mercredi 3 mai 2017

A travers les millénaires - 41

Jem fêta trois anniversaires de plus. Combats, périodes de repos mâtinées d'entraînements et puis retour sur le champ de bataille. A chaque nouveaux venus, un espoir déçu. Trois permissions passées à arpenter la ville, dévisageant tous ceux qu'il croisait, en vain. Il envisageait toutes sortes de scénarios de retrouvailles, se jouait des films dans sa tête. Pourtant s'il avait bien appris quelque chose de toutes ses existences passées, c'est que la vie était imprévisible. Il rencontrait son âme-sœur toujours par surprise, quand il s'y attendait le moins. Cela pouvait être lors d'un pillage, dans une salle de classe, au cours d'un accrochage au volant...
Lors d'un combat, il fut gravement blessé aux yeux et atterrit dans un hôpital. Il était désormais plongé dans une nuit perpétuelle, ce qui signifiait que même s'il avait la chance de tomber sur son âme-sœur, il ne pourrait plus la reconnaître. Il n'avait jamais fait cela à l'oreille...
Cependant, il prit vite l'habitude d'écouter attentivement les voix des personnes qui l'entouraient, le docteur, les infirmières et aussi les patients autour de lui. Il y avait heureusement de bonnes chances qu'il recouvre la vue grâce à une greffe, mais il y avait toujours des risques de rejets et le processus de guérison ne serait pas immédiat.
Il était entouré de centaines d'hommes ayant besoin de lourds soins pour se remettre. Certains ne pourraient d'ailleurs jamais retourner se battre pour la sauvegarde de l'humanité, aucune opération n'étant en mesure de les guérir complètement.
Étendu à sa gauche, il y avait un jeune homme grièvement brûlé qui selon les murmures des infirmières était horrible à regarder. C'était d'ailleurs peut-être pour cela qu'il avait été mis à côté de Jem qui ne pouvait être gêné par son apparence. Allongé à sa droite, se trouvait un homme partiellement paralysé qui pouvait parler, mais pas tourner la tête, et mouvoir ses jambes, mais pas ses bras.
Les infirmières étaient trop peu nombreuses par rapport au nombre de patients sévèrement atteints.
Jem, dans l'attente de l'opération, n'avait rien à faire et aurait aimé se rendre utile, mais il n'y voyait goutte, alors pour passer le temps, il se mit à discuter avec les deux hommes les plus proches de son lit.

mardi 2 mai 2017

A travers les millénaires - 40

Quand il partit combattre, Jem était toujours perturbé. Depuis qu'il était devenu soldat, il avait toujours craint de mourir, mais savoir ce que cela faisait, à quel point on pouvait souffrir avant de rendre l'âme et qu'il renaîtrait et recommencerait tout à zéro donnait un éclairage différent à la chose.
Sur les champs de bataille, la distraction ne pardonnait pas,  et ce n'était pas seulement lui dont il mettait la vie en danger, mais aussi celles des autres membres de la troupe dont il faisait partie, alors il fit des efforts pour rester focalisé en dépit de tous les souvenirs qui le troublaient.
Il y eut une fois de plus de lourdes pertes dans leur camp et ceux de leurs adversaires. Jem ne récolta que des blessures légères qu'il soigna à l'aide de la trousse de secours d'urgence que chacun avait dans son paquetage.
A son retour à la base, il apprit qu'un contingent de nouvelles recrues était arrivé. Il se prit à imaginer que son âme-sœur était parmi elles et se demanda ce qu'il ferait alors, les soldats en devenir n'ayant que treize ans. C'était si jeune... En même temps, être en patient en temps de guerre, c'était prendre le risque de mourir sans jamais rien révéler de leur passé commun. Cependant, au Moyen-âge, il avait gardé au final le silence et avait quand même obtenu un peu d'amour de Gui... Peut-être avait-il tort de vouloir à toute force partager la mémoire de leurs vies passées ? Peut-être qu'il faudrait mieux à chaque fois le courtiser et le laisser retomber amoureux de lui ?
Jem poussa un long soupir. Toutes ses considérations ne servaient à rien tant qu'il ne l'avait pas retrouvé.
A la cantine, au dîner, il déambula longuement entre les tables, scrutant les nouveaux visages avec espoir, mais aucun n'était son bien-aimé. Il refoula sa déception, songeant que peut-être dans cette vie, il était une jeune fille sur le point d'accoucher ou bien déjà âgé et un pied dans la tombe... comme lui.
Il n'était même pas libre de partir à la recherche de celui qu'il aimait à travers les âges. Il se sentait prisonnier de cette guerre. Il se rappelait qu'il n'avait pas voulu y participer du temps où il s'appelait Waldo et des arguments de l'officier, mais dans sa tête, tournait le proverbe « faîtes l'amour pas la guerre. »
Les saturniens, les végaliens, et les uraniens n'étaient-ils pas dotés d'une âme eux aussi ? Hoshi avait été un saturnien fabriqué, mais il aurait très bien pu être un authentique. Dans ce cas, la fin de l'humanité ne signifiait pas le terme de leur existence. Il y avait hélas ces rumeurs d'une arme biologique et aussi d'une bombe susceptible d'éradiquer une espèce entière... mais avec quelles conséquences ? Il était préférable qu'elles ne soient pas vraies.

lundi 1 mai 2017

A travers les millénaires - 39

Quand il finit par trouver le sommeil, il fut peuplé de rêves étranges dans lesquels lui et ses camarades parvenaient à libérer des humains de compagnie élevés par des saturniens. Parmi eux, il y avait son âme-sœur qui portait de grandes oreilles toutes blanches et une petite queue ronde semblable à celle des lapins. Le collier rouge  à son cou tranchait sur sa peau pâle. Il respirait l'innocence et la naïveté.
La troupe à laquelle il appartenait ne savait pas quoi faire d'eux. Et puis, l'un d'entre eux suggérait qu'ils devaient êtres capables de remplacer des femmes. Ils devaient servir de cette façon à certains saturniens et en tant que soldats, ils n'avaient guère l'occasion de baiser. Ils n'avaient droit qu'à une seule permission par an et toutes les femmes étaient soit très âgées soit enceintes d'un autre de façon plus ou moins visible. Pour compenser les pertes sur le champ de batailles et que la courbe de mortalité ne soit pas largement supérieure à celle de la natalité, toutes les filles en âges avaient obligation de porter  l'enfant d'un inconnu. Contrairement à autrefois, elles n'avaient même plus à coucher, si bien qu'elles donnaient naissance à des bébés sans même avoir eu un rapport sexuel. Il n'y avait cependant pas de miracle divin là-dessous, mais des inséminations artificielles.
Jem s'interposait, ne voulant que son bien-aimé soit utilisé comme une poupée gonflable, mais ils étaient trop nombreux contre lui et tout ce qu'il obtenait, c'était d'être le premier à lui passer dessus. Or, il ne voulait pas abuser de lui. 

Se réveiller fut un soulagement. Durant la journée, il se montra distrait et tira à côté des cibles et se vit plaquer en deux temps trois mouvements durant les exercices de corps à corps. Même en période de repos, il fallait en effet s'entraîner pour rester alerte. Il essuya les moqueries avec une grimace.
Ses vies antérieures le hantait. Un monde en paix, c'était une douce utopie, et pourtant, c'était arrivé. Jusqu'à ce qu'il se souvienne, il ne s'était jamais posé de questions sur le bien fondé de cette guerre, mais à présent, il se rendait compte à quel point elle n'avait pas de sens.
Il y avait aussi toutes ses morts horribles et douloureuses. Mourir de vieillesse était si paisible en comparaison. Et, au milieu de tout cela, impossible d'oublier son âme-sœur. Elle lui manquait. C'était l'autre moitié de lui-même et cela faisait des années qu'il ne l'avait pas vu. Il ne saurait jamais à quoi elle avait pu ressembler ces dernières années. Survivrait-il suffisamment longtemps pour la rencontrer cette fois ? Il en doutait si fort que cela le déprimait. L'humanité courrait à sa perte en se bataillant contre trois espèces à la fois. Ce qui était incroyable, c'était de n'avoir toujours pas renoncé.