mercredi 5 février 2014

Le garçon fée - 150

Il se réveilla fatigué le lendemain, triste et amer des reproches qui lui avaient été adressés. Au petit déjeuner, les filles fées de 11ème et 12ème année firent preuve de froideur à son égard. Lalloréa avait dû échauffer les esprits. Un bonjour souriant de Neyenje réconforta un peu Zibulinion.
Dans la cour intérieure, sur l'estrade, les premières fées passèrent. Pluies de pétales, fabuleux arc-en-ciels, ballets de moineaux... Toute la gamme féerique y passa.
Waltharan, d'une graine, fit pousser un pommier dont il récolta et distribua les fruits aux spectateurs avant que les branches de l'arbre ne se rétracte et que son tronc diminue jusqu'il redevienne un simple pépin.
Lalloréa, pour sa part, matérialisa des guirlandes de cœurs géants dont elle décora brièvement les sinistres murs de Daroilak.
Neyenje, lui, opta pour un feu d'artifice d'éblouissantes couleurs dans le ciel, des fleurs de lumières qui, en tombant, se transformaient en authentiques bouquets qui atterrissaient dans les mains des spectatrices. Les garçons eux n'eurent le droit à rien, excepté Zibulinion qui y plongea le nez avec plaisir pour en humer la senteur. Ces quelques fleurs étaient la preuve qu'il était rentré dans les bonnes grâces de Neyenje et que ce dernier respectait le secret de sa véritable identité.

Quand vint son tour, Zibulinion ne chercha pas à enchanter ses camarades fées parce que les satisfaire semblait perdu d'avance. Il ne s'essaya pas à la sorcellerie pour autant, il y avait un tabou là-dessus et c'eût été de la folie qu'il fasse sa première tentative en public.
A la place, Zibulinion tenta de plaire aux élèves de Daroilak en appelant à lui des animaux que ces derniers affectionnaient : araignées de tout poil, cafards, grenouilles, crapauds, rats, corbeaux et chauve-souris.
Les fées s'agitèrent inconfortablement en voyant un nuage de corbeaux et de chauve-souris obscurcir le bleu du ciel pendant que des batraciens sautaient  partout et que des araignées et des cafards rampaient jusqu'à l'estrade, accompagnés de rongeurs.
En revanche, à cette arrivée massive d'animaux selon leur cœur, sorciers et sorcières se mirent à applaudir avec énergie. Aucune des autres démonstrations féériques n'avait eu le droit à des acclamations.
Zibulinion dispersa ensuite tous les animaux, invitant les araignées à ne pas toutes retourner à l'intérieur de Daroilak.
Dès qu'il fut descendu de l'estrade, leur accompagnatrice l'empoigna vivement par l'aile.
– Comment as-tu osé ?! Je ferai mon rapport à la directrice et crois-mois, tu ne t'en tireras pas sans punition. D'ailleurs, c'est le renvoi que tu mériterais !
– Je... commença Zibulinion.
– Retourne à ta place, coupa-t-elle en le relâchant.
L'aile endolorie, Zibulinion obtempéra. Les fées s'écartèrent de lui. C'était prévisible, presque risible, mais l'adolescent en fut peiné.
Après son passage, les démonstrations des autres fées se poursuivirent sans grande originalité.
Au dîner, Zibulinion fut entouré par deux sièges vides. Quand Antenhyo passa à la fin du repas, l'accompagnatrice interdit à Zibulinion de le suivre.
En silence, le sorcier mal peigné articula « ri-di-cu-le »
En se couchant, comme son aile lui faisait toujours mal, Zibulinion voulut mettre à profit les quelques soins qu'il connaissait et découvrit qu'il avait été gratifié d'un sort punitif lui interdisant toute guérison et soulagement pendant le reste du séjour à Daroilak.
Cela ne lui fit pas regretter ce qu'il avait fait. Il en avait assez de chercher à complaire à ses pairs qui trouvaient toujours à redire.
Les animaux, c'était la spécialité des fées des bois. Ce n'était tout de même pas un crime de communiquer avec les animaux favoris des sorcières ! N'étaient-ils à Daroilak que pour rivaliser avec elles et non pour sympathiser ?

mardi 4 février 2014

Le garçon fée - 149

– Attends... Tu es en train de me dire que cette jolie fée n'est qu'une illusion ? demanda Neyenje, perplexe.
– Parfaitement ! Tout ça pour séduire...!
– Je n'arrive pas à le croire, répondit Neyenje dévisageant l'illusion de fée blonde adolescente avec une intensité troublante.
– Oui, c'est dur à avaler. L'illusion est à peine perceptible et si jamais on la repère, elle est opaque.
– Cela ouvre des perspectives...
– Je ne pense pas que je serais capable d'en créer une pareille... Tu n'es pas plus choqué que ça ?
Waltharan croyait que Neyenje parlait de l'illusion en elle-même, mais Zibulinion devina que Neyenje faisait allusion avec sa relation avec lui. Il est vrai qu'être ami avec lui quand il était sous son apparence ne pouvait susciter d'embarrassantes rumeurs... Tout au plus renforcer la réputation de séducteur de Neyenje
– Pourquoi le serais-je ? C'est une illusion admirable... Tu es un chanceux d'avoir été mis dans le secret.
Waltharan ne répondit rien. La dernière chose dont il devait avoir envie, c'était que Neyenje apprenne les circonstances dans lesquelles il s'était retrouvé au courant.
La réaction de Neyenje changeait agréablement de celle du fée des plantes. En même temps, la tromperie à son égard avait été moindre.
Zibulinion afin que Waltharan n'ait pas à fournir de détails embarrassants suggéra qu'ils aillent se coucher, en mentionnant les démonstrations de leurs talents qu'ils devaient réaliser le lendemain.
– Et voilà que maintenant tu te prétends raisonnable ! s'agaça Waltharan.
– Pourquoi es-tu remonté contre elle, enfin lui, comme ça ? s'enquit Neyenje.
– Des raisons, j'en ai des tonnes... Tu imagines si on découvre à quoi il ressemble en vrai ?
Neyenje passa une main songeuse dans ses longs cheveux d'un blond pâle presque blanc.
– Ce ne serait pas si terrible que ça, avança-t-il. Les sorcières se moqueraient de nous et point à la ligne. Ce serait plutôt les filles qui seraient embêtées qu'il les ait vues en tenues légères... Mais bon, ce n'est pas comme si Zibulinion avait pu se joindre à nous sous cet apparence sans qu'un adulte ne l'y autorise...
– C'est la directrice qui m'a inscrit, confirma Zibulinion, appréciant grandement le soutien de Neyenje.
Cela faisait du bien d'avoir quelqu'un de son côté, de retrouver Neyenje.
– Bon, j'y vais, grommela Waltharan.
Zibulinion n'osa pas lui souhaiter bonne nuit, mais Neyenje, lui, n'hésita pas.
– Je suis content d'avoir écouté ma curiosité et de vous avoir attendu pour démêler cette affaire entre Waltharan et toi. Il faudra qu'on reparle de tout ça... conclut le jeune homme fée avant de laisser Zibulinion qui gagna à son tour le dortoir, mais côté filles.
Lalloréa lui tomba aussitôt dessus en compagnie d'une autre fée de son âge.
– Tu es une traînée ! Tu aguiches tous les garçons fées, y compris les plus jeunes que toi et en plus, tu coures après les sorciers !
Elles déversèrent leur fiel durant de longues minutes sans que Zibulinion ne puisse se défendre. Et quand elles décidèrent qu'elles en avaient finies, elles le plantèrent là et une immense lassitude s'abattit sur Zibulinion.
Lui séducteur ? Si peu... Il avait voulu plaire à Folebiol et était prêt à beaucoup pour attirer l'attention de Relhnad, mais il n'avait en réalité jamais rien fait.
Au fond, même en faisant des efforts, il ne serait jamais un fée comme les autres. Aucune illusion au monde n'y changerait rien. Il était incapable de se couler dans le moule.

lundi 3 février 2014

Le garçon fée - 148

– Avec le rigolo à la mèche peinturée en blanc ? Hors de question ! s'écria Antenho.
– C'est naturel ! Et si cela ne te plaît pas que je vienne avec vous, tu n'as qu'à aller voir ailleurs, tout seul ! riposta Waltharan.
Antenhyo l'ignora et se tourna vers Zibulinion pour signifier qu'il acceptait. Néanmoins, il posa comme condition que Waltharan reste à une certaine distance d'eux.
Cela ne dérangeait pas Zibulinion et le fée des plantes ne protesta pas, même s'il était clair comme de l'eau de roche que cela ne lui plaisait pas du tout.
Ils quittèrent donc tous les trois le réfectoire. De temps à autre, tandis que Antenhyo se vantait de sa démonstration de l'après-midi, Zibulinion jetait un coup d'œil en arrière, vérifiant que le fée des plantes suivait toujours.
– Tu l'as embauché pour qu'il te serve de garde du corps ? s'enquit Antenhyo avec agacement alors qu'ils arrivaient à la salle de repos.
– Mais non...
Ils entrèrent. Antenhyo ne se donna pas la peine de tenir la porte à Waltharan qui dut la rouvrir un instant plus tard.
Son mécontentement se lisait sur son visage et Zibulinion lui adressa un regard désolé qui n'adoucit en rien l'humeur du fée des plantes.
Antenhyo invita Zibulinion à se mettre près des fenêtres, à l'exact opposé de Waltharan.
Les rideaux de velours rouge n'étaient pas tirées et à travers la vitre, s'étendait la nuit noire. Ils étaient presque dans la même situation que la veille, comme si les dernières vingt-quatre heures n'avaient pas eu lieu et Antenhyo reprit d'ailleurs la conversation là où elle avait été interrompue :
– Je ne relèverai pas ton défi de découvrir quelle est ta vraie apparence par la magie, car tu es assez douée pour contrer mes sortilèges, ce qui nous ramènerait au point de départ.
– Je ne crois pas que j'en serais capable. Mais de toute façon quelle importance que je sois une jolie fée ou un sac de pommes de terre ?
Cette petite question était la seule parade qu'il avait trouvé à la curiosité d'Antenhyo. Elle fit mouche. Le sorcier parut désarçonné. Il y eut un blanc.
– Je ne sais pas, déclara-t-il enfin. Mais quand même ce serait cocasse que tu ne sois pas une fée, mais un fée vilain comme un peigne...
Zibulinion, en dépit ou peut-être à cause, du fait qu'il était tendu, fut pris d'un fou rire incontrôlable en entendant cette expression sortir de la bouche du sorcier tout ébouriffé.
Antenhyo fronça les sourcils, de même que Waltharan qui, adossé à la porte de la salle de repos, rongeait son frein.
Zibulinion, toujours pouffant, demanda au sorcier si c'est parce que les peignes n'avaient aucune grâce à ses yeux qu'il ne s'en servait jamais, puis craignant l'avoir offensé, il recouvra son sérieux et présenta ses excuses.
Antenhyo, loin de le prendre mal, expliqua avec fierté que les sorciers ne passaient pas des heures à se pomponner devant leur miroir, eux. C'était une tare des fées ! Du temps perdu !
– Nous devons suivre un cours d'élégance, l'informa Zibulinion, songeant qu'être sorcier lui aurait mieux convenu, s'il n'avait pas eu d'ailes.
– Ridicule ! Je vomis sur vos cheveux bien lissés et pailletés ! Comme si ce qui était beau pour vous l'était pour tout le monde !
Indépendamment de la critique familière des fées, la réflexion sur la relativité de la beauté interpella Zibulinion. Peut-être n'était-il pas laid aux yeux de tous ? Peut-être quelqu'un quelque part, même s'il ne se paraît d'aucune illusion, le considérait beau ? Peut-être Relhnad... Non, cela tenait du doux rêve utopique...
Antenhyo reprit :
– Tu as raison. Je n'ai pas besoin de savoir à quoi tu ressembles. Cependant, d'un point de vue magique, si ton apparence actuelle est créée de toutes pièces, je ne peux que te tirer mon chapeau.
Zibulinion se mit à respirer plus librement et changea de sujet.
– En tous les cas, ta magie est plus impressionnante que la mienne. Comment as-tu fait pour qu'on ne soit pas mouillé tout à l'heure ?
Antenhyo exposait avec moult de détails la manière dont il avait procédé, quand Waltharan lança :
– Vous n'avez pas bientôt fini de papoter tous les deux ? Il doit être super tard.
Zibulinion s'en voulut d'avoir oublié le fée des plantes, absorbé par les propos du sorcier.
– En plus d'être pot de colle, tu es pénible, commenta Antenhyo.
Prévenant l'explosion de Waltharan, Zibulinion lui donna raison. Le sorcier tint cependant à terminer ses explications avant de laisser Zibulinion partir. Il insista ensuite pour « la » raccompagner dans le quartier attribuée aux fées, obligeant Waltharan à marcher quelques pas derrière eux.
Juste avant le couloir menant au dortoir, il souhaita à Zibulinion que la nuit lui porte conseil pour donner le meilleur de lui-même sur l'estrade le lendemain.
Dès qu'il fut parti, Waltharan, en trois enjambées fut sur Zibulinion et l'engueula :
– Tu minaudais avec lui... Cela t'amusait de me faire poireauter, hein ?
Zibulinion rentra la tête dans les épaules, il savait avoir exagéré, mais en même temps, il n'avait pas demandé à Waltharan de l'accompagner...
Waltharan continua :
– Je ne sais pas ce qui me retient de te frapper...
– Moi ! s'exclama Neyenje, en surgissant du coin du couloir où se trouvait leur dortoir. Tu n'as pas daigné me dire pourquoi tu lui en veux autant, mais rien ne justifie de lever la main sur une fille !
– Et si c'est un garçon, c'est bon ? riposta Waltharan, les phalanges blanchies tellement il serrait
fort les poings.
– Le combat serait à armes égales au moins... Mais qu'est-ce que tu racontes ?
Zibulinion pressentit que Waltharan allait craquer et que bientôt son secret n'en serait plus un pour Neyenje... Mais il n'eut pas le temps d'intervenir, déjà Waltharan lâchait d'une voix furieuse :
– Alors, je peux, cette fille, c'est Zibulinion, tu n'as pas à jouer le chevalier en armure !