jeudi 3 février 2011

Fleur Bleue - 21

Il grimaça quand son fils révéla que l'ami qui venait à Noël était son instituteur, puis haussa les épaules. Au fond, cela ne changeait rien : ils ne se rendraient pas chez les parents de Katia cette année. Peu importait ce que dirait belle-maman, il n'en démordrait pas !
– Papa, elle veut te parler à nouveau. Je vais t'attendre dans ma chambre. Dépêche-toi, hein ? déclara Misha en lui tendant le combiné.
Vlad le prit du bout des doigts comme s'il s'agissait d'un serpent venimeux. Il aurait aimé suivre son fils et retourner s'amuser...
– N'es-tu pas tombé sur la tête d'avoir invité l'instituteur de Misha pour Noël ?! Le pauvre homme a dû être bien ennuyé par ta proposition !
– Je ne crois pas non. Il est en froid avec sa famille, alors plutôt que passer Noël tout seul...
– Et quel est le motif de la dispute ? Sûrement, cet homme a quelque chose à se reprocher. Non, vraiment, je ne te comprends pas. Si encore était agi d'une institutrice... A moins que non... Vraiment, c'est impossible ! Ne me dis pas qu'il est gay et que toi aussi, tu...
Vlad dont l'énervement était monté progressivement au fur et à mesure de la conversation, n'y tint plus et explosa :
– La sexualité de M.Yamatatomo le regarde. La mienne aussi. Et franchement, qu'allez-vous imaginer ? L'homosexualité n'a rien d'une maladie contagieuse !
Comprenant qu'elle était allée trop loin, son interlocutrice fit marche arrière.
– Oui, bien sûr. Tu connais mon imagination débordante... Je m'inquiète juste pour mon merveilleux petit-fils. Je ne voudrais pas qu'il lui arrive quelque chose... ou qu'il subisse de mauvaises influences.
Pour la millième fois depuis qu'il avait rencontré son épouse, Vlad se demanda comment une femme comme Pauline si pleine de préjugés avait pu mettre au monde quelqu'un d'aussi tolérant que Katia. Il renonça à lui expliquer que même si l'instituteur de Misha était intéressé par les hommes, cela ne voulait ni dire qu'il était pédophile, ni faisait de lui un mauvais professeur.
– Le bien-être de Misha est également très cher à mon cœur. Je ne ferais rien qui pourrait lui causer du tort.
– Oui, bien sûr, je n'en doute pas. Bref, si vous insistez pour faire Noël de votre côté, pouvons-nous au moins espérer vous avoir pour le réveillon ?
Vlad regretta intérieurement qu'il fut impoli de refuser de but en blanc. Il essaya d'esquiver la chose.
– Je ne sais pas encore ce que nous ferons. Misha a du mal à rester éveillé tard.
– Il est vrai que l'année dernière vous n'avez pas fêté le Nouvel An, mais vraiment tu pourrais faire un effort. Cela nous ferait tellement plaisir.

mercredi 2 février 2011

Fleur Bleue - 20

Atterré que sa belle-mère cherche à le caser le jour de Noël, il se retint de justesse de lui raccrocher au nez. Misha serait triste s'il se fâchait avec les seuls grands parents qu'il avait, le père et la mère de Vlad étant décédés.
– Je suis désolé, mais c'est décidé, nous fêterons cette année Noël à la maison.
– Allons, c'est impossible ! Ce sera sinistre, vraiment, avec juste toi et mon adorable petit-fils. Et puis, pas plus tard que la semaine dernière, tu m'as avoué que tu n'avais pas eu le temps de préparer quoique ce soit.
Vlad inspira à fond pour garder son calme. Il savait qu'il n'avait rien d'un boute-en-train, mais tout de même, aller jusqu'à dire que ce serait « sinistre »...
– Nous ne serons pas juste tout les deux. J'ai invité le pr... un ami.
La chose dut paraître tout bonnement invraisemblable à sa belle-mère, car Vlad entendit très nettement à l'autre bout du fil, un petit rire dérisoire. Était-si incroyable que ça qu'il put avoir un ami ? Oui, apparemment. En même temps, il était vrai qu'il n'en avait pas véritablement. Les amis qu'il avait, étaient en réalité ceux de Katia. Avec son boulot d'illustrateur freelance, il n'avait guère l'occasion de rencontrer du monde.
– Annule ou amène-le avec vous, mais venez ! Roza meurt d'envie de faire votre connaissance.
En combien de langues faudrait-il répéter à sa belle-mère qu'il ne voulait pas remplacer Katia ?
– La maison est décorée à présent et il est important pour Misha et moi de fêter Noël ici.
Cela constituerait une étape de plus dans le long et douloureux processus de deuil. Deux ans s'étaient écoulés, mais Katia lui manquait toujours autant.
– Nous avons été si heureux d'avoir Misha les années précédentes. Sa cousine Charlotte sera également bien triste. Vraiment, ce serait cruel de ta part de nous priver de sa présence.
L'arrivée de Misha dans la pièce empêcha Vlad de répondre à cette tentative de culpabilisation.
– Papa, c'est qui ? Pourquoi tu mets tant de temps à revenir ? C'est ton tour.
Vlad se tourna vers lui et dit à mi-voix :
– C'est ta mamie.
– Tu lui as dit, hein, qu'on faisait Noël ici ?
Vlad hocha la tête et reprit sa conversation avec sa belle-mère.
– Désolé pour l'interruption...
– J'ai cru entendre Misha. Tu me le passes ? demanda Pauline d'un ton qui ne laissait pas la place à la discussion.
Il tendit le téléphone à son fils qui le prit en faisant une petite moue. Il préférait nettement son grand-père à sa mamie.
Vlad resta à côté, écoutant les réponses de Misha. Il comprit très vite qu'ayant échoué auprès de lui, elle essayait de convaincre l'enfant.

mardi 1 février 2011

Fleur Bleue - 19

Quand Vlad émergea, il était 9 heures et quart du matin. Encore ensommeillé, il s'étira en baillant et se força à se lever, sachant que Misha devait l'attendre pour petit déjeuner. Il attrapa son peignoir accroché derrière la porte et traversa le couloir pour dire bonjour à son fils.
Il toqua et entra. Misha lisait tranquillement un magazine. Cependant, il se dépêcha de le poser et de bondir hors du lit en voyant son père.
– T'as dormi longtemps, j'ai faim, moi, décréta-t-il d'un ton accusateur.
– Cela m'a fatigué de porter le sapin et tout et tout hier, je ne suis plus jeune et débordant d'énergie comme toi.
– Tu dis n'importe quoi ! Je te parie que M.Yamatatomo, lui, il est en forme et debout depuis une heure.
– Je ne parierai pas à ta place, répliqua Vlad en essayant d'imaginer quelle tête Ludovic pouvait avoir au réveil.
Ses cheveux noir de jais, naturellement ébouriffés, devaient être tout fou sur sa tête et ses joues légèrement bronzées, marbrées par les plis du drap... Ou bien, Misha avait raison, et son professeur revenait de son jogging matinal, à peine essoufflé, un croissant à la main et une baguette sous le bras. Katia, elle, était du matin. C'était d'ailleurs elle qui trouvait le courage de sortir le dimanche matin pour chercher du pain frais à la boulangerie.
Tout en mangeant leur petit déjeuner composé de biscottes à la confiture et de lait chaud, ils parlèrent de ce qu'ils allait faire de leur dimanche.
Vlad qui avait été très occupé avec son travail ces derniers temps, se mit volontiers à la disposition de Misha pour la journée. Et c'est ainsi, qu'après leurs toilettes respectives, il se retrouva à jouer à « Qui perd gagne » à dix heures tapantes.
Ils étaient donc en pleine partie quand le téléphone fixe sonna, une demi-heure plus tard. Malgré les protestations de Misha qui n'était pas content que le jeu soit interrompu, Vlad alla décrocher. Cependant, à peine l'eut-il fait qu'il le regretta. Cette voix acidulée reconnaissable entre toutes, était celle de la mère de Katia.
– Ah ! Vlad ! C'est Pauline à l'appareil. Je te contacte à propos du 24. Je sais que toi et Misha, vous envisagez de passer Noël seuls tout les deux. Mais vraiment, c'est impensable, ce serait trop triste. Il faut absolument que vous veniez. J'ai invité les Rigaldi et les Matuld, des gens tout à fait charmants à faire la fête avec nous. La fille des Gloppos, Roza sera là aussi, ses parents ne pouvant pas rentrer en France cette année. Non, vraiment, il faut que tu viennes.