vendredi 29 mai 2020

Le fée féminin - 2

— Non, s’il-te-plaît, tu veux bien répéter…
— Non, Xavy, je n’en peux plus. Je deviens folle, toujours entre quatre murs avec toi à m’échiner à t’apprendre des sorts pour que tu deviennes un fée accompli alors que tu t’en moques, décréta Vyvyane en agitant furieusement ses ailes.
Xavy protesta, car c’était faux. Des larmes lui montèrent aux yeux. Il tenta de les retenir, les critiques de son père sur son émotivité encore toutes fraîches dans sa tête.
— Tu peux pleurer ! s’écria sa mère avant de claquer la porte.
Ses derniers temps, ce genre de scène se produisait de plus en plus souvent.
Xavy avait beau faire des efforts, il n’y arrivait pas. Ce n’était pas un manque d’intérêt de sa part. Il n’avait juste pas l’énergie, pas plus magique que physique. Même en utilisant judicieusement sa baguette, après trois ou quatre sorts, il était vidé.
Ses parents s’étaient même demandés si Xavy n’était pas victime d’une malédiction jetée par un sorcier, car après tout, fées et sorcières avaient longtemps été en guerre et qu’encore aujourd’hui, une grande rivalité persistaient entre elles, mais cette piste-là avait été étudiée et éliminée après une enquête du Comité des fées.
Xavy s’allongea et ferma les yeux. Il était capable, en théorie, de manipuler sa matière onirique pour se rêver d’autres vies, hélas, il n’avait pour ainsi dire jamais la force de le faire.
Il était prisonnier de son corps malade et de sa petite chambre dont il connaissait jusqu’au moindre fissures des murs : un plafond bleuté d’un blanc cotonneux, un grand lit en bois clair, une moquette d’un vert mousseux, un bureau et deux chaises en ébène, deux étagères pleine de livres et un clapier à deux niveaux qui abritait Lapilune, un adorable lapin au poil miel.
C’était un décor confortable pour un fée des bois comme lui, même s’il aurait aimé davantage d’animaux.
Il ne pouvait malheureusement pas se le permettre, ayant déjà assez de peine comme ça à s’occuper de Lapilune entre le biberon d’eau à remplir, le foin et les graines à donner et la cage à changer.
Xavy s’assoupit.
    Quand il émergea, c’était déjà le soir, ce qui le rendit triste. Il avait l’impression de passer sa vie à dormir.
Des éclats de voix furieux le firent se redresser. Ses parents se disputaient. « Non… Une honte... » ; « Pas toi... » ; « Impossible... »
Les bribes de leurs propos ne permettaient pas de comprendre de quoi il en retournait au juste, mais Xavy aurait pu parier que ses parents s’accrochaient à son sujet.

jeudi 28 mai 2020

Le fée féminin - 1

Au premier regard, rien ne distinguait Xavy des autres fées : des cheveux blonds descendant en cascade jusqu’au creux de son dos, des yeux bleu clair ourlés de longs cils, une bouche rose aux lèvres charnues, une peau albâtre, des membres graciles et des ailes translucides. Xavy avait beau posséder une beauté éthérée, il était un garçon. Il n’y en avait pas beaucoup parmi les fées, ce qui les rendait généralement précieux. Hélas, Xavy était une déception pour ses parents, pour son père surtout, en raison de sa fragilité.
De nombreuses fées des rêves, spécialisées dans la guérison avaient été consultées, en vain. Aucune magie n’était parvenue à pallier à la faible constitution de Xavy.
Nul fée n’était mieux conscient que Xavy des limites de la magie. Né malade, il avait passé toute son enfance et le plus clair de son adolescence dans sa chambre. Il n’avait jamais pu mettre les pieds dans une salle de classe, jamais eu de camarades.
Tout fée se devant d’être éduqué, sa mère, Vyvyane, avait renoncé à travailler pour lui servir de tutrice et lui enseigner tout ce qu’il devait savoir. A intervalle régulier, une fée de l’école de Valeiage venait s’assurer du niveau de Xavy.
Xavy soupira. Il aurait aimé être en bonne santé plutôt que de passer son temps à bout de souffle, à être fatigué au moindre effort et à ne pouvoir mettre le nez dehors sans risquer d’être ensuite cloué au lit de longs jours. Malheureusement, ce n’était pas le cas et aucune magie féerique ne pouvait à priori lui donner une vie normale.
Sans se montrer méchante, sa mère lui avait fait sentir à plus d’une reprise qu’elle avait espéré une autre carrière que tutrice. Fée des plantes, elle aimait la nature et souffrait de rester confiné avec Xavy. Elle avait envie de liberté.
— Xavy, tu m’écoutes ? Ah, je me demande pourquoi je me fatigue à t’enseigner quoi que ce soit… Jamais, tu ne te concentres.
— Pardon, dit Xavy de sa petite voix fluette, sans oser avouer qu’il était déjà fatigué.
— Arrêtons-nous là pour aujourd’hui, même si nous allons encore prendre du retard sur le programme.
Xavy se mit aussitôt à culpabiliser, il avait déjà dix-huit ans et aurait par conséquent dû être en 12ème et dernière année, mais il était seulement en train de finir sa dixième et au rythme où il allait, il aurait plus de vingt ans avant d’être diplômé et à même de trouver du travail. Le problème étant qu’avec sa santé, les probabilités qu’il en trouve un étaient plus que réduites. Il y avait toutes les chances qu’il continue à vivre aux crochets de ses parents, ce que son père ne manquerait pas de lui reprocher.

mercredi 27 mai 2020

L'empreinte de l'orc - Bonus - 10 (fin)

Matt sortit sans attendre. Roknok était positionné juste à côté de la porte, le dos bien droit. Cela se voyait qu’il avait été un garde autrefois.
Matt résista de justesse à l’envie de se jeter dans ses bras. Il fallait attendre encore un peu avant qu’ils ne puissent s’afficher de la sorte.
— Je vais être professeur à Orchum ! s’écria-t-il.
— Félicitations, dit Roknok avec une chaleur qui se répandit jusqu’au bout des orteils de Matt.
— Et nous sommes pardonnés, annonça-t-il à voix basse. Ne manque pas de me dire oui quand je te confesserai mon amour en public à la fête, ajouta-t-il dans un murmure.
— Oui, gronda Roknok.
Matt crut qu’il allait éclater de bonheur. Tout s’arrangeait pour le mieux. Rien ne pouvait être plus parfait.
    Il se trompait. En effet, le soir de son anniversaire, après avoir mangé du gâteau, bu du cidre, reçu une chaîne de bronze de la part de Roknok et avoir officialisé leur relation devant tout le monde, presque comme une cérémonie de mariage, il apparut que l’immense orc avait un autre cadeau pour lui.
Une nuit d’amour semblable à un rêve éveillé. Des baisers à n’en plus finir. Une langue léchant toutes les parties de son corps. Un index huilé, puis un pouce, deux doigts ensemble, puis trois à l’intérieur de lui, le faisant frissonner de plaisir.
Matt crut qu’il allait jouir comme ça, mais comme si Roknok le pressentait, il s’arrêta de le toucher, l’empêchant d’attendre le point non retour et il pressa finalement son pénis huilé et enduit de ses fluides contre l’entrée de Matt et le pénétra avec une lenteur extrême.
Il était imposant pour sûr et ce n’était pas totalement sans douleur, mais Matt ne grimaça ni ne geint. Il ne voulait pas que Roknok s’arrête et surtout, en dépit de l’inconfort, il était profondément content de ce moment d’intimité.
L’immense orc ne s’enfonça pas jusqu’au bout et quelques mouvements de va-et-vient  suffirent à les conduire tous les deux à la jouissance.
L’orc se retira aussitôt, mais avec précaution.
Matt était moulu et comblé.
Tout était plus que parfait.
    Son bonheur atteint néanmoins un nouveau sommet quelques jours plus tard quand Matt découvrit sur le pectoral de Roknok quelque chose qui ressemblait furieusement à un début d’empreinte et constata l’apparition d’une tâche vert clair sur lui-même.
— Roknok, regarde ces marques…
L’immense orc les examina.
D’abord dubitatif, il caressa longuement le carré de peau tâché de Matt, attrapa ensuite la main du jeune homme et la posa à plat sur son torse, ses traits révélant une joie infinie.

                                               FIN