mercredi 3 août 2016

Cœur de fantôme - 88

Se rendre au 7 rue des Sycomores dans ses conditions dura une éternité. Zack ne fléchit pas, même quand le fantôme arrêta de vouloir aller dans la direction opposée pour tenter de le persuader qu'il était Nino et qu'agir ainsi était stupide. Zack était certain de ne pas se tromper et resta sourd aux insultes qui suivirent son refus de le lâcher.
Comme c'était dimanche, le chantier était heureusement désert. Il n'y avait désormais plus qu'un tas de gravas à la place de la vieille demeure.
Zack n'eut pas à appeler Kazuya. La voix de celui-ci retentit aussitôt, accusatrice :
— Que faîtes-vous là ?
— Zack est convaincu qu'un fantôme m'habite. Ce qui est absurde puisque je suis sous ta protection, déclara Nino en extirpant le talisman.
Zack nota que ses doigts le masquait partiellement, comme précédemment, ce qui confirmait son hypothèse qu'il était abîmé. Le nœud n'avait pas cédé, mais les coutures, sûrement.
— Je vois, dit Kazuya sobrement.
Avant que Zack n'ait à défendre son opinion, Nino se plia en deux, comme s'il avait reçu un coup de poing.
Il se redressa aussitôt, le visage torturé, les yeux papillotant. Des grognements s'échappèrent de sa bouche, son corps entier  agité de drôles de soubresauts.
Zack ne le lâcha pas. Il ne savait pas quoi faire d'autre.
— Embrasse-moi. Assomme-moi. Non ! Non !
La voix de Nino d'abord normale s'était muée en hurlement. Il secoua la tête en tout sens comme un dément.
C'était affolant.
Kazuya et le fantôme inconnu menaient à priori une lutte terrible pour le contrôle du corps de Nino.
Jugeant le baiser sans danger, Zack s'efforça d'immobiliser Nino. Mais en proie des consignes contradictoires, ce dernier était dur à maîtriser. Il battait l'air d'une main et tapait du pied comme une forcené sans se soucier du fait qu'il pouvait causer des éboulis vu qu'ils se tenaient sur des gravas.
L'espace d'un instant, il se figea totalement. Zack en profita pour plaquer sa bouche sur la sienne.
Ce fut un baiser étrange, Nino agitant l'un de ses bras comme s'il voulait s'envoler, puis leurs langues se mêlèrent et le corps de Nino s'amollit. Si Zack ne l'en avait pas empêché, il se serait effondré.
Zack sentit soudain Kazuya entrer en lui, mais sans qu'il ne cache rien de ses pensées ou de sa colère.
Ce flot inattendu de souvenirs et de sentiments submergea Zack au point qu'il oublie un instant sa propre identité.

mardi 2 août 2016

Cœur de fantôme - 87

— Désolé si je me trompe, mais je crois que vous êtes un fantôme, que vous êtes passé du corps du type dans le coma à mon Nino.
— Qu'est-ce que tu racontes ? Je suis protégé par le talisman de Kazuya.
Nino était fâché en dépit des excuses préventives.
— Pardon, mais ton comportement est étrange depuis tout à l'heure et il y avait bel et bien un fantôme.
— Oui. Un de plus. D'où mon envie de tranquillité.
Zack ne savait plus quoi penser : était-ce ou non Nino ?
— Et moi, j'ai besoin de tenir dans mes bras.
La grimace de dégoût du jeune homme le fit pencher en faveur du non. Pour une raison ou une autre, ce fantôme prétendait être Nino, piochant dans ses souvenirs pour donner le change, mais ce n'était pas lui. 
Zack avait deux possibilités : soit il l'obligeait à admettre la vérité, soit il faisait semblant, comme lui. Dans tous les cas, il ne fallait pas le lâcher d'une semelle.
— Montre-moi le talisman, exigea-t-il, choisissant de piéger le fantôme.
Nino soupira et sortit lentement le talisman de sous son pull.
— Et maintenant, ça suffit !
— Mais ce n'est pas possible... dit Zack, perdant de sa superbe, et doutant de nouveau.
Il approcha la main pour toucher la petite pochette, mais Nino qui la tenait en partie cachée, la rangea vivement.
Sa promptitude à la soustraire à sa vue interpella Zack. Le talisman devait être endommagé. Il n'y avait pas d'autre explication.
— Si tu veux me faire plaisir, rentrons à l'appart.
— Laisse-moi respirer de temps en temps, répliqua Nino et il le planta là.
Zack, même en sachant que ce n'était pas le jeune homme qui parlait, accusa le coup. C'était sa voix, après tout.
Il partit à sa poursuite. Nino tenta de le distancer, mais en vain.
Arrivé à son niveau, Zack jugea qu'il valait mieux employer la manière forte. L'expérience avec Victor lui ayant servi de leçon, il lui saisit le bras avec fermeté.
L'individu qui avait pris possession de Nino voulut lui flanquer un coup, mais il le para et l'obligea ensuite à avancer.
Ils attiraient évidemment l'attention des patients, Nino ne cessant de chercher à se dérober à son emprise, mais Zack ne renonça pas pour autant. Tout ce qu'il pouvait espérer, c'est que personne n'appellerait la police, car alors, il aurait été dans de sales draps.

lundi 1 août 2016

Cœur de fantôme - 86

Un cri échappa à Nino. Le type lui faisait mal. Zack s'emmêla. Il y eut un instant de confusion, de bras et mains poussés et tirés, puis l'homme retomba lourdement sur l'oreiller, paupières closes, sa perfusion décrochée.
— Ça va, Nino ?
— Oui. Partons avant que quelqu'un ne vienne aux nouvelles.
Ils se précipitèrent hors de la chambre et quittèrent l'hôpital en vitesse.
Une fois dehors, Nino partit à grandes enjambées dans la direction opposée de l'endroit où Zack avait garé sa moto.
— Hé ! Où vas-tu ? cria Zack, en le rattrapant.
— J'ai une course à faire, répondit Nino sans lui accorder un regard.
— Je t'accompagne.
— J'ai besoin d'être seul.
— Et l'incident à l'hôpital, on ne va pas en parler ? Ce type dans le coma était possédé par un fantôme, non ?
— Tout s'est bien terminé, c'est l'essentiel.
C'était le genre de truc que Kazuya pouvait sortir, pas trop le style de Nino... Comme s'il n'était pas lui-même. Zack se figea. Nino ne s'en préoccupa pas et continua à avancer.
Les pieds de Zack refusaient de lui obéir. Il ne voulait pas croire que le jeune homme soit une fois encore victime d'une possession non désirée. Il rejoua la scène dans son esprit. Le type l'avait empoigné par le col de son pull sous lequel se trouvait le talisman. Était-il possible qu'il lui ait arraché ?
Zack se mit à courir après Nino. S'il avait raison, que le jeune homme était sous l'influence d'un fantôme, il ne fallait surtout pas qu'il le perde de vue.
— Mais quel pot de colle ! s'exclama Nino en le voyant. Tu vas me lâcher les baskets, oui ?
Cela rappela à Zack sa première rencontre avec le jeune homme. S'était-il monté la tête ? Le nœud de Kazuya n'avait pas pu se défaire comme cela.
— Il me semble que nous devrions discuter...
Si aucun fantôme n'avait pris possession de Nino, le jeune homme risquait de mal prendre     ses soupçons. A contrario, il n'apprécierait pas que Zack ne se soit rendu compte de rien.
— Qu'est-ce que tu ne comprends pas dans le mot « seul » ? aboya Nino.
— Même sans moi, le seras-tu vraiment ? riposta Zack.
Nino se troubla, puis s'écria :
— Fiche-moi la paix !
Cela n'avait pas de sens. Cela faisait bien longtemps que le jeune homme ne le rejetait plus ainsi. Zack aurait aimé pouvoir retourner à l'hôpital et vérifier sa théorie au sujet du talisman, mais c'était impossible, car cela aurait impliqué de laisser Nino.