jeudi 2 mai 2019

Hibernation

Il n'est pas impossible que d'autres histoires soient un jour prépubliées sur le blog, mais pour l'heure, j'entre en hibernation.
Je donnerai toutefois normalement des nouvelles 1 fois par mois pour dire si j'ai corrigé des textes (il me reste des histoires à mettre en livres) et/ou si j'ai écrit.


mercredi 1 mai 2019

Chocolat blanc - 74 (fin)

Avant de filer aussi vite que ses jambes tremblantes le lui permettait, il glissa les clefs du studio choisi par son père dans la boîte aux lettres. Il avait eu raison de craindre le pire et de préparer son départ à l’avance.
Dans la rue, il eut droit à bon nombre de regards. Quelqu’un lui proposa même d’appeler la police, mais Wyatt continua à marcher. Il ne doutait pas avoir sale allure. Tout son visage était douloureux et il n’arrivait pas à garder ouvert complètement son œil de gauche dont la paupière avait dû gonfler.
Il était pressé de se réfugier dans son tout nouveau chez lui ou plutôt leur chez eux où étaient désormais installés ses affaires et celle de Kembou.
Dans la minuscule salle de bains, il contempla le désastre dans le miroir, se soigna du mieux qu’il put avec les moyens du bords, en gémissant et alla s’allonger.
Il devinait déjà que longtemps après la guérison de ses blessures, la brutalité de son père continuerait à le hanter.

Quand la clef de Kembou se fit entendre dans la serrure, Wyatt était toujours blotti dans le lit dont il n’avait pas la force de bouger.
Kembou l’y trouva et vit son visage tuméfié.
— Ce n’est tout de même pas ton père qui…
— Si.
— Je me sens coupable. C’est à cause de moi si ton père t’a frappé.
— Ne dis pas de bêtises. Furieux ou pas, homophobe ou pas, il n’a pas d’excuses.
Quand Wyatt parlait, sa peau le tiraillait et il grimaça.
Kembou s’assit sur le lit, à ses côtés.
— C’est quand même à cause de moi que vous en êtes arrivé là.
Wyatt entremêla ses doigts à ceux de Kembou, sa blancheur contrastant avec la peau chocolat. Il était essentiel que Kembou sache qu’il n’avait aucun regret.
— Non, tu sais parfaitement que j’ai toujours été le vilain petit canard parmi eux. C’est toi dont je suis le plus proche depuis que je t’ai rencontré, tu es tout pour moi, mon ami, ma famille, mon amoureux.
— Wyatt…
Et dans sa façon de prononcer son prénom, il y avait tout l’amour de Kembou.
FIN

mardi 30 avril 2019

Chocolat blanc - 73

Au final, il ne resta plus à Wyatt qu’à annoncer les choses à ses parents.
Kembou proposa de l’accompagner, mais Wyatt refusa. Ce n’était pas la peine qu’ils soient deux à subir les foudres de ses parents qui, il le savait, seraient furieux, en partie à raison pour l’interruption de ses études, à tort pour sa relation avec Kembou.
    Il avait beau les avoir prévenus de sa visite, il trouva ses parents apprêtés pour sortir.
— Il faut que je vous parle.
— Eh bien, dépêche-toi, parce sinon tu vas nous mettre en retard, répliqua son père.
Wyatt aurait préféré qu’ils soient installés dans le salon pour discuter, mais il se résigna à ce que cela se fasse, debout, dans l’entrée, alors qu’ils étaient sur le départ.
— Je ne compte pas poursuivre mes études d’ingénieur.
— Quoi ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire ! s’écria son père, furieux.
— Tu n’es pas sérieux Wyatt ?! s’exclama sa mère.
— Ce n’est pas pour moi.
Ses parents tempêtèrent de concert, essayant de lui faire entendre raison, puis sa mère jeta un coup d’œil à sa montre.
Son père le remarqua et statua :
— Nous en reparlerons.
— Non, j’ai déjà pris ma décision. Et j’ai emménagé avec Kembou. Mon petit copain.
Sa mère blanchit et se raidit. Son père devint tout rouge, leva le poing et l’abattit sur la joue de Wyatt.
La force du coup le projeta à terre et l’instant d’après, son père s’accroupissait pour l’attraper par le col et le frapper encore.
Wyatt était trop sonné et choqué pour l’esquiver ou se défendre. Il avait imaginé des mots et des insultes, pas cette violence, pas cette impassibilité de sa mère qui regardait la scène sans protester, comme si elle considérait normal qu’il soit battu.
Les oreilles bourdonnante, un goût de sang dans la bouche, il cria à son père d’arrêter.
Alertée, Marina ne tarda pas à dévaler l’escalier.
— Qu’est-ce qui se passe ?
— Il se passe que ton frère est une putain de petite pédale paresseuse qui baise avec son sale copain noir que nous avions eu la générosité de lui laisser fréquenter, cracha le père de Wyatt en lui postillonnant dessus.
— Kembou est gay… Oh, je comprends mieux pourquoi il avait…
Marina s’interrompit, se rendant sûrement compte qu’il ne valait mieux pas que ses parents sachent qu’elle avait fait un jour des avances à Kembou.
Plutôt que de s’occuper de sa petite personne, elle aurait pu s’inquiéter pour Wyatt et la correction qu’il était en train de recevoir. Toujours est-il qu’avec sa bévue, elle obtint l’attention de leurs parents et Wyatt en profita pour se dégager et s’enfuir. Finalement qu’ils aient discuté dans l’entrée tournait à son avantage : la porte était juste derrière lui.