certes pas s’en plaindre. Il était content de profiter jusqu’au bout de la présence de l’orc à Manchor.
Ils flânèrent de droite à gauche, s’arrêtant parfois devant certaines échoppes, n’échangeant que quelques mots par ci par là. L’orc n’était décidément pas un bavard et Cyan, même s’il était curieux d’en apprendre plus sur lui, n’osait pas le questionner.
La fin de la journée arriva trop vite. Il n’y avait vraiment plus de raison que Cyan partage le repas de l’orc, mais Gulrik l’y invita, si bien qu’il le fit.
Il aurait aussi dû le laisser monter seul dans sa chambre, et pourtant, il l’y suivit.
Lui dire au revoir lui semblait étrangement insurmontable.

mardi 3 décembre 2019

L'empreinte de l'orc - 18

— Ton cœur bat fort, déclara l’orc.
Cyan hocha la tête, car il ne servait à rien de nier. Gulrik le sentait sous ses doigts.
Soudain, l’orc rompit le contact.
Cyan maîtrisa sa déception, ravala son envie d’attraper la main de l’orc pour la reposer sur lui et se leva.
Il réalisa alors que la matinée était bien avancée. Le soleil était déjà haut dans le ciel.
— Je suis désolé d’avoir dormi si tard.
— Je ne suis pas debout depuis longtemps, grogna l’orc.
Il avait quand même eu le temps d’aller se commander un petit déjeuner et de le manger, constata Cyan en regardant le plateau de petit déjeuner aux trois quart vide posé sur le bas du lit de Gulrik.
Il avait apparemment laissé une part pour Cyan.  Gulrik était vraiment loin des orcs barbares que humains dépeignaient. Non pas que Cyan n’ait pas croisé de tels orcs à Manchor. Ils n’étaient cependant pas plus dédaigneux ou désagréables avec lui que ses compatriotes humains.
— Dès que tu auras l’estomac plein, je compte sur toi pour me montrer de nouvelles merveilles de Manchor, annonça Gulrik.
Cyan acquiesça, tout en s’emparant d’un petit pain. Il ne voulait pas faire attendre Gulrik plus que nécessaire. Pendant qu’il mangeait, il réfléchit aux endroits où il pourrait emmener l’orc. Il n’avait guère plus d’idées. Il se creusa la tête. A Manchor, il y avait un bijoutier très réputé ainsi qu’un armurier connu pour ses épées. Il doutait hélas que Gulrik s’intéresse aux bijoux. En tout cas, il n’en portait pas, à la différence de certains orcs. Les épées n’étaient pas une arme d’orcs, ils étaient plutôt partisans de la hache. Cependant, il n’avait rien d’autre à proposer, alors il suggéra la visite de ses boutiques, et la Déesse soit louée, l’orc accepta.
Dans la bijouterie, Gulrik acheta – preuve supplémentaire de sa richesse – un bracelet d’argent torsadé ainsi que deux anneaux d’oreille en or ciselé. Cyan éprouva une jalousie absurde  envers la ou les personnes à qui l’orc comptait les offrir. Il se surprit à espérer que ce soit pour sa mère ou sa sœur et non pas sa femme, car après tout, rien ne garantissait qu’il n’en avait pas une. Ce n’était pas parce qu’ils avaient suggéré qu’ils prennent du bon temps ensemble qu’il était célibataire.
En même temps, Gulrik n’avait pas l’air du genre à être infidèle. Enfin, au bout du compte, Cyan n’en savait rien et il était stupide, comme le forgeron lui avait dit des années durant. Cela ne le regardait pas.

lundi 2 décembre 2019

L'empreinte de l'orc - 17

Vu la taille du sexe de l’orc au repos, il n’osait même pas penser à ce que cela donnerait une fois en érection. Même s’il en avait envie, arriverait-il seulement à le prendre en bouche ? La pénétration ne pourrait être que douloureuse. Et s’il ne pouvait effectuer son travail de guide le lendemain, ce serait problématique. Ou peut-être pas, compte tenu de la générosité de Gulrik, mais non, Cyan devait garder la tête sur les épaules.
Son attirance pour l’orc n’était pas normale et il doutait que Gulrik le désire vraiment. Le plus probable était encore que les orcs avaient une libido si élevée qu’ils se moquaient de leurs partenaires pourvu qu’ils puissent satisfaire leurs désirs.
Gulrik fit un pas vers lui.
— Le proverbe veut que qui ne dit mot consent, déclara-t-il de sa voix délicieusement gutturale.
Cyan déglutit.
— Oui…, bredouilla-t-il. Non, ajouta-t-il dans la foulée avant que l’orc ne réduise à néant la distance entre eux.
Gulrik haussa un sourcil.
— Je veux dire que je suis sûr que non, dit Cyan.
Par la Déesse, il était ridicule. L’orc avait le don de lui faire perdre ses moyens.
Gulrik émit un grognement que Cyan ne sut interpréter et se décida à se baigner. Il fit trempette longuement avant de se coucher.
Cyan, allongé sur sa paillasse, en dépit de son épuisement, mit longtemps à s’endormir. Il était trop excité pour cela.

Une main sur son torse le secoua. Celle de Gulrik. Elle était si large que son pouce et son auriculaire touchaient ses tétons. Même à travers l’épaisseur de sa chemise, Cyan sentait la chaleur de la paume de l’orc. Un gémissement lui échappa.
Gulrik le fixait, ses pupilles noires impénétrables.
— Je suis réveillé, parvint à dire Cyan avec peine, troublé au fond de son être par l’attirance qu’il éprouvait pour son employeur qui avait la peau verte, les oreilles pointues et deux dents proéminentes.
Il avait déjà trouvé des hommes à son goût, admiré de rares orcs, mais cela avait toujours été passager et aisé à dissimuler, et il n’avait jamais au grand jamais été aussi excité par un simple contact.
L’orc n’avait pas encore ôté sa main.