vendredi 3 juin 2016

Cœur de fantôme - 59

C'était presque comme si Nino cherchait les problèmes.
« Non, ce n'est pas ça » contra Kazuya.
« C'est parce qu'il veut se servir de sa vue spéciale plutôt que la subir? »
« Pas seulement. C'est aussi son côté altruiste. »
Au fond, chacun à leur manière, ils étaient tous les trois de braves types...
« Vous deux sûrement, mais pas moi.. »
Zack n'était pas d'accord.
« Je ne peux certes pas t'empêcher de le penser. »
Un trajet en moto plus tard – Kazuya se montrait de plus en plus à l'aise pour la manœuvrer – ils furent de retour près du pêcheur fantôme. Du moins, Zack le supposait. Kazuya lui fit prendre Nino par les épaules tandis que le jeune homme, d'une main mal assurée, retirait le talisman.
Son regard vairon se troubla.
— Bah ça alors ! s'exclama-t-il.
— Comment vous appelez-vous ? demanda aussitôt Kazuya-Zack.
— Albert. Et le petit jeune qui veut m'aider à passer de l'autre côté, c'est Nino. Je savais même pas que j'étais mort. Mais je me disais bien que ça faisait longtemps quand même, que cela ne mordait pas...
Zack se rappela que la femme sur le parking du supermarché avait également paru ne pas réaliser qu'elle était décédée.
« Tout dépend de l'âge du fantôme et de la façon dont il ou elle a trouvé la mort » lui expliqua Kazuya.
— Qu'est-ce qui vous retient ici ?
— A ce propos, vous seriez bien aimable de me lâcher, jeune homme... déclara Albert-Nino en tentant de soustraire à leurs mains.
Kazuya-Zack ne le laissa pas s'échapper et raffermit son emprise.
— Vous n'irez nulle part sans moi avec le corps de mon ami. Je vous le redemande, que regrettez-vous de ne pas avoir fait avant de mourir ? A moins que vous ne souhaitiez vous venger de quelqu'un ?
Nino, pensif, se gratta la tête, chose qu'il ne faisait jamais. Pas de doute, c'était Albert aux commandes.
— Je ne regrette rien et je ne ferai pas de mal à une mouche. Enfin, façon de parler, car c'est un bon appât pour certains poissons. La pêche, c'est toute ma vie.
Mais alors pourquoi était-il devenu un fantôme ?  songea Zack.
Kazuya lui avait la réponse.
— Et c'est pour ça que vous êtes resté. Sauf que dans votre état, vous ne pouvez plus rien attraper.
— Plus jamais ? Et de l'autre côté, alors ?
— Ça, c'est à vous de le découvrir.
— Je m'en pêcherai bien un dernier avant de partir, au cas où...
Zack s'inquiéta en son for intérieur du prix d'une canne à pêche et de la saison.
« On peut pêcher même en hiver. On en achètera une pas trop cher, que cela plaise à Albert ou non » le rassura Kazuya.
Et si le vieux pêcheur mentait ? S'il ne voulait pas rendre à Nino son corps après cela...
« Si c'est le cas, je m'arrangerai pour l'y obliger. »
Kazuya était catégorique, toujours est-il qu'il avait préféré que Zack emmène Nino et le petit garçon fantôme qui l'habitait au zoo plutôt que de l'expulser de force.
Zack ne se sentirait tranquille qu'une fois que Nino serait à nouveau lui-même.

jeudi 2 juin 2016

Cœur de fantôme - 58

Dès le lendemain, Zack, pressé par Nino, mit en ligne une page sur internet. Cependant, plusieurs jours s'écoulèrent sans que personne ne les contacte au grand dam du jeune homme.
— C'est peut-être un problème de référencement, dit Zack à Kazuya-Nino.
— Il faut être patient.
Après cette déclaration, il y eut un silence et Zack supposa que Kazuya tentait d'apaiser mentalement Nino qui sans nul doute devait protester.
— Il veut se lancer, même gratuitement, annonça Kazuya-Nino.
— C'est vrai que l'argent n'a jamais été sa motivation première.
— Certes, mais il serait content de quitter son job de plonge où il ne cesse de se faire houspiller pour un rien. C'est toi qui lui a redonné confiance dans les êtres vivants... Ah et maintenant il me reproche de ne pas savoir tenir ma langue.
Leur dialogue à trois alors que Nino ou lui devait passer par l'intermédiaire de Kazuya pour parler ne manquait jamais de sel.
— Cela fait plaisir à entendre alors je suis content de ton indiscrétion.
Ils se sourirent, largement pour Zack, un brin moqueur pour Kazuya-Nino.
— C'est plutôt une bonne idée de tester sans pression et sans souci de résultat, ajouta Zack.
— Tout ça est synonyme d'ennuis et je préfèrerai ne rien faire du tout.
Même en sachant que c'était Kazuya qui s'exprimait, il y avait un côté amusant à voir Nino si peu enthousiaste alors que quand le fantôme n'était pas en lui, il s'animait à la perspective d'utiliser sa vue paranormale de manière contrôlée.
Kazuya-Nino reprit :
— On pourrait commencer par le pêcheur que vous aviez croisé au bord de l'eau lors de votre première promenade.

Ils attendirent le week-end pour y aller. On était à la mi-novembre et il faisait glacé. L'hiver approchait à grand pas. Certains avaient déjà sorti des décorations de Noël.
Zack portait une doudoune noire, de même que Kazuya-Nino qui avait également un bonnet assorti enfoncé sur la tête.
Il confirma que le pêcheur fantôme était toujours là à attendre des poissons qu'il ne pourrait plus jamais attraper.
— Bonjour ! lança-t-il.
Pour Zack, il s'adressait aux saules pleureurs.
— Vous m'entendez ? répéta-t-il avec insistance.
Zack se mit en retrait. La scène était trop inconfortable pour lui, car il ne voyait personne.
Kazuya-Nino se tourna finalement vers lui, la mine sombre et maugréa :
— Nous sommes bons pour la possession. Repassons à la maison rue des Sycomores, si tu veux bien.
Zack acquiesça, également déçu que la solution qui présentait le moins de risque ne fonctionne pas. Il aurait bien aimé que Nino fasse machine-arrière, mais ce n'était pas au programme.
En effet, dès Kazuya fut en Zack, le jeune homme les enjoignit à retourner au bord de l'eau. Il était loin le temps où il avait fallu le convaincre d'aller se balader...

mercredi 1 juin 2016

Cœur de fantôme - 57

De retour à l'appartement, ils se pelotonnèrent sur le canapé. Kazuya-Zack commença par s'emparer des lèvres de Nino, chose qu'ils désiraient autant tous les deux. Si le jeune homme répondit au baiser, il les empêcha d'aller plus loin. Il brûlait de savoir pour l'exorcisme.
Kazuya-Zack exposa donc comment il comptait aider Nino. Soit il était capable de converser en direct avec les fantômes quand il occupait le corps de Nino – il n'avait jamais eu l'occasion de tester – soit il ne l'était pas et dans ce cas, il exigeait être présent via Zack quand Nino retirait son talisman permettant ainsi à n'importe quel fantôme de s'introduire en lui. Il s'agitait alors de maîtriser celui qui l'aurait possédé et l'obliger à le libérer s'il se révélait que ses regrets et désirs ne pouvaient être satisfaits ou nécessitaient que Nino fasse quoi que ce soit de dangereux ou douteux.
Zack, même s'il n'avait aucun rôle à jouer dans le premier cas, le préférait car il évitait que Nino se retrouve à la merci de fantômes sans scrupules.
« Quoiqu'il arrive, c'est à toi que revient la création d'un site internet pour faire la publicité des services d'exorcisme de Nino. »
Il répercuta à haute voix l'information au jeune homme qui voulut de suite qu'ils réfléchissent ensemble à un texte de présentation. Ils débattirent ensuite combien il fallait faire payer les gens. C'était compliqué car ils ne pouvaient garantir débarrasser les lieux du fantôme qui les hantait. Il y avait aussi toujours la possibilité qu'ils soient contactés par des gens paranoïaques qui s'imaginaient persécutés par des êtres invisibles alors qu'en réalité, il n'y avait pas le plus petit spectre.
Ce n'est que tard dans la soirée qu'ils s'entendirent sur un double tarif : un de simple consultation – le prix du déplacement étant à la charge du client  –  et un pour l'exorcisme.
Nino se colla alors à Kazuya-Zack et proposa de reprendre là où ils s'étaient arrêtés. Une offre pareille ne se refusait pas. Kazuya-Zack dévora le jeune homme de baisers tandis qu'ils se déshabillaient. Leurs mains glissèrent sur leurs peaux fiévreuses. Nino s'agenouilla pour prendre le pénis de Zack en bouche, le suçant vigoureusement.
Kazuya comme Zack étaient d'avis qu'il n'était pas encore au point côté fellation, mais le plaisir était de toute façon au rendez-vous, car c'était lui.
Ils finirent par l'interrompre pour prendre du lubrifiant et le préparèrent avant de le pénétrer, lui arrachant de doux gémissements.