mardi 7 janvier 2014

Le garçon fée - 132

Le fée des plantes reprit :
– Tu es un fée. Un mauvais fée. Je ne sais pas pourquoi j'ai encore perdu du temps avec toi... Ton attirance pour les sorciers le prouve, tu es irrécupérable !
Waltharan tourna les talons et planta là Zibulinion qui se massa pensivement le bras à l'endroit où le fée des plantes l'avait tenu.
Pour lui, la féerie était proche de la sorcellerie et les deux étaient des objets d'études fascinants. Même en ayant lu le récit des batailles entre fées et sorcières, il ne comprenait pas pourquoi elles étaient en opposition perpétuelle.
Les fées se revendiquaient comme bonnes, mais n'étaient pas gentilles pour autant et certainement pas tolérantes, la directrice de Valeiage en était un parfait exemple. Quant aux sorcières, elles étaient cataloguées comme méchantes, mais ne faisaient rien de mal...
Sans se soucier des mises en garde de Waltharan, Zibulinion attendit  donc Antenhyo à la fin du dîner à la sortie du réfectoire. Le sorcier toujours tout ébouriffé arriva accompagné, mais renvoya ses camarades. Autour d'eux, les fées commentèrent à mi-voix le fait que l'une des leurs partent en compagnie d'un sorcier, ce qui déprima Zibulinion : quand ce n'était pas son apparence ou sa sexualité qui posait problème, c'était son comportement qui attirait l'attention...
– Où peut-on discuter tranquilles dans cette école ? demanda  Antenhyo.
– Il y a des bancs très confortables dans certains couloirs.
– A Daroilak, il y a des salles de détente dédiées, crut bon de préciser Antenhyo.
Zibulinion ne releva pas. Il avait déjà eu l'occasion de constater à de nombreuses reprises que le sorcier ébouriffé se sentait supérieur aux fées. Ses deux défaites envers « Noinilubiza » n'avaient pas le moins du monde ébranler sa conviction d'être meilleur, ce qui était impressionnant. C'était presque à se demander s'il ne s'était pas boosté magiquement sa confiance en lui comme le professeur de sorts l'avait fait pour aider Zibulinion, un peu plus d'un an auparavant... Relhnad... Le rythme des battements de cœur de Zibulinion s'accéléra... Il avait envie de le voir...
Se rendant compte qu'il n'écoutait plus Anthenyo, Zibulinion s'efforça de se recentrer sur le moment présent.
Le sorcier qui ne s'était pas aperçu de la distraction de Zibulinion vantait les avantages de Daroilak sur  Valeiage : son école était solide, durable, efficace, dépourvue des ridicules froufrous, paillettes et dentelles qui ornaient Valeiage.
Zibulinion se lassa vite de ses propos sur la décoration de leurs écoles respectives et réorienta avec succès la conversation sur la sorcellerie.
Antenhyo monopolisa alors la parole et ils ne se quittèrent que peu de temps avant le couvre-feu sans que Zibulinion n'ait réussi à dire plus de trois mots sur la magie des fées :
quand il avait tenté de détailler le fonctionnement de la féerie pour mettre en valeur sa proximité avec la sorcellerie, Antenhyo, trop convaincu de la supériorité de la magie des sorciers, avait très clairement exprimé son absence d'intérêt sur la question.

lundi 6 janvier 2014

Le garçon fée - 131

Ils avancèrent dans le couloir vers une destination non déterminée dans un silence pesant, leurs pas résonnant sur le plancher. Au bout de quelques minutes à ce régime, son bras commençant à lui faire mal, Zibulinion demanda à Waltharan où ils allaient. La perspective d'un tête à tête dans les toilettes, comme la dernière fois, ne l'emballait pas du tout. Le fée des plantes avec sa franchise sans fard pouvait parfois se montrer dur.
Waltharan s'arrêta net.
– Nulle part en particulier. A l'abri des oreilles indiscrètes et puisqu'il n'y a personne ici... Tu es vraiment un tordu de première catégorie ! Fricoter avec les sorciers et tenter d'en aguicher un... Tu joues vraiment avec le feu. Si tu étais découvert, ce serait pris comme une insulte et ce serait mauvais pour nos relations avec l'école de Daroilak et les sorciers en général.
– Je ne faisais que bavarder, contra Zibulinion, trouvant l'accusation injuste.
– Les fées n'ont pas à écouter les sorciers, mais je suppose que tu n'es pas une infraction près. Comment as-tu réussi à être inscrit aux épreuves sous ton illusoire identité ?
Zibulinion hésita, mais révéla que c'était la directrice qui avait décidé ça : sa véritable apparence n'était pas assez fée et pour une raison qu'il lui échappait, elle tenait à ce qu'il participe.
– Je ne suis pas naïf au point de croire ces mensonges, même si je reconnais que tu m'as roulé en beauté « Noinilubiza. »
Le mépris qui suintait dans la voix de Waltharan en prononçant le prénom son illusoire apparence féminine n'échappa pas à Zibulinion qui se sentit stupide d'avoir quitté  Antenhyo et ses passionnantes explications dans l'espoir d'une réconciliation avec le fée des plantes.
– Je n'ai jamais voulu me moquer de toi. Mais pense ce que tu veux et lâche-moi, s'il te plaît.
– Pas avant que tu n'aies promis de poser un lapin à ton sorcier mal peigné, répliqua Waltharan. Pas sous cette apparence, ajouta-t-il, son visage laissant entrevoir une expression douloureuse qui permit à Zibulinion de supposer que le fée des plantes avait toujours des sentiments pour Noinilubiza et qu'il souffrait que la fille de son cœur n'existe pas pour de vrai.
Peut-être même était-il jaloux du temps que « cette dernière » accordait à un autre garçon...
– Je doute qu'il veuille discuter avec un garçon fée qu'il ne connait pas. Antenhyo n'as pas plus de considérations pour les fées que tu n'en as pour les sorciers.
– Parce que tu n'es pas un fée, toi peut-être ?
Cette question qui n'en était pas vraiment une perturba Zibulinion. Il savait qu'il était un fée. Il en avait les ailes et les pouvoirs magiques, mais il n'avait pas l'impression d'appartenir au monde féerique. Il faut dire que jusqu'à ses quinze ans, il avait été tenu à l'écart de la magie par sa mère, n'apprenant que le strict nécessaire pour vivre parmi les humains : cacher ses ailes et taire sa différence.

vendredi 3 janvier 2014

Le garçon fée - 130

Antenhyo haussa les épaules, balaya d'un geste négligent de la main cette critique et refusa d'accepter les défaites qui lui étaient attribuées. Les épreuves étaient organisées par les fées et étaient, selon lui, biaisées au moment de départager les candidats. Par ailleurs, les limites de temps lui paraissaient ridicules, la vitesse n'ayant rien à voir avec la puissance. Enfin, pour une fée, Noinilubiza était fréquentable puisqu'elle reconnaissait les mérites de la sorcellerie. Sur ce point, les camarades du sorcier ébouriffé se montrèrent incrédules. Cependant, Antenhyo qui semblait avoir une certaine autorité sur le petit groupe de sorciers et sorcières leur intima le silence et continua à Zibulinion la grandeur des potions magiques que les fées dédaignaient bêtement.
Zibulinion l'écouta avec attention, sans se laisser distraire par les sorciers et sorcières qui l'entouraient. Leur présence le gênait, mais en même temps il ne trouvait pas cela désagréable d'être avec des gens qui ne possédaient pas l'éclatante beauté des fées. Dans le lot, certains étaient même plutôt vilains, sans ressembler pour autant à l'imagerie des livres : pas de verrues, à peine un ou deux nez crochus. 
En plein milieu de l'explication d'Antenhyo sur l'efficacité des potions, Waltharan fendit tout à coup le cercle de sorciers et sorcières et attrapa Zibulinion par le bras avec fermeté.
– Viens avec moi.
– Hein ?
Zibulinion n'en revenait pas. Waltharan qui l'ignorait avec soin depuis qu'il avait appris la vérité sur  Noinilubiza, non content de lui parler, le touchait...
– Dis donc, le fée, tu m'as bousculé, grogna une des sorcières.
– Nous sommes en pleine discussion. Cela te pose un problème ? demanda Antenhyo avec sécheresse.
– Non, répondit Waltharan.
– Laisse-nous, alors. Nous ne l'embêtons pas, si c'est la raison de ton interruption intempestive.
Zibulinion doutait fort que Waltharan l'ait cru dans une situation inconfortable et soit venu à sa rescousse et comme de juste le fée des plantes nia :
– J'ai à lui parler, c'est tout.
C'était soudain et curieux, mais Zibulinion s'en réjouit. Il s'en voulait toujours d'avoir blessé Waltharan avec son illusion féminine. Il était prêt à le suivre quand Antenhyo proposa qu'ils se retrouvent le soir, après le dîner, pour poursuivre leur discussion.
Waltharan refusa à la place de Zibulinion.
– Non, mais, pour qui tu te prends ? Tu es son petit copain ou quoi ? attaqua Antenhyo.
– Ah, ça non ! protesta Waltharan, appuyant sa négation d'un mouvement d'ailes qui manqua de peu de toucher un des sorciers.
– Tu n'as alors vraiment aucune raison de répondre pour elle. Surtout qu'elle est ton aînée, si j'ai bien suivi votre absurde code de couleur d'uniformes.
Le ton montait. Zibulinion craignant que cela dégénère et que Waltaran ne révèle sa véritable identité, se dépêcha de promettre à Antenhyo qu'il l'attendrait à la sortie du réfectoire et manifesta sa volonté d'écouter ce que Waltharan avait à lui dire. La tension était palpable, mais finalement le fée des plantes hocha la tête.
– A ce soir ! lança Antenhyo tandis qu'ils s'éloignaient, les doigts de Waltharan serrés sur le bras de Zibulinion comme s'il craignait que ce dernier ne prenne la fuite.