vendredi 29 novembre 2019

L'empreinte de l'orc - 16

Le parc animalier regorgeait de créatures à poils et plumes en tout genre et Cyan ne put que s’extasier face à certaines. Les lapins était tout particulièrement mignons. Ce qui le fit fondre fut surtout de voir Gulrik accroupi pour caresser une de ses adorables boules de poils. Le contraste formé par la force de brute de l’orc et la petitesse de l’animal était tout bonnement irrésistible.
Ils passèrent beaucoup de temps au parc avant de se rendre au temple dont la visite se solda par un échec. Il était fermé pour travaux de rénovation. Et même sans cela, le gardien du temple fit remarquer à Cyan que les orcs n’y étaient de toute façon pas les bienvenus dans la mesure où ils ne croyaient pas à la Déesse. Gulrik ne parut pas fâché, mais Cyan s’en voulut. C’était bien la preuve qu’il n’était pas un bon guide.
Pour ne rien arranger, les statues de la petite place se révélèrent décevantes. Seule consolation, en y allant, ils traversèrent une rue entièrement décorée de splendides mosaïques.
Gulrik voulut ensuite regagner le Caribouc où ils dînèrent avant de monter dans leur chambre. L’orc demanda à nouveau un bain. Cyan en fut surpris. Se laver tous les jours semblait le comble du luxe. Ce qui l’étonna le plus fut que l’orc lui offrit la première place.
— C’est bon, bafouilla-t-il.
— A toi l’honneur, répliqua Gulrik d’un ton tel que Cyan jugea que le mieux était encore d’accepter.
Il se déshabilla et se lava dans un temps record, terriblement conscient de la présence de l’orc qui ne le quittait pas des yeux. Il ne profita guère de l’eau chaude pourtant bénéfique à ses muscles endoloris, sortit et se sécha en deux temps trois mouvements avant d’enfiler sa nouvelle tenue. Il n’avait jamais porté d’habits aussi doux et ajustés.
Quand Gulrik se dévêtit, Cyan fut bien incapable de détourner le regard. Il admira le torse puissant, le pénis épais qui descendait entre les cuisses musclées… Il avait envie de toucher et goûter. Il se lécha les lèvres et serra les poings. Il avait eu sa chance hier. Le moment était passé.
— Tu es sûr de ne pas vouloir que nous prenions du bon temps ensemble ?
La question de Gulrik résonna dans la pièce. Cyan se demanda s’il avait bien entendu.
Il hésita. Rien n’avait changé depuis la veille. Il  était inexpérimenté et risquait d’être un partenaire décevant.

jeudi 28 novembre 2019

L'empreinte de l'orc - 15

Pour le homard, un Gulrik frustré renonça à ses couverts pour briser la carapace du crustacé et accéder à sa chair.
Cyan, lui, n’essaya même pas, se contentant des anguilles qui ne nécessitaient aucun épluchage d’aucune sorte.
— Tu veux y goûter ?
Tout en posant la question, Gulrik lui tendit un morceau entre ses doigts.
Cyan s’empourpra. L’orc ne comptait tout de même pas lui donner comme ça ? C’était embarrassant, surtout en public.
Face à son éloquent silence, Gulrik commença à rétracter sa main avec un air déçu que Cyan ne supporta pas.
Tant pis s’il se ridiculisait devant des inconnus, les moqueries, il connaissait.
Il retint le poignet de Gulrik et attrapa la nourriture entre ses dents. En vérité, il lui aurait volontiers lécher les doigts. Le homard était bon, mais le toucher était délicieux. Seulement, il n’avait pas le droit de le tenir ainsi. Il retira sa main à regret, libérant l’orc qui aurait de toute façon pu se dégager à tout moment.
Au bout du compte, encouragé par Gulrik, Cyan testa tout. Il n’apprécia que modérément la plupart, et c’était du travail de les manger.
— Rien ne vaut de bêtes poissons, déclara l’orc en achevant d’éplucher une ultime crevette.
Cyan avait mal choisi le restaurant.
— Je suis désolé. Vraiment.
— Pourquoi ? Je suis content d’avoir essayé. Je ne suis pas venu à Manchor pour être comme à la maison.
C’était une sage remarque et Cyan réalisa que quand l’orc repartirait chez lui, ce ne serait pas seulement le confort que ce dernier lui procurait qu’il regretterait, mais aussi sa compagnie. Guère plus d’une journée s’était écoulée depuis qu’il l’avait rencontré et pourtant, il s’était déjà attaché à lui.
Gulrik ne le traitait pas comme un égal, mais il avait de la considération pour lui, plus que personne n’en avait jamais eu pour lui de toute son existence.
— Vous êtes prêt à découvrir de nouvelles choses ?
Gulrik hocha la tête et tint la porte du restaurant pour Cyan. Il avait de ses attentions qui n’étaient pas croyables. Cyan avait plus l’impression d’être un compagnon de voyage qu’un guide. Il faut dire qu’il ne connaissait pas la plupart des endroits qu’il montrait à Gulrik, il en avait juste entendu parler en s’activant à la forge ou été passé devant en faisant une commission pour le forgeron.

mercredi 27 novembre 2019

L'empreinte de l'orc - 14

Cyan ne savait pas quoi penser.
Le vieux forgeron qui l’avait employé lui avait fourni de quoi manger, de quoi dormir et s’habiller quand sa tenue ne pouvait plus être reprisée.
Gulrik se montrait plus que généreux. Ce n’était pas des restes qu’il lui donnait, il l’invitait à manger à sa table la même chose que lui, partageait sa chambre et il lui avait acheté des vêtements sans vraie raison, les siens étant encore dans un état correct bien que sales, et des chaussures spéciales qui corrigeaient son boitement, lui permettant de se fondre dans la foule. Ces services de guide pour trois jours ne valaient pas cela. C’était comme si l’orc lui faisait la charité. Cyan n’aurait pas dû accepter et en même temps, c’était si agréable d’avoir enfin de la chance.
Tout ce qu’il pouvait faire pour remercier pour son bienfaiteur, c’était veiller à ce que son séjour à Manchor soit le meilleur possible.
— Où voulez-vous vous rendre maintenant ?
Il n’avait aucune idée de ce qui pouvait intéresser ou non l’orc, aussi mentionna-t-il dans la foulée le parc animalier, le temple et les statues de la petite place.
— Tout semble très bien, mais nous irons après le déjeuner. Une suggestion de restaurant ?
Heureusement qu’à la forge, certains clients étaient bavards.
— L’Hippocampe, près du port, propose des spécialités de la mer.
— Intriguant. Allons-y.
Une fois sur place, Gulrik leur prit une table pour deux, à l’écart, comme s’ils avaient été un couple désireux d’intimité et commanda un vaste nombre de plats, voulant apparemment goûter à tout.
La serveuse, une petite femme blonde, ouvrit de grands yeux face à l’énumération qui n’en finissait pas : moules, huîtres, crevettes, écrevisses, anguilles, homards… Et ils attirèrent bien évidemment l’attention des autres clients. C’était gênant. Cyan décida de se concentrer sur Gulrik. Ce ne fut pas dur vu la tête déconcertée de l’orc face au contenu des assiettes qui étaient posées peu à peu devant eux.
Cyan étouffa un rire involontaire derrière sa main en le regardant vider difficilement une huître qui était ridiculement petite par rapport à la large main de l’orc.