mardi 5 juillet 2016

Cœur de fantôme - 71

Sur le seuil, Nino se figea devant le lit de camp dressé à côté de celui de Zack comme s'il avait vu un fantôme. Et à tous les coups, il devait vraiment y en avoir un.
— Cela ne vous convient pas ?  Ce n'est pas que cela nous dérange que vous partagiez le même couchage, c'est juste que nous n'avons rien d'autre... se justifia sa mère, interprétant l'air étrange de Nino à sa façon.
Zack la rassura et se débrouilla pour l'éloigner. Une fois certain qu'elle ne pouvait plus les entendre, il interrogea Nino qui lui confirma qu'un homme tout ridé au cheveux poivre-sel était couché dans la pièce.
— Cela va aller si nous dormons là ? demanda Zack.
— Il faudra bien, soupira Nino.
Agir autrement aurait provoqué des tonnes de questions. C'était tout de même gênant de devoir partager les lieux avec un spectre.
— Ce serait bien s'il allait se promener ailleurs.
— Il nous entend, tu sais, et j'ai l'impression qu'il ne compte pas bouger d'un pouce.
C'eût été trop beau autrement. Le vieux ridé sachant que Nino le voyait devait espérer quelque chose de lui.
— C'est nous qui allons faire un tour, alors...
Nino acquiesça et ils quittèrent la pièce.
— Merde, il nous suit !
Zack ne put réagir à son exclamation, sa mère étant apparut dans l'escalier.
— Vous avez tout ce qu'il vous faut ?
— Oui, oui... Et maintenant, je vais montrer à Nino le quartier où j'ai grandi...
— Par ce froid de canard ? s'étonna sa mère.
— On l'a bien affronté pour venir jusqu'ici ! riposta Zack.
Là-dessus, il l'embrassa sur la joue et entraîna Nino dans l'entrée.
Une fois chaussés et emmitouflés dans leurs doudounes, ils sortirent la maison. C'était le seul moyen d'échapper au fantôme et de pouvoir discuter de problème qu'il posait tranquille.
— Tant que tu as le talisman de Kazuya, tu ne risques rien,  n'est-ce pas ?
— Normalement, mais c'est dur de faire comme si ce fantôme n'était pas là.
Évidemment, Zack n'avait pas ce souci, puisque même en sachant qu'il était présent, il demeurait invisible. C'était cependant un autre genre d'épreuve de l'imaginer rôder autour de lui.
— On peut abréger le séjour chez mes parents.
— Ils ne risquent pas de mal le prendre ?
Zack ne put nier que si. Mais quelle autre solution avaient-ils ?
— Peut-être qu'il regrette un petit rien du tout...
Mais il pouvait aussi avoir des exigences compliquées à satisfaire auxquelles cas, Zack se retrouverait démuni. Sans Kazuya, c'était trop dangereux que Nino se laisse posséder.
Tout en marchant dans les rues, ils soupesèrent le pour et le contre et décidèrent au final que Nino prendrait sur lui pour ne rien laisser paraître quant au fantôme qui hantait la maison.

lundi 4 juillet 2016

Cœur de fantôme - 70

La mère de Zack fut ravie d'apprendre qu'il ne venait pas seul.
Zack assura à Nino qu'il serait accueilli à bras ouverts, mais arrivés devant la porte du pavillon bâti dans les années 60 où Zack avait vécu toute son enfance, Nino, au comble de la nervosité, était prêt à faire demi-tour.
Il dut le persuader de n'en rien faire : mais oui, Nino ferait peut-être des bourdes, mais le plus grand impair qu'il pouvait commettre, c'était bien d'annuler sa visite à la dernière minute, et d'ailleurs, étant venu avec lui en moto, comment comptait-il repartir ? D'accord, il pourrait toujours trouver un café et un hôtel, mais c'était ridicule.
Une fois n'est pas coutume, son père ouvrit la porte avec sa mère  - il n'était pas du genre à se lever quand ça sonnait, mais la curiosité envers le petit ami de son fils avait dû l'emporter sur la flemme.
Elle était habillée sur son trente-et-un, maquillée et pomponnée comme pour les grandes occasions.
— Entrez, entrez, vous devez être frigorifiés.
Nino, le nez rougi par le froid, secoua la tête. Zack le poussa gentiment à l'intérieur et referma la porte sur eux dès fois qu'il ait dans l'idée de prendre la poudre d'escampette. C'était la première fois que Nino rencontrait des parents en tant que petit ami et il n'en menait pas large. Ce qu'il ne réalisait pas, c'est que c'était aussi une première pour Zack : jamais, depuis son coming-out, n'avait-il présenté aucun garçon à ses parents.
A priori, Zack n'aurait pas à faire connaissance avec ceux du jeune homme, Nino se refusant à les revoir, ce qui était compréhensible vu tout ce qui s'était passé entre eux à cause de l'interférence des fantômes.
Sa mère les invita à s'asseoir dans le salon sur les vieux canapé et fauteuils en cuir patinés par les ans. Elle parlait pour quatre ou presque. Si elle posait des questions, elle ne se montrait pas  trop invasive. Généreusement, elle régalait Nino d'anecdotes d'enfances de Zack si bien que c'était lui qui était sur la sellette et non le jeune homme !
Pour le déjeuner, elle avait mis les petits plats dans les grands. Nino, de plus en plus détendu, laissa échapper quelques "merdes" au cours de la conversation.
En cuisine, elle prit à part Zack pour lui communiquer tout le bien qu'elle pensait de Nino. Apparemment, elle avait craint qu'il ne soit pas aussi « normal. » Zack ne demanda pas à quoi elle s'était attendue au juste. Il savait que toute tolérante qu'elle soit, elle avait certains préjugés.
Bref, tout allait comme sur des roulettes jusqu'au moment où la mère de Zack les conduisit à l'étage dans l'ancienne chambre de ce dernier afin qu'ils s'y installent.

vendredi 1 juillet 2016

Cœur de fantôme - 69

A la deuxième semaine sans nouvelle, ils s'agacèrent de concert que Kazuya ne les appelle pas et s'accordèrent mutuellement sur le fait que c'était pour éviter que le policier, une fois libre, parte à la recherche des « complices » du fantôme.
L'un comme l'autre sautaient sur le téléphone de l'appartement ou le mobile de Zack quand ils sonnaient, mais jamais ce n'était lui.
— Tu crois qu'il a décidé de nous laisser tout les deux pour toujours ? demanda Nino à brûle-pourpoint.
— Mais non... répondit Zack, bien que cette pensée l'ait également effleuré.
Après tout, originellement, cela avait été l'intention du fantôme. Ils avaient dû argumenter avec lui pour obtenir un autre résultat. En même temps, il ne voyait pas Kazuya les lâcher sans même les informer des résultats de sa possession du policier.
— Je me suis rendu rue des Sycomores, avoua Nino.
Zack avait également craqué, pas plus tard que la veille. Ils auraient pu y aller ensemble.
— Et il n'y avait pas un chat.
— Toi aussi, tu y as été ?
Zack acquiesça. Nino se pelotonna contre lui dans le lit.
— A ton avis, qu'est-ce qu'il est en train de faire en ce moment ?
Zack se tordit le cou pour voir l'heure. Le réveil digital affichait vingt-trois heures et trois minutes.
— Il frustre sa femme et ronfle.
Zack ne voulait pas envisager une option où Kazuya faisait l'amour à l'épouse du policier dont il occupait le corps et l'imaginer sur la piste du tueur était par trop inquiétant.
— J'espère bien ! s'exclama Nino.
Ils s'embrassèrent. Ils n'avaient pas été plus loin que ce stade depuis le départ de Kazuya. C'était un espèce d'accord tacite entre eux : pas de sexe sans le dernier membre de leur trio.

    Décembre pointa le bout de son nez, mais Zack pas plus que Nino n'étaient pas d'humeur festive.
Ce n'était pas qu'ils étaient mal l'un avec l'autre, mais comme ils étaient dans l'expectative, ils n'avaient goût à rien. Zack déclina plusieurs invitations de ses amis.
Ils reçurent deux autres demandes d'exorcisme, mais Nino ne donna pas suite. Il n'était pas question de se lancer sans Kazuya alors même que leur première affaire n'avait pas été réglé.
Zack finit quand même par devoir promettre à sa mère de venir lui rendre visite avant Noël. Cela faisait toujours peur à Nino de rencontrer les parents de Zack, mais la perspective de demeurer seul dans l'attente était déplaisante, aussi il ne mit pas longtemps à accepter de l'accompagner.