mercredi 4 juin 2014

Le garçon fée - 204

Quand son professeur se matérialisa enfin près du buisson aux moineaux, Zibulinion se tourmentait toujours au sujet de son père. Relhnad l'embrassa, mais l'adolescent, trop préoccupé, ne se sentit pas transporté comme d'habitude et ne lui rendit pas.
– Quelque chose ne va pas, Zibu ?
L'adolescent vida aussitôt son sac :
– J'ai renoué le contact avec mes amis, ce qui est positif, mais Neyenje m'a écrit que son travail consistait à trafiquer les souvenirs des gens et pour mon père, je demandais si ce n'était pas pareil.
– De ce que tu m'as rapporté de ta situation familiale, tes parents sont séparés. Vu tes pouvoirs, je croyais que ton père était un fée, mais si c'est un humain, comme ta mère et lui sont divorcés et que seuls les humains mariés aux fées sont autorisés à connaître leur existence, c'est quasi-certain.
– Mais les enfants dans l'affaire ? Personne ne m'a informé, moi ! s'écria Zibulinion entre tristesse et colère. Ma mère m'a menti et lui, il me croit l'enfant d'un autre type avec lequel ma mère l'aurait trompé !
– Calme-toi. A ma connaissance, le père n'oublie pas l'enfant, juste ses ailes et ses pouvoirs. Cependant, je ne suis pas très calé sur la question. Mes deux parents étaient fées.
Zibulinion entendit à peine. La magie montait en lui et un sort se composa dans sa tête, un qui exprimait tout son chagrin d'avoir été privé de père, trahi par sa mère.
Dans le même temps Relhnad fit apparaître sa baguette et créa comme un champ autour d'eux tandis que ses magnifiques yeux se remplissaient de larmes. Sur les parois qui les entouraient désormais, de l'eau se mit à ruisseler et Zibulinion se mit à pleurer. Les fées n'étaient pas toute roses et pailletées comme dans les contes pour enfants. Elles avaient leur part d'ombre, leurs secrets. Ces histoires où les fées étaient aussi belles que dangereuses étaient moins répandues, mais elles existaient et ce n'était pas que de la fiction pour le coup.
Relhnad l'enlaça.
– Je ne connaissais pas ce sort-là, mais je peux t'affirmer que si je ne l'avais pas contenu, c'est toute l'école qui aurait partagé ta tristesse, la directrice compris. Ton énergie magique dépasse l'imagination.
– Je suis désolé. J'ai agis sans m'en rendre compte, murmura Zibulinion.
– Je sais et ce n'est pas la première fois. Tu l'as longtemps contenu en toi, et contrairement autres fées, ton premier réflexe n'est pas d'utiliser la  magie, mais peu à peu elle te devient aussi naturelle que tu respires. Il faut dire que tu es obligé de t'en servir en permanence avec ton illusion. En tout les cas, ta peine est légitime et dès que tu maîtriseras la téléportation, nous pourrons rendre visite à ton père et peut-être arranger les choses. Je ne peux pas t'emmener avec ma seule magie, cela nécessiterait plus d'énergie que je n'en possède pour une aussi longue distance.
– Mais je n'ai pas le droit, n'est-ce pas ?
– Selon la loi féérique, non. Cependant, il y a une petite chance que nous parvenions à ce que ton père te reconnaisse comme son fils sans le remettre dans le secret de l'existence des fées.
– Même si c'est interdit, vous m'aiderez ?
– Oui, Zibu. Pour toi, je suis prêt à toutes les transgressions.
Zibulinion, toujours bouleversé, esquissa un pauvre sourire. Leur relation elle-même en était une.
Il voulut refaire immédiatement un test de téléportation, mais Relhnad refusa. Il trouvait que l'adolescent n'était pas en état. Il le garda contre lui longuement, puis le quitta sur un long baiser qui contenait tout son amour.
C'est le cœur moins lourd que Zibulinion repartit vers l'école.

Cette nuit-là, il fit un cauchemar où la directrice qui le convoquait dans son bureau après le dîner, sous les traits de Noinilubiza. Excepté que ce n'était pas un rêve. Zibulinion se réveilla aussitôt en sursaut et en sueur, incapable de se rendormir. Le passage de la directrice dans son rêve avait été bref et violent, mais sa fureur ne lui avait pas échappé.

mardi 3 juin 2014

Au Zoo Interplanétaire - 6

Merwan regarda l'alien s'éloigner sur la plateforme circulaire et se laissa glisser sur le sol. Ses jambes ne le portaient plus. "Violé par les extraterrestres" ce type de mauvais film porno devait exister, même s'il n'en avait jamais vu de sa vie. A la place, il l'avait vécu. De multiples frissons le parcoururent. Les tentacules invasifs de l'alien avaient couru sur tout son corps, allant jusqu'à brièvement entrer dans ses oreilles et ses narines. Un s'était insinué dans la raie de ses fesses et avait plongé profondément en lui, tandis que les autres continuaient à le palper partout, y compris à l'entrejambe. Le tentacule s'était enroulé autour de son pénis, l'excitant malgré lui, malgré son dégoût. Toutes ses simulations l'avaient conduit à la jouissance. Il en avait pleuré. L'alien avait aspiré le sperme comme les larmes, lui avait fait ingéré de force un infâme liquide et l'avait ramené dans sa prison. Il se sentait totalement perdu. L'alien l'avait certes réduit à l'impuissance, mais il n'avait pas été violent. Tout ça avait eu quelque chose de clinique.
Incapable de fermer l'œil en dépit de sa fatigue, Merwan se prit la tête des heures durant, peinant à croire que ce qu'il vivait était réel. Par moments, il lui semblait que les tentacules de l'alien étaient toujours sur lui.
Quand le ciel orange se barra de violet, une cacophonie et des grésillements se firent entendre et bientôt les allées se remplirent à nouveau de créatures monstrueuses. Une "nouvelle journée" commençait et Merwan était déjà épuisé. Il se roula en boule et tenta de dormir, mais c'était impossible. Le sol était trop dur. Il se redressa, mais resta recroquevillé. Il espérait vaguement que son immobilité le rendrait inintéressant et que les créatures ne s'attarderaient pas devant sa cage. C'était cependant peine perdue, car le flot des visiteurs ne se tarissait pas. Chaque fois qu'il devait faire ses besoins, c'était affreux.
A un moment, une plateforme descendit vers sa cage. Une créature ressemblant à un espèce de huit avec des pattes lui lança un genre de bouteille.
Si Merwan ne se trompait pas les aliens sur plateforme travaillaient pour le zoo. Il hésita longuement, puis but. Il reconnut le goût bizarre du liquide que la créature à tentacules lui avait fait avaler la veille. C'était comme un cocktail où des liquides incompatibles auraient été mélangés genre jus de courgette et de fraise. Néanmoins, c'était désaltérant. Un bête verre d'eau tiré du robinet eut été meilleur, mais Merwan n'avait pas voix au chapitre. Un morceau de pain comme repas eut été délicieux. Il s’achetait invariablement une baguette fraîche tous les matins.
C'était horrible de se dire qu'il n'en mangerait sûrement plus jamais, mais ce n'était rien quand il songeait qu'il ne reverrait sans doute jamais plus ses parents et amis, car en admettant qu'il parvienne à s'échapper de sa cage, comment rentrerait-il sur sa planète ? A moins qu'il ne fasse la même découverte qu'à la fin de La Planète des singes... Il s'accrochait encore à l'espoir que tout ça ne soit qu'une expérience scientifique d'un savant fou, mais il se doutait qu'il n'en était rien. Les tentacules qui s'étaient enroulés autour de son corps hier l'obligeaient à admettre qu'il était bel et bien entre les « mains » d'extraterrestres. Qu'aurait fait son ami Mathias à sa place ? Comment son entourage vivait-il sa disparition? Qu'allait-il devenir ? Autant de questions sans réponse parce qu'il était désespérément seul au milieu de ses étranges créatures.
Les tintements accompagnées de grincements vidèrent les allées et peu après, l'alien à tentacules réapparut sur sa plateforme. Même s'il redoutait ce qui l'attendait, Merwan ne chercha pas à esquiver les tentacules qui se tendaient vers lui. Entre le manque de sommeil et la tension à être regardé comme une bête curieuse par des êtres étranges, il était à bout de force.

lundi 2 juin 2014

Au Zoo Interplanétaire - 5

Zyxx libéra partiellement l'animal à la peau marron pâle qu'il tenait entre ses tentacules. Cette nouvelle addition au zoo interplanétaire n'avait rien de fascinant. Elle était peu poilue, la majorité des poils était situé sur le haut l'animal : une touffe noirâtre peu engageante. Ses cris inarticulés étaient désagréables à entendre.
Néanmoins, c'était son job en tant que médecin animalier de veiller à sa santé. Ce qui était dommage, c'est que le directeur, avait encore jugé bon de mettre le nouvel animal à la vue de tous sans lui laisser le temps de l'examiner au préalable en situation stable. Ce n'était pas la première ni la dernière fois qu'il se permettait ça, sous prétexte que l'annonce de nouveaux arrivants avaient été annoncé, que la capture avait pris plus de temps que prévu et qu'il ne voulait pas décevoir le public. Il ne voulait surtout pas avoir à rembourser les billets pour publicité mensongère, oui.
La bestiole hurla encore. Zyxx lui tapota sa touffe, espérant l'apaiser et commença à l'examiner dans tous les coins, recoins et orifices possibles à l'aide de ses tentacules. Le bipède lui mordit celui qu'il lui avait glissé dans la bouche, étouffant les sons qu'elle émettait. Zyxx ne le retira pas, car cela ne lui faisait pas spécialement mal et continua son exploration. Le plus petit membre de son patient s'était allongé et avait durci. Il le massa plus vivement, intrigué. Un liquide blanc jaillit. Zyxx le recueillit dans un de ses tentacules à trompe pour examen ultérieur. C'était doux-amer. Le bipède, le souffle court, émit une plainte et quelque chose coula de ses yeux. Zyxx l'aspira également - c'était légèrement salé -  et relâcha les deux échantillons dans des tubes stériles.
L'animal était à présent presque inerte dans ses tentacules. Son examen indiquait qu'il était en manque liquide ce qui était curieux puisqu'il venait d'en produire, mais qu'importe.
Zyxx étira un de ses tentacules jusqu'au placard et récupéra une bouteille de soupe nutritive dont il vida le contenu par son tentacule dédié aux réserves alimentaires avant de le ré-expulser dans la bouche de l'animal qui l'avala, non sans en perdre une partie qui glissa sur son corps. Zyxx l'essuya avec son tentacule nettoyeur. De nouvelles gouttes perlèrent aux yeux de l'animal qui décidément ne semblait pas au mieux de sa forme.
En même temps, c'était normal, il avait été brutalement arraché à son milieu naturel. Il allait lui falloir du temps pour s'adapter à son nouvel environnement. Les autres animaux qui provenaient de la même planète que lui paraissaient moins perturbés, mais d'après le rapport plus que succinct des captureurs, ils vivaient déjà en cage au moment de leur enlèvement.
— Tout va bien aller, petit bipède. Je vais bien m'occuper de toi. Je veillerai à ce que tu ne manques rien. Et ne t'en fais pas, tu devrais bientôt avoir de la compagnie.
Zyxx ramena l'animal dans sa cage - celui-ci était nettement plus calme qu'à l'aller - et l'y laissa.
Il était soulagé d'en avoir fini avec lui. Les animaux inconnus attrapés sur les planètes éloignées étaient les plus durs à soigner et il s'en était déjà occupé de six depuis la fermeture du zoo. Les animaux déjà répertoriés étaient autrement plus simples. Pour les autres, il fallait tâtonner, deviner, étudier de zéro leur biologie, leur alimentation, leur mode de reproduction...
Zyxx poursuivit son tour, guérissant animaux à pattes, ailes, poils, plumes qui en avaient besoin jusqu'à ce que les raies du ciel verdissent, avant de rentrer dans son logis, un confortable cube de trois étages. Enfin, il allait pouvoir délasser ses tentacules.