jeudi 30 avril 2020

L'empreinte de l'orc - 104

En attendant le retour de Rurk et l’arrivée du noble Gaston de Jupilchet, ils bâillonnèrent les humains qu’ils avaient fait prisonniers, las d’entendre leurs plaintes, menaces et insultes.
Au bout du compte, Gaston de Julpichet, un vieux noble bedonnant, débarqua juste avant Rurk, accompagné – chose imprévue –  par dix gardes, si bien qu’il n’y eut pas le temps de le questionner.
Cette fois, Adam le sixième les reçut dans la salle du trône.
Les humains furent tous libérés, au grand énervement de Gulrik, mais tous obligés de demeurer devant leur roi.
— Quelqu’un aurait la bonté de m’expliquer ce qu’il s’est passé ? demanda Adam le sixième.
Une cacophonie de mensonges retentit.
— Silence, ordonna Adam le sixième.
Les humains finirent par se taire.
— Parlez, prince.
S’il avait été un banal ambassadeur orc, Gulrik n’était pas certain que le roi des humains aurait pris la peine d’écouter sa version des faits.
Gulrik exposa les faits, avec quelques interruptions des humains présents.
— Vous auriez dû nous informer pour cette affaire d’archer ! s’indigna le fils aîné.
— Mon fils a raison, c’eût été la moindre des courtoisies, déclara Adam le sixième.
— Bastien du Picton a menti, je ne le connais même pas ! s’exclama Gaston du Pilchet, sans sembler se rendre compte que son empressement à se dédouaner l’incriminait davantage.
— Qu’avez-vous à dire pour votre défense, monsieur du Picton ?
— Rien, votre majesté, si ce n’est que j’ai jamais été qu’un instrument suivant les ordre de du Pilchet et que je ne suis guère surpris qu’il nie son implication.
Adam le sixième abandonna le barbu pour soumettre le vieux bedonnant à un feu roulant de questions.
Il était irritant que le roi des humains se soucie davantage du tort causé à Gulrik que du mal fait à Cyan. S’il avait su que ce dernier avait toutes les chances d’être son fils, Adam le sixième aurait sûrement agi différemment.
Rurk avait en effet commencé à réunir des éléments confirmant le soupçon de Gulrik qui n’avait pas encore trouvé le bon moment pour en discuter avec Cyan.

mercredi 29 avril 2020

L'empreinte de l'orc - 103

Le fameux thé eut lieu deux longs jours plus tard.
Bastien du Picton comprit qu’il avait été roulé dans la farine en découvrant les invités, mais trop tard. 
Dans un premier temps, il refusa catégoriquement de répondre aux questions. Peu importe qui les posait de Cyan ou de Gulrik.
Sa langue se délia cependant quand Gulrik lui donna de l’argent. Bastien du Picton avait beau considérer les orcs comme de puantes créatures,   son appât du gain passait avant tout.
Il révéla le nom du noble qui l’avait embauché – Gaston de Jupilchet –  pour se rendre à Orcania y espionner les orcs et tester l’efficacité du poison dont il n’avait en revanche aucune idée qui avait pu le créer.
Du moment qu’il était payé, il se moquait bien des conséquences de ses actes. Il était clair que chercher à sauver Cyan n’avait été qu’un caprice de sa part, un qu’il regrettait.
L’interrogatoire fut interrompu par l’arrivée d’un petit groupe d’hommes masqués aux épées brandies qui se figèrent face à la scène. Il ne faisait guère de doute qu’il étaient venus gâcher le thé de la jeune femme qui osait fricoter avec un orc. Ils s’étaient attendus à des invités humains, pas à affronter les orcs.
Roknok et Gulrik les mirent hors d’état de nuire en deux temps trois mouvements et arrachèrent leurs stupides masques.
Cyan, en frissonnant, reconnut ses agresseurs dans le lot.
S’il n’avait pas fallu les soumettre à la justice d’Adam le sixième, Gulrik leur aurait tordu le cou sur le champ.
Profitant de la confusion, Bastien du Picton essaya de s’esquiver, mais Rurk le rattrapa et Roknok utilisa les cordelettes qu’il avait toujours à la ceinture pour attacher tous les coupables humains.
— Pouvez-vous faire venir le fameux Gaston qu’a mentionné l’archer ? demanda Gulrik à la jeune femme qui avait tenu à assister à leur confrontation avec Bastien du Picton.
Aux vues de leurs avancées, le mieux était encore d’aller jusqu’au bout. Gulrik n’avait pas envie de séjourner plus longtemps à la cour d’Adam le sixième.
— Maintenant ? s’étonna-t-elle.
Sans être vraiment bouleversée de l’affrontement qui avait eu lieu dans ses appartements, elle était tout de même un peu  secouée.
— Si c’est possible, oui.
— Je ne suis pas certaine… Enfin, mon défunt mari était assez proche de lui.
— Alors, faîtes-le, envoyez un message et dîtes que c’est urgent. Pendant ce temps, Rurk va solliciter une audience avec Adam le sixième.

mardi 28 avril 2020

L'empreinte de l'orc - 102

Gulrik grogna de soulagement. Regarder des humains transformer en hérisson des ronds de bois n’était définitivement pas son passe-temps favori.
La tentation de se diriger droit vers l’homme barbu pour lui demander des compte était forte. Il fallait malheureusement guetter l’opportunité de le prendre à part. Ou la créer.
Gulrik interpella un serviteur humain, lui décrivit le barbu et obtint un nom : Bastien du Picton. Il remercia l’homme qui s’empressa de retourner vaquer à ses occupations.
Avec un nom, ce serait plus simple. Il restait à espérer que Bastien du Picton ne les repère pas, ce qui signifiait ne pas bouger. D’ailleurs, même comme ça, ils attiraient l’attention. Les nobles de la cour du roi humain ne semblaient vraiment avoir rien d’autre à faire que s’observer les uns les autres et médire.
L’archer et son ami finirent par partir sans avoir jeté plus qu’un coup d’œil distrait dans leur direction. Ayant passé du temps à Orcania, Bastien du Picton était sans aucun doute moins fasciné que ses pairs par la vue d’un orc.
Gulrik et Cyan partirent à leur tour. Différentes possibilités s’ouvraient à eux à présent : demander une leçon privée de tir à l’arc à Bastien du Picton, ce qui pouvait lui mettre la puce à l’oreille ou bien se renseigner sur les habitudes de ce dernier et le piéger…
Ils étaient sur le point de regagner leurs quartiers quand ils tombèrent sur Rurk et son humaine que Roknok suivait à distance.
— Pourrais-je avoir un mot en privé, je vous prie ? demanda-t-elle.
Gulrik, surpris, leva un sourcil en direction de Rurk qui baissa les yeux.
Tout habile et débrouillard qu’il soit, l’orc au teint ocre avait ses limites.
— Bien sûr, répondit Gulrik.
La veuve les conduisit à un kiosque isolé dans les jardins du château. C’était bien des idées humaines que de vouloir maîtriser la nature.
— Je ne suis plus une petite oie blanche et naïve, dit-elle en guise de préambule. Je sais reconnaître un intérêt réel d’un feint…
— Pardon, intervint Cyan. Nous n’avions pas l’intention de vous offenser.
— Oh, je ne le suis pas. Pas vraiment. Je suis même prête à continuer à jouer le jeu et à vous apporter mon aide, comme lorsque vous avez été enlevé à la bibliothèque.
C’était la femme qui avait mentionné les passages secrets. Gulrik ne l’avait pas reconnue.
— C’est très aimable à vous, surtout que vous n’en retirez rien, avança Gulrik, pas très certain de pouvoir se fier à une humaine.
— Oh que si, cela m’amuse. Si je puis vous rendre service en quoi que ce soit, n’hésitez pas.
Gulrik allait refuser, mais se ravisa. Sans elle, il n’aurait peut-être pas retrouvé Cyan à temps et  bien que pomponnée et parfumée, la jeune femme respirait la franchise.
— Connaissez-vous Bastien du Picton ?
— De loin. Pourquoi ?
— Nous voudrions lui parler sans être dérangé.
— Je peux organiser un thé où je l’inviterai… Et pour le motiver à venir, prétendre qu’une jeune fille fortunée qui l’intéresse sera présente… Il sera déçu, bien sûr, car il n’y aura que vous !
La jeune veuve constituait une alliée inespérée.
— Merci madame pour votre générosité.
— Oh, je compte bien que vous me présentiez à des orcs qui ont vraiment envie de folâtrer avec une humaine, contrairement à ces deux-là, répliqua-t-elle en désignant Rurk et Roknok. Un orc comme vous, ajouta-t-elle.
Cyan se pressa soudainement contre lui. Un geste possessif qui plut à Gulrik.
La jeune femme partit d’un rire joyeux. Elle était bien consciente que Gulrik n’était pas disponible.