vendredi 29 janvier 2021

L'androïde amoureux - 14

Valérian se sentait mal à l’aise.
Déjà, à la base, cela ne l’avait pas enchanté que Jason s’incruste alors que c’était Alex qu’il avait invité, mais il avait accepté parce qu’il comprenait qu’en tant que nouveau venu, Jason soit également désireux de se faire des amis.
Ensuite, le coming-out de ce dernier l’avait désarçonné et il avait même failli se casser la figure quand Jason avait en quelque sorte sous entendu qu’il pourrait tomber amoureux de lui. Alex l’avait heureusement rattrapé, ce qui l’avait troublé aussi, mais d’une bonne façon. Ah, sa bouche tout près de son oreille… Valérian serait bien resté dans ses bras, n’en déplaise à Jason qui se posait là dans le genre bavard.
Jamais il ne s’arrêtait de poser des questions ou de faire des commentaires ! Du coup, Valérian n’avait pas réussi à apprendre quoi que ce soit sur Alex.
Jason et lui avaient beau être jumeaux et se ressembler énormément physiquement - même cheveux noirs, même yeux bleus - au niveau du caractère, c’était le grand écart.
Alex était bien plus calme que son frère en dépit de son humour spécial dont Valérian n’avait pu profiter, la faute à Jason qui paraissait décidé à le séduire. Il s’imaginait peut-être qu’il serait plus facile de mettre un garçon gay dans son lit qu’une fille. Non, parce qu’il était évident qu’il n’était pas vraiment intéressé par Valérian. Il n’avait accordé qu’une attention artificielle aux bijoux qu’il avait crées et son compliment sur son talent avait manqué de sincérité.
Il ne se rendait à priori pas compte du travail que chaque bijou représentait, pas comme Alex qui, demeuré quasi-silencieux depuis qu’ils s’étaient retrouvés à la sortie du lycée, avait voulu les observer plus longtemps.
Au contact de sa main sur sa peau, le cœur de Valérian s’était emballé, et, sans réfléchir, grisé à l’idée qu’Alex porte à son doigt ou son cou l’une de ses créations, il l’avait invité à en choisir un, oubliant momentanément la présence de Jason.
Cela n’avait pas duré.
Ses sous-entendus étaient lourds, ses regards insistants pesants. Mais Valérian ne voyait pas comment le lui faire comprendre, surtout qu’il y avait toujours la possibilité qu’il se fasse des idées...
— T’es gentil de nous faire un cadeau pareil, dit Jason, en se penchant d’une telle façon sur la boîte que tenait Valérian qu’il le collait.
— Puis-je vraiment en prendre un ? demanda Alex.
Valérian opina, curieux de voir lequel il choisirait.

jeudi 28 janvier 2021

L'androïde amoureux - 13

Ils se remirent en marche. Pendant tout le trajet jusqu’à la maison de Val, Jason monopolisa la conversation, enchaînant les questions : est-ce que Valérian avait des frères et sœurs ? Connaissait-il des coins sympas en ville ? Où avait-il acheté son pendentif arc-en-ciel ?
Alex enregistra chacune des réponses : Val avait une grande sœur étudiante, il y avait, entre autres, une piscine à toboggans, un musée de figurines et une église du XIIème siècle, Val avait fabriqué lui-même le bijou, c’était une des passions.
Alex n’eut pas l’opportunité de dire un mot. Ce n’était pas un problème en soi, mais il était capable de générer des sujets de conversation, et, d’après ce qu’il avait compris de la société humaine, il  aurait dû avoir son tour de parole.
Val les introduisit chez lui.
Alex essuya avec soin ses semelles sur le paillasson, chose que négligea son frère alors que c’était une règle de politesse commune. Il se déchaussa en revanche.
Val leur proposa de goûter, même s’il était déjà 17h07, soit 37 minutes après l’heure d’usage pour le faire. Alex ne le fit pas remarquer. Jason parlait toujours, demandant à Val sa boisson préférée.
Il se révéla que c’était le chocolat chaud. Il leur en prépara un.
Jason s’extasia sur sa recette qui consistait à plonger dans le lait chaud une barre de chocolat avant de saupoudrer de cannelle. Alex, lui, n’avait pas de papilles pour en profiter.
Ils se rendirent ensuite dans la chambre de Val. Elle faisait 9m2 et était dotée d’une fenêtre de 1150x 1250mm sous laquelle était installé un bureau chargé de feuilles, classeurs, stylos et livres. Le lit était sur le mur opposé avec, au-dessus, un poster où figurait un homme noir jouant au ballon.
— Ta chambre est super ! s’écria Jason qui, décidément, avait toujours quelque chose à dire. Tu ranges où les bijoux que tu crées ? Tu veux bien nous les montrer ?
Val ouvrit le premier tiroir de sa table de chevet et en sortit une boîte divisée en 24 petites cases qui contenait des bagues et pendentifs aux formes et couleurs variées.
— Tu as du talent ! s’exclama Jason après avoir regardé le tout durant 12 secondes, soit 2 secondes tout juste par création.
Comme Valérian s’apprêtait à les ranger, Alex posa avec délicatesse sa main sur son poignet pour l’en empêcher. Il voulait prendre le temps de graver chaque objet dans sa mémoire. Ils étaient peut-être inanimés, mais il avaient été fabriqués par Val comme Alex lui-même l’avait été par son père.
— S’il y en a un qui te plaît en particulier, cela me ferait plaisir de te le donner, déclara Val.
— Et s’il y en a un qui m’a tapé dans l’œil, l’offre est aussi valable pour moi ? s’enquit Jason, son regard non pas sur la boîte à bijoux, mais fixé sur Val.
— Oui, bien sûr, répondit Val en se raclant la gorge.

mercredi 27 janvier 2021

L'androïde amoureux - 12

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La cloche marquant la fin du dernier cours sonna.
Alex acheva de ranger ses affaires de classe. Il devait retrouver Val à la sortie du lycée pour se rendre chez lui. Ils s’étaient mis d’accord là-dessus ce matin, après qu’Alex ait demandé si Jason pouvait venir aussi – ordre de ce dernier.
Val avait accepté sans difficulté, bien qu’Alex ait détecté une légère déception sur son visage.
Il n’avait pas encore beaucoup de données à sa disposition sur les interactions humaines, mais il en était déjà arrivé à la conclusion qu’il y avait souvent un décalage entre ce qui était dit et ce qui était ressenti, même si les humains essayaient de dissimuler leurs émotions. Différents signaux les trahissaient : une inflexion dans leur voix, la posture de leurs épaules, les frémissements de leurs sourcils, les commissures de leurs lèvres.
Il ne parvenait cependant pas à déduire le pourquoi cette dissonance, pas encore, en tout cas.
— Mon frère m’a raconté comment tu avais été embêté hier… Tu as souvent ce genre d’ennuis ?
Jason mentait. Alex ne lui avait rien dit du tout, il l’avait vu, car c’était enregistré dans sa carte mémoire. Alex ne pouvait toutefois pas rétablir la vérité sous peine de trahir son secret.
— Occasionnellement, répondit Val.
— Je suppose que je ferais mieux de ne pas crier sur les toits que je suis bisexuel, alors, répliqua Jason.
La définition étant, individu qui est à la fois hétérosexuel et homosexuel, c’est-à-dire, attiré par les personnes de sexe opposé et de même sexe, cela impliquait que Jason éprouvait du désir pour les filles comme les garçons. C’était une information qu’il n’avait jamais partagée jusqu’alors, du moins pas devant Alex.
— Le choix t’appartient, déclara Val.
— J’y serais bien obligé si je tombe amoureux d’un garçon.
Val trébucha alors qu’il n’y avait pourtant aucun obstacle d’aucune sorte sur le trottoir.
Alex qui se tenait un pas derrière lui, l’attrapa par la taille pour lui éviter de chuter.
— Ça va ? demanda-t-il à voix basse, comme sa bouche était tout près de l’oreille de Val et que les humains avaient les tympans fragiles.
— Oui...i. Merci.
— Relâche-le maintenant, grommela Jason.
Alex s’exécuta… avec cinq bonnes secondes de décalage.