mercredi 13 octobre 2010

Mémoire Etoilée - 53

Suénor, dès qu'il eut pris connaissance du message de Maïlka, abandonna sa conquête du jour pour courir à l'hôpital. Il avait passé trois longues journées à se ronger les sangs, tentant de tromper son inquiétude en draguant tout ce qui bougeait et il se sentait incapable de patienter jusqu'au lendemain. Même si les horaires officiels de visites étaient terminés pour la journée, il était décidé à se débrouiller pour entrer dans l'hôpital.
Dans un premier temps, le garçon d'accueil lui opposa un refus très ferme, mais devant le sourire enjôleur de Suénor qui lui promettait de « faire tout ce qu'il voudrait s'il lui permettait d'entrer », il finit par céder.
Suénor le remercia et s'engagea dans le couloir qui conduisait aux chambres des malades. Cependant, il avait à peine fait quelques pas qu'il fut interpellé par une voix enfantine :
– Que faîtes-vous ici ? Les visites ne sont plus autorisées à cette heure.
– Je n'ai pas le temps de jouer, riposta Suénor avant de se retourner pour faire face à son interlocuteur.
Hélas, contrairement à ce que laissait penser sa tonalité, la voix n'émanait pas d'un enfant, mais un homme d'une quarantaine d'années qui portait une blouse rose pâle d'hôpital.
Devinant qu'il serait maladroit de s'excuser pour une erreur que les gens devaient souvent commettre, Suénor choisit de répondre sérieusement à la question que l'homme avait posé un peu plus tôt.
– J'ai reçu une dérogation spéciale.
– Vraiment ? Alors, où est votre badge ?
Suénor n'en avait pas. Il essaya d'user de son charme, mais n'obtint aucun résultat. Il opta alors pour une autre stratégie et fit appel au romantisme de son interlocuteur. Cette fois, cela fonctionna. L'homme accepta qu'il demeure un quart d'heure auprès de Maïlka et, pour s'assurer qu'il ne dépasserait pas le délai octroyé, il l'accompagna jusqu'à la porte de la chambre du jeune malade.
Suénor se glissa sans bruit dans la pièce. Maïlka le visage enfoui dans son oreiller sanglotait. Quand Suénor lui toucha légèrement l'épaule, il sursauta et tourna ses deux grands yeux scintillants de larmes vers lui.
– Les visites sont finies... Comment ? bégaya le jeune homme, embarrassé d'avoir été surpris en train de pleurer.
– Je me suis débrouillé, mais je n'ai pas le droit de rester longtemps. Tu souffres ? demanda Suénor avec sollicitude.
Maïlka qui n'avait pas précisé dans son message qu'il allait peut-être ne plus pouvoir remarcher et qu'il avait été rejeté par Dambert, craqua et raconta tout. Au cours du récit, Suénor s'assit sur le bord du lit, le prit dans ses bras, et lui caressa le dos pour le consoler. Maïlka, tout à son chagrin, s'abandonna entre ses bras.

mardi 12 octobre 2010

Mémoire Etoilée - 52

Izeorg déglutit, troublé qu'Elxy soit aussi près de la vérité. Il fallait à tout prix qu'il le lance sur une autre piste.
– Qu'est-ce que nous ferons s'il y a une autre attaque des Almortiens ?
– C'est ça qui te tracasse ? Je pense qu'on va d'ici peu nous attribuer un nouveau Glass. Cela prend plus de temps que d'habitude, car on a bien failli frôler la catastrophe avec la pénétration de la barrière.
– Mais pour Maïlka ?
– D'après son message, il risque de ne pas être opérationnel avant longtemps, aussi on devrait nous adjoindre un nouveau membre...
Elxy n'acheva pas sa phrase, catastrophé. Ils ne pourraient jamais cacher l'état d'Isaak à un nouveau pilote. Même s'il avait donné à son compagnon des cours de pilotage en accéléré, il aurait été déraisonnable de lui laisser prendre les commandes d'un véritable Glass en situation de combat. Maintenant, il comprenait mieux l'air troublé de son compagnon, ce qu'il ne s'expliquait pas, c'est qu'il n'ait pas formulé ses inquiétudes plus tôt.
– On est dans la merde ! s'exclama-t-il à mi-voix.
Izeorg acquiesça vigoureusement. Son amnésie était le fond du problème. Sa crise identitaire ne pourrait se résoudre que s'il parvenait à se souvenir. Hélas, ce n'était pas une affaire de volonté.
– Viens, on rentre !
Izeorg ne se fit pas prier pour quitter le dôme qui lui rappelait désagréablement la baie vitrée de ses rêves.
Une fois dans leur chambre, Elxy passa en revue les différentes options qui s'offraient à eux, les rejetant toutes systématiquement. Avouer aux autorités la perte de mémoire d'Isaak demeurait hors de question. Prendre un congé était impossible tant que de des pilotes fraîchement diplômés n'étaient pas venus renflouer les effectifs durement touchés lors de la dernière bataille. Obtenir une dispense impliquait qu'Isaak ait un grave souci de santé. D'un côté, il était peu probable qu'un docteur se laisse prendre à une maladie feinte, de l'autre, il était horrible d'infliger volontairement une blessure à Isaak. Le congé et la dispense étaient dans tous les cas des solutions temporaires. Mettre le nouveau pilote dans le secret présentait des risques élevés. Il n'y avait aucune garantie. Il suffisait que le pilote désapprouve et il les dénoncerait...

lundi 11 octobre 2010

Mémoire Etoilée - 51

Elxy regarda le profil mélancolique d'Isaak, se demandant ce qui le tourmentait ainsi. Depuis qu'ils étaient rentrés au vaisseau mère après leur sauvetage inattendu, Isaak paraissait soucieux. Elxy avait cru que son compagnon était inquiet pour la vie de leur ami Maïlka, mais ils venaient de recevoir un message de ce dernier, et Isaak semblait toujours être préoccupé.
En attendant de pouvoir visiter le jeune homme, les heures de visites de l'hôpital étant achevées pour la journée, Elxy avait amené son compagnon au dôme dans l'espoir de le distraire. Le lieu était très animé, car c'était le seul endroit du vaisseau mère où l'on pouvait admirer les étoiles, bien à l'abri derrière un quadruple vitrage. Cependant, au lieu d'être transporté par la beauté de l'espace étoilé, Isaak avait l'air encore plus sombre.
– Qu'est-ce qui ne va pas à la fin ? grommela Elxy.
Il dut répéter sa question. Plongé dans ses pensées, son compagnon ne l'avait pas entendu.
– Rien.
– Alors, pourquoi tu fais cette tête ?
– Quelle tête ?
– Quand tu es anxieux, tu as toujours ce pli-là sur le front, répondit Elxy en pointant le haut du visage de son partenaire.
Ce dernier s'empressa de se frotter le front pour essayer de faire disparaître le pli coupable. Elxy lui attrapa la main pour l'empêcher de continuer, et la porta à ses lèvres pour y déposer un baiser avant de la relâcher.
– Est-ce que tu crains toujours que je ne te considère pas comme une nouvelle personne ? Si c'est le cas, tu devrais pas, je t'aime autant qu'avant, si ce n'est plus.
En entendant ces mots, Izeorg fut traversé d'une douleur fulgurante doublée d'une joie sans nom. Il fut surpris par cette ambivalence. N'aurait-il dû pas être pleinement heureux d'avoir supplanté Isaak dans le cœur d'Elxy ? Pourquoi en éprouvait-il aussi de la souffrance ? Pour la millième fois depuis qu'il s'était souvenu de son vrai nom, Izeorg s'interrogea sur ce que signifiait réellement une infiltration. L'Almortien qui s'infiltrait dans le corps d'un humain tuait-il son âme ou ne faisait-il que le contrôler ? N'y avait-il vraiment plus qu'Izeorg dans le corps d'Isaak ? Le mystère restait entier. Pour savoir, il aurait fallu se rappeler de plus qu'un simple nom...
– Tu veux vraiment pas me dire ce qui te chiffonne autant ? insista Elxy comme son compagnon restait silencieux, le visage agité d'émotions violentes. Tu as encore fait un rêve avec des Almortiens ou quelque chose comme ça ? demanda-t-il continuant à essayer de deviner.