lundi 12 janvier 2015

Au Zoo Interplanétaire - 88

Durant le récit, Sylll les rejoignit pour signifier aux enfants qu'il était temps d'aller se coucher. Jannn comme Pirrr se rebiffèrent. Sylll, après avoir confirmé avec Merwan que la fin était proche, accepta qu'ils écoutent jusqu'au bout.
Une fois l'histoire terminée, tandis que Sylll montait à l'étage avec les enfants, Merwan revint auprès de Makkk, Zyxxx et ses parents qui étaient fort heureusement en train de prendre congé.
— Merci pour l'accueil.
— C'était un plaisir, répondit Makkk.
Pour lui dire au revoir, le père comme la mère lui serrèrent un tentacule et firent de même avec leur fils, mais n'esquissèrent pas un seul geste envers Merwan, alors même qu'il avait tendu le bras vers eux.
Merwan, un peu peiné malgré tout d'être ignoré, décida de ne pas s'en formaliser. Après tout, s'il avait pu présenter Zyxxx à ses propres parents, ils étaient fort probables que ces derniers auraient crié et auraient refusé de l'approcher. Enfin, une fois qu'ils auraient eu compris qu'ils étaient face d'un extraterrestre et non pas d'un humain habillé d'un costume remarquablement bien fait. Merwan avait aidé bon nombre d'amis à tourner des films amateurs et certains étaient passés chez lui dans leurs déguisements.
Ce fut ensuite leur tour de partir. Zyxxx et Makkk se donnèrent une espèce d'accolade. Devant cette étreinte, Merwan ressentit une pointe de jalousie. Il n'avait que deux bras et il ne pourra jamais rendre à Zyxxx ce type d'embrassade.
                                                *
Zyxxx était redevable à Makkk. Que Sylll et lui confient leur progéniture à Merwannn avaient obligés ses parents à considérer que la « créature » était en réalité un individu fiable. Zyxxx n'avait plus à vivre dans la crainte que ses parents ne s'arrangent pour le séparer de Merwannn. Ces derniers avaient enfin validé son choix, sans enthousiasme aucun, mais qu'importe, ils étaient prêts à lui ouvrir leur porte et Zyxxx ne doutait pas qu'ils finiraient par s'habituer à lui, une fois qu'ils auraient fait véritablement connaissance avec lui. Son frère serait bien obligé de ranger à leur avis.
Zyxxx avançait dans la rue les ramenant au logis, tout guilleret, un tentacule enroulé autour d'un poignet de Merwannn quand il pressentit que ce dernier ne partageait pas sa joie.
Il avait lui-même instauré la règle qu'ils ne devaient pas bavarder à l'extérieur, mais comme chaque fois qu'il le considérait utile, il la brisa.
— Cela ne va pas ?
— Je suis fatigué, c'est tout. Garder Jannn et  Pirrr n'est pas de tout repos, même si je m'amuse bien à leur raconter des histoires et le dîner surprise avec tes parents m'a achevé.
— Tout est résolu, à présent.
— C'est beaucoup dire.
— C'est vrai qu'ils ne t'ont pas salué, mais il faut leur laisser du temps.
— Oui, bien sûr.
Le silence retomba entre eux jusqu'à ce qu'ils soient dans la tour. Merwannn proposa qu'ils aillent dormir immédiatement, mais Zyxxx le prit entre ses tentacules. Merwannn se laissa faire, mais sans réagir, ce qui était inusuel.
— Tu ne veux pas ?
— Ce n'est pas ça, mais...
Et Merwannn avoua ce qu'il avait ressenti en les voyant se donner une accolade lui et Makkk.
— Ce n'est vraiment pas l'essentiel et ta musique n'appartient qu'à toi, déclara Zyxxx avant de le lui montrer, en le caressant partout de toutes ses tentacules, le faisant gémir de la plus délicieuse des façons.

vendredi 9 janvier 2015

Au Zoo Interplanétaire - 87

S'ensuivit un dialogue muet où chacun y alla de son mouvement de tentacules, excluant Merwan de la conversation. Cela n'avait rien d'évident d'être toujours l'intrus, mais Merwan puisait du réconfort dans le tentacule protecteur que Zyxxx avait posé sur son épaule depuis l'arrivée de ses parents.
— Même s'il n'a que toi comme lien ici, pourquoi former un nœud avec lui ? interrogea finalement le père mais d'un ton dénué de l'agressivité dont il avait fait preuve jusqu'alors.
Le cœur de Merwan s'emballa à cette question dont la réponse l'intéressait aussi.
— Parce qu'il met de la couleur dans ma vie, qu'il me donne le point d'attache qui m'a toujours fait défaut, qu'il me laisse être moi-même, répondit Zyxxx.
Merwan l'aurait embrassé, s'il n'y avait pas eu autant de spectateurs.
— Sa disparition doit être dure pour sa famille, déclara la mère, une fois de plus sans grand rapport avec ce qui était dit, montrant toutefois que quelque chose d'important s'était passé durant la discussion gestuelle.
— Je n'ose imaginer ce que je ressentirai si l'un de mes fils était enlevé, glissa Sylll.
— Il ne reste plus à ta mère qu'à annuler le rendez-vous qu'elle a pris pour toi, dit le père.
— Oui, je vais faire ça, murmura la mère.
— La prochaine que tu viens dîner chez nous, amène-le, ajouta le père.
Le poids qui avait pesé sur Merwan ces derniers jours disparut. Zyxxx n'aurait pas à cesser de fréquenter ses parents à cause de lui. Sur son épaule, le tentacule de Zyxxx devint plus souple. Pas besoin d'être expert en biologie Tappelnienne pour comprendre que la tension qui l'habitait l'avait quitté.
Makkk proposa de nouvelles boissons, entraînant une discussion agréablement anodine sur un mélange apparu il y a peu sur le marché. Pendant qu'il allait les chercher, le père de Zyxxx s'adressa directement à Merwan :
— Votre planète vous manque ?
C'était la première fois qu'il lui parlait sans colère, sans le traiter de créature.
— Oui, beaucoup, mais Zyxxx est là, répondit Merwan en bafouillant à moitié.
Jannn et Pirrr qui avaient été remarquablement calmes jusque là, se manifestèrent alors :
— Maman, maintenant que vous avez terminé vos trucs d'adultes, est-ce que Merwan peut nous raconter une histoire ?
— Si vous n'avez plus faim et qu'il le souhaite, oui.
L'occasion était trop belle d'échapper à d'autres questions des parents de Zyxxx et risquer de remettre en cause leur fragile acceptation par une phrase malheureuse, aussi Merwan s'empressa d'accepter et de s'éloigner avec les deux enfants dans la seconde moitié du salon.

jeudi 8 janvier 2015

Au Zoo Interplanétaire - 86

A la scène où la créature velue allait dévorer le petit alien à tentacules rouges, Merwan fut relâché et autorisé à s'asseoir.
Il était au beau milieu de la Belle et la bête   selon l'adaptation cinématographique de Jean Cocteau avec Jean Marais quand Sylll rentra. Merwan s'interrompit, mais brièvement, les enfants le pressant de continuer. Au lieu de ranger ses achats, Sylll resta pour écouter. Ce n'était pas facile de raconter tout ça en Tappelnien, mais Merwan était content, car son audience était captive.
L'histoire finie, les enfants en réclamèrent une autre et Sylll repartit pour une seconde course.
Au total, cette première expérience de « Tappelnien-sitting », malgré un très mauvais départ, se révéla concluante.
Sylll et Makkk se mirent à faire régulièrement appel à Merwan qui apprécia grandement d'avoir un job. Cela lui évitait d'être seul en permanence, toujours dans l'attente du retour de Zyxxx.
Jannn et Pirrr, passés leur hostilité première à celui qui les privait de leur mère, lui firent chaque fois bon accueil. Même la révélation que sans leur aide Merwan ne pouvait gagner les étages supérieurs ne les incita pas à abuser de cette faiblesse. Les histoires dont Merwan les régalait leur plaisaient trop pour cela.
Cela devait faire la dixième fois que Merwan s'occupait de Jannn et Pirrr, quand Zyxxx en venant le chercher, annonça qu'ils allaient dîner avec Makkk, Sylll et les enfants.
— Tu es sûr qu'on ne va pas les déranger ? s'enquit Merwan.
Il avait beau ressentir une affection grandissante pour les deux petits Tappelniens, il aurait aimé se retrouver en tête-à-tête avec Zyxxx.
— Certain. Nous ne sommes d'ailleurs pas les seuls invités.
— D'autres de vos amis ?
— Non, mes parents.
— Quoi ?! Pourquoi tu ne m'as pas prévenu plus tôt ?
— Pour que tu passes une journée sans te faire de soucis.
— Ils savent que je suis là ?
— Non.
Merwan n'eut que le temps de reprocher  ses cachotteries à Zyxxx avant que les parents n'arrivent. Dès qu'ils l'eurent repéré, leurs tentacules se raidirent.
Jouant les innocents, Makkk et Sylll les attirèrent dans le salon, leur offrant à boire. Jannn et Pirrr se mirent alors à chanter les louanges de leur nounou.
Il y avait de quoi se sentir piégés et Merwan eut presque pitié des parents de Zyxxx.
Comme un cheveu sur la soupe ou bien selon l'expression Tappelnienne équivalente, comme une bille dans le cocktail, la mère de Zyxxx annonça :
— Je t'ai organisé un rendez-vous avec la fille d'une amie.
— Je ne suis plus libre, répondit Zyxxx.
— Techniquement, tu l'es, puisque tu ne peux en aucun cas officialiser ton nœud avec ta créature, rétorqua le père.
— En admettant que je fasse connaissance avec cette Tappelnienne, cela n'aboutira à rien, répliqua Zyxxx.
— Un mauvais nœud est pire qu'aucun, approuva Sylll.
— Cette chose ne peut en aucun cas être un partenaire digne de mon fils ! Si c'était votre enfant, vous seriez de mon avis ! s'écria la mère.
— Nous ne le nions pas, intervint Makkk, en faisant une drôle de vague avec un de ses tentacules dans ce que Merwan supposa être un geste d'apaisement.
— Mais pourquoi vous montrez vous si blessants envers celui que j'ai choisi pour partenaire, lui qui a été coupé de son monde contre son gré? demanda Zyxxx.
Pour toute réponse, les tentacules de ses parents s'agitèrent nerveusement.