lundi 31 août 2015

Contes modernes - 118

Il fallut cependant quinze jours entiers à Cole pour trouver le courage de déclarer un matin, à la fin du petit déjeuner :
— Je veux que tu t'en ailles.
Il s'était répété ses quelques mots en boucle dans sa tête, mais n'avait pas pu se résoudre à les prononcer. Seulement, cela le rongeait et son écriture en pâtissait. Leurs routes devaient se séparer et aujourd'hui n'était pas pire qu'un autre jour pour recommencer à vivre seul.
Hans parut l'image de la désolation même.
— Non, s'il-vous plaît, je veux rester. Je suis prêt à tout pour ça...
Et voilà, il usait encore de formules troublantes qui excitaient l'imagination de Cole et pas seulement. C'était son devoir de le mettre en garde. Si un jour quelqu'un le prenait au mot, le jeune homme risquait d'être dans de sales draps.
— Tu ne devrais pas dire des choses pareilles à la légère. Si je te répondais, lèche-moi les chaussures, ce serait...
Cole s'interrompit, halluciné. Hans s'était levé et mis à ses pieds.
— C'était exemple, pas une exigence, déclara-t-il, précipitamment.
— Je suis sérieux quand je dis que je ferais n'importe quoi pour demeurer ici.
Assis sur ses talons, Hans le fixait, dans l'attente.
— Mais, enfin, pourquoi ? grommela Cole, troublé.
— Parce que je vous aime, avoua Hans avant de se relever brusquement en prenant appui sur les genoux de Cole.
Leurs dents s'entrechoquèrent et leur nez se cognèrent dans la précipitation de Hans à l'embrasser. Mais quand leurs bouches se joignirent, Cole en savoura la douceur sucrée avant de le repousser.
Ils ne devaient pas en dépit du désir mutuel qu'ils éprouvaient.
— Je ne suis pas à votre goût... Même si vous êtes gay ? demanda Hans tristement, les épaules affaissées.
— Ce n'est pas ça...
Une petite lumière se ralluma dans ses yeux noisettes. Cole était obligé de l'éteindre pour son bien.
— Nous avons une trop grande différence d'âge. Tu as vingt ans, j'en ai quarante. Je pourrais être ton père.
— Je vous croyais plus âgé.
Cole ne s'en sentit pas vexé. Il ne prenait guère soin de son apparence, ses cheveux mal peignés d'un gris uniforme le vieillissait, et de façon amusante, il avait fait la même erreur autrefois avec Hans.
— Je crois que tu te méprends sur ce que tu ressens pour moi.
Hans secoua vivement la tête.

vendredi 28 août 2015

Contes modernes - 117

Dans la cuisine, Hans s'activait devant la cuisinière tandis qu'Elisa, assisse à table se tournait les pouces, tout en discutant de Moi et mon fantôme.
Cole en fut soulagé, c'était un sujet somme toute neutre, même si Hans et Elisa avaient des opinions divergentes. Le repas fut en revanche éprouvant. Comme s'il n'avait pas été là, Elisa le critiqua sans prendre de gants et Hans le défendit bec et ongles. Cole leur rappela sa présence à plusieurs reprises sans que cela ne change rien.
Quand le déjeuner s'acheva, Elisa prit congé. Elle demanda à ce que Cole la raccompagne un bout de chemin, chose qu'elle n'avait jamais réclamé jusqu'alors et quand Hans proposa de le remplacer, elle refusa.
Cole, intrigué, la suivit hors du chalet. Pour une fois, ses personnages pouvaient attendre.
Ils s'étaient éloignés d'à peine quelques pas, qu'Elisa lança :
— Je sais que je me mêle de ce qui ne me regarde pas, mais... ce n'est vraiment pas ton amant ? Ça se voit comme le nez au milieu de la figure que vous êtes amoureux l'un de l'autre...
— Tu te trompes. Et de toute façon, même si c'était vrai, il est beaucoup trop jeune pour moi.
— Si vous vous aimez, je ne vois pas le problème.
— Tout le monde n'a pas ton ouverture d'esprit.
— Certes, certes. Mais je n'ai jamais eu l'impression que tu te souciais des conventions sociales. Après tout, tu t'es crées ton petit univers avec ses propres règles au fin fond de la montagne.
— Ce sont deux choses différentes.
— Mais enfin...
— La discussion est close, coupa Cole d'un ton sec, l'air sévère.
Elisa soupira.
— Très bien, mais c'est ridicule cette situation. Ce pauvre jeune homme est attentif à tes moindres désirs, à la recherche de la moindre miette d'affection que tu voudras bien lancer dans sa direction, et toi, tu le laisses se morfondre tout en lui lançant de brûlants regards à la dérobée.
Cole s'arrêta de marcher, plantant sa canne dans la terre d'un coup furieux.
— Plutôt que perdre du temps à ses bêtises, je vais retourner écrire.
— A moins que cela ne te fasse peur, tu ne crois pas que de temps en temps, tu ferais mieux de vivre ta vie plutôt que celle de personnages issus de ton imagination ?
Cole lui en voulut. Elisa avait toujours paru respecter sa façon d'être. Découvrir qu'il n'en était rien le blessait.
— Tu es mon éditrice, cela devrait t'arranger, riposta-t-il.
Et, faisant volte-face, il remonta vers le chalet en martelant le sol avec sa canne plus fort que nécessaire.
Hans s'était installé dans le canapé avec un de ses livres.
— Déjà de retour ? Tout va bien ? demanda-t-il, l'enveloppant d'un regard soucieux.
Cole acquiesça.
— Je n'allais tout de même la raccompagner jusqu'à sa voiture.
Le jeune homme lui sourit et Cole sentit son énervement s'envoler. Il résista à l'envie d'aller s'asseoir à ses côtés dans le canapé et monta pour écrire.
Hélas, les paroles de Elisa le hantaient et il ne parvint pas à pondre une seule ligne correcte. Son agacement envers son éditrice revint. Il lui fallait pourtant admettre qu'elle avait raison sur un point : ce n'était pas bien qu'il garde Hans auprès de lui, qu'il le laisse dans l'expectative pour rien.

Annuaire Yaoi

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