jeudi 30 septembre 2010

Mémoire Etoilée - 50

– Rien du tout ! s'exclama le jeune homme en s'empourprant.
– Je sais que tu n'es pas en âge, mais tu peux bien me le dire, c'est moi qui l'ait prévenu que tu l'appelais sans cesse, vous êtes amants, non ?
– Le commandant Dambert n'est pas du genre à transgresser le règlement ! protesta Maïlka, comprenant enfin par quel miracle Djklo s'était trouvé à ses côtés à son réveil.
Comme l'infirmier lui jetait un regard dubitatif, il ajouta d'une petite voix :
– Je suis amoureux de lui, c'est tout.
– Il ne s'est vraiment rien passé ? insista l'infirmier, visiblement déçu de ne pas avoir d'informations croustillantes à se mettre sous la dent.
Maïlka répondit par la négative et changea de sujet, car il n'avait pas besoin qu'on lui retourne le couteau dans la plaie.
– Quand est-ce que je vais être transféré ? Mes amis pourront-ils me rendre visite ?
– Je vais t'emmener prendre la navette tout de suite. Maintenant qu'il est certain que tu n'es pas infiltré, il n'y a pas de raison que tu sois privé de visiteurs. Toutefois, tu ne pourras contacter tes amis qu'une fois qu'un docteur de l'hôpital t'aura examiné.
Tout en parlant, l'infirmier décrocha du mur le matelas du jeune homme et commença à le tirer hors de la chambre.
Plus rapidement qu'il ne l'aurait imaginé, Maïlka se retrouva à bord de la navette, ceinturé à son matelas. L'infirmier l'accompagna jusqu'à l'hôpital où il le laissa aux mains d'un docteur aux cheveux grisonnants. Ce dernier fit passer tout un tas d'examens à Maïlka en poussant des « hum, hum » peu encourageant. Le jeune homme qui, jusque là, ne s'était pas trop inquiété pour l'état de ses jambes, commença à craindre le pire. S'il pouvait plus remarcher, il ne pourrait plus être pilote. Il ne pourrait plus faire équipe avec Isaak, Elxy et Suénor. Il serait obligé de quitter la zone militaire pour la zone civile. Il n'aurait plus la moindre occasion de voir Dambert.
– Est-ce grave ? finit-il par demander.
– J'ai bien peur que vos jambes restent paralysées.
– A vie ?!
– Je vous referais passer une batterie de tests demain. Pour l'heure, reposez-vous.
Sur ces paroles peu rassurantes, le docteur le confia à un homme en blouse blanche qui l'installa dans une chambre semblable à celle de l'infirmerie de la plateforme. La seule différence notable était qu'elle comportait un écran portatif que le malade pouvait consulter en restant au fond de son lit.

Petite pause, prochain épisode : lundi 11 octobre

mercredi 29 septembre 2010

Mémoire Etoilée - 49

Le bipper de Dambert sonna, lui rappelant qu'il avait d'autres obligations. Maintenant qu'il savait que c'était un amour à sens unique qui avait fait fleurir son prénom sur les lèvres du jeune homme, il n'avait plus de raison de rester à son chevet. Il restait toujours à résoudre le mystère de l'échange des rôles entre Isaak Gedaral et Elxy Meredith, mais cela pouvait attendre. Il prit donc congé, décidant en son for intérieur qu'il referait une visite au jeune pilote pour mettre cette affaire au clair.
Maïlka regarda partir Djklo avec tristesse. Même s'il avait dû mal à soutenir à son regard après lui avoir confessé ses sentiments, il trouvait sa présence réconfortante. Sans lui, il se sentait perdu dans la petite pièce vide et froide.
Quelques minutes après la sortie du commandant, un officier vint l'interroger. Maïlka n'eut aucune peine à répondre aux questions et son identité fut rapidement validée. Cependant, l'officier, pressé par le temps, ne voulut donner aucun détail au jeune homme concernant la bataille. Il expliqua juste qu'il était débordé de travail, car les occupants du vaisseau mère devaient tous être contrôlés. Avec la défaillance de la barrière de protection, les Almortiens avaient été très près du vaisseau mère et il y avait des risques élevés d'infiltration.
Après le passage de l'officier, ce fut au tour d'un infirmier de débarquer.
– Maintenant que ton identité est confirmée, tu vas pouvoir être transféré à l'hôpital du vaisseau mère où un docteur se prononcera sur l'état de tes membres inférieurs.
Le jeune homme se crispa, se souvenant de la douleur fulgurante qu'il avait éprouvé quand la paroi s'était refermée sur ses jambes. Avec inquiétude, il souleva le drap du lit pour les regarder. Cependant, il ne put voir grand chose, car elles étaient dissimulées sous d'épais pansements blancs.
– Mes jambes... balbutia Maïlka.
– Elles ont été salement abîmées, mais tu es tout de même un chanceux. Mille deux cent trois pilotes sont morts lors de la dernière bataille. Un vrai carnage. Sans compter les civils infiltrés... Une véritable boucherie est en train d'avoir lieu !
– Comment les combats se sont-ils donc terminés ? demanda Maïlka, profitant du fait que l'infirmier était d'humeur bavarde.
– D'après les rapports que j'ai pu lire, dès que la barrière a été réparée, les Almortiens ont abandonné le champ de bataille. Officiellement, la faiblesse de la barrière serait due à des capteurs déficients posés par des ouvriers négligents, mais la rumeur voudrait que des infiltrés présents à bord du vaisseau mère soient responsables... Sinon, cela n'a rien à voir et je sais que cela ne me regarde pas, mais est-ce que tu veux bien me dire ce qu'il y a entre toi et le commandant Dambert ?

mardi 28 septembre 2010

Mémoire Etoilée - 48

– Djklo... gémit Maïlka.
Ce nouvel appel remua étrangement Dambert. Il aurait aimé aider le jeune pilote. A mi-voix, il répondit :
– Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce que je peux faire pour toi ?
A cet instant précis, les yeux de Maïlka papillonnèrent et il répéta le prénom du commandant. Quand il ouvrit complètement les yeux et vit le visage de ce dernier, il crut qu'il rêvait. Il leva lentement la main et lui fit signe d'approcher. Ce dernier s'exécuta, se demandant si le jeune homme allait passer aux aveux concernant l'équipe du 789.
– Je vous aime, souffla Maïlka à l'oreille du commandant.
Cette confession amoureuse inattendue prit Dambert de court. Il resta un instant silencieux, désireux de trouver une réponse qui découragerait le jeune pilote sans le blesser. Depuis qu'il avait été nommé commandant, il avait eu le droit à de nombreuses déclarations d'amour, mais elles avaient toujours émané de pilotes ambitieux qui pensaient obtenir des faveurs en couchant avec leur supérieur hiérarchique. Celle du jeune homme était sincère. Son regard vitreux et son air fiévreux témoignaient de sa bonne foi. Sans compter qu'à dix neuf ans, Maïlka ne pouvait pas s'attendre sérieusement à une réponse positive.
– Je suis désolé, déclara Dambert.
En entendant cette réponse, Maïlka referma les yeux, déçu. Son rêve était trop réel à son goût. Normalement, Djklo aurait dû répliquer « moi aussi », puis il aurait dû l'embrasser avant de murmurer « dès que tu seras en âge, je ferais de toi mon compagnon. »
– Comment te sens-tu ?
Le jeune homme rouvrit brusquement les yeux. Ce n'était pas un rêve. Il n'était plus dans le 789. Djklo était présent en chair et en os. Maïlka se mordit la lèvre, réalisant qu'il avait fait part de son amour à son cher commandant et qu'il avait été gentiment, mais fermement repoussé. Cela faisait mal. Il était regrettable que son cœur ne puisse pas être anesthésié comme son corps semblait l'être en ce moment. Maïlka résista à son envie de se cacher sous le drap du lit et choisit de masquer sa gêne par un flot de questions.
– Comment suis-je arrivé là ? Que sont devenus les autres pilotes du 789 ? Comment la bataille s'est-elle terminée ?
– Tes camarades s'en sortis indemnes. Vous avez été retrouvés dans la carcasse de votre Glass quelques heures après la fin des combats. Sinon, je regrette, mais je ne peux pas te donner plus de détails avant que tu aies passé le contrôle d'identité.