mercredi 4 septembre 2019

Bleu Ciel Océan - 10

Trois lettres dans le sable ne suffiraient pas à ce qu’ils soient repérés.
Un feu aiderait et serait également utile pour cuisiner, surtout s’ils parvenaient à attraper du poison d’une façon ou d’une autre. Ils manquaient sérieusement de matériel pour tout.
Mais peut-être que Wata avait un briquet dans ses poches si jamais c’était un fumeur.
Il lui posa la question sans obtenir de réponse. Lukas soupira, tira ses poches de son pantalon raccourci, les faisant ressortir, puis toucha l’une de celles du short de Wata qui plongea les mains dedans.
Lukas retint son souffle.
Hélas, Wata ne ressortit rien, pas même un bonbon.
Lukas ravala sa déception et rassembla du petit bois, tout en s’efforçant de se rappeler comment on faisait du feu sans allumettes.
Il frotta un bâtonnet placé sur un amas de feuilles sèches et de brindilles entre ses paumes sans aucun résultat.
Wata l’observa un moment avant de se désintéresser de l’affaire pour fouiller la terre quelques mètres plus loin.
Après une éternité, avec un grognement de frustration, Lukas renonça. Ses paumes étaient rouges et douloureuses. Tout cela était ridicule.
— Qu’est-ce que tu fais ? demanda-t-il à Wata en s’approchant.
Son compagnon d’infortune avait aligné une série de cailloux pierres devant lui et les observait avec attention. Il entrechoqua deux sans résultat, puis deux autres, puis encore deux différentes. Une étincelle se produisit. Un silex et un pyrite, mais bien sûr !
— Wata, tu es un génie ! s’écria Lukas.
Le jeune homme apporta ses deux pierres près du tas de brindilles composé  par Lukas et l’étincelle devint flamèche.
Lukas cria de joie, attrapa les mains de Wata qu’il serra dans les siennes.
Wata lui sourit, dévoilant de jolies petites dents blanches. Lui aussi était content de leur réussite. Ils étaient toujours au beau milieu de l’océan Pacifique sur une île, mais ils progressaient dans le bon sens.
Lukas finit par se rendre compte qu’il n’avait toujours pas lâché les mains de Wata. Elles étaient douces entre les siennes. Il les libéra. Il n’était pas ni aussi expansif ni aussi tactile d’habitude, surtout avec les étrangers. En même temps, vu les circonstances exceptionnelles, il était naturel qu’il ait des réactions inhabituelles et heureusement cela ne semblait pas déranger Wata.

Le reste de la journée fut occupé par la construction d’un abri. Ils s’escrimèrent essentiellement en silence. Parfois Lukas lâchait une phrase, parfois c’était Wata. Même en étant conscient que leur interlocuteur ne comprenait pas leur langue, c’était plus fort qu’eux.
Ni Wata ni lui n’étaient hélas très doués pour ce genre de travaux manuels.
Leurs premières versions s’écroulèrent comme des châteaux de cartes. A leur décharge, ils devaient se débrouiller avec les branches tombées sans pouvoir les couper et les tailler et ils n’avaient non plus aucun clou, marteau ou bout de ficelles pour les aider dans leur entreprise.
Wata suggéra avec force de gestes qu’ils s’installent ailleurs. L’arbre au large tronc élu par Lukas ne convenait pas.
Ils trouvèrent finalement un gros rocher sur lequel ils purent appuyer leur matériel de fortune en une sorte de demi-tente. Ils avaient juste assez d’espace pour se coucher tous les deux dedans. Cela n’avait rien d’un palace, mais c’était mieux que rien et surtout, ils étaient à la limite de la plage et de la végétation entre leur SOS et leur point d’eau.

mardi 3 septembre 2019

Bleu Ciel Océan - 9

L’aube réveilla Lukas. Il observa le visage endormi de Wata. Ses traits étaient détendus et paisibles. Le sommeil avait tout d’une libération. Pendant qu’il dormait, tout était oublié, sa perte de mémoire, comme leur situation de naufragés.
Wata émergea finalement et toute une palette d’émotions passèrent dans ses yeux noirs.
— Bonjour, dit Lukas avec un sourire.
Il éclata deux noix de coco pour leur petit déjeuner et suggéra qu’ils explorent un peu en faisant de grands gestes. Les cocos étaient désaltérantes, mais ne pouvaient remplacer l'eau définitivement.
Ils ne s’enfoncèrent pas très avant. Il s’agissait de ne pas se perdre et il était également important qu’ils signalent leur présence sur l’île par un SOS. Ses trois lettres d’appel au secours étaient heureusement universelles ou presque et Wata comprit.
Les tracer en grand leur prit longtemps. Ils mangèrent à nouveau des noix - Lukas s’en lassait déjà - et retournèrent dans la verdure.
Ils marchaient depuis un petit moment quand un cri de Wata incita Lukas à se retourner. Le jeune homme se tenait le pied, en faisant la grimace. Il avait dû se blesser. Il n’avait pas de chaussures, lui. Lukas s’en voulut, même si lui prêter les siennes auraient été plus anti-pratiques qu’autre chose en raison de leur évidente  différence de pointure.
Lukas s’agenouilla et examina Wata. Cela saignait, mais ce n’était qu’une petite coupure.
Il se débrouilla pour déchirer le bas de son pantalon et banda du mieux qu’il put.
Après réflexion, il transforma son pantalon en short et utilisa le tissu pour emmailloter les pieds de Wata afin de prévenir d’autres blessures.
Pendant l’opération, il ne put s’empêcher d’admirer la finesse et délicatesse des pieds du jeune homme.
Wata le remercia. Du moins c’est ainsi que Lukas traduisit son « domo arigato gozaimashita. »
Quand ils tombèrent enfin sur un point d’eau, même si ce n'était guère qu'un filet, Lukas, fou de joie, souleva Wata sans  ses bras et le fit tournoyer avant de le déposer sur le sol.
Après coup, il se sentit gêné, mais Wata lui sourit. Il devait partager son enthousiasme face à leur découverte.
L’épineux problème de l’eau était résolu, mais ils n’étaient pas pour autant tirés d’affaire.

lundi 2 septembre 2019

Bleu Ciel Océan - 8

Lukas essaya de faire comprendre au jeune homme qu’il pouvait rester assis ici tandis que lui partait seul en quête de nourriture vers la ligne de végétation, mais Wata ne saisit pas ou ne voulut pas et c’est donc ensemble qu’ils s’y dirigèrent.
En chemin, Wata le lâcha, et Lukas le regretta. Le soutenir l’aidait à rester fort.
La vue d’une noix de coco au pied d’un arbre le rassura. Avec cela, ils pourraient se sustenter et se désaltérer. Du moins, s’ils parvenaient à l’ouvrir sans le plus petit outil à leur disposition.
Lukas s’accroupit près de la noix et Wata l’imita.
Peut-être pouvaient-il la briser avec un caillou. Encore fallait-il en dénicher un adapté.
Lukas aurait donné cher pour être de retour sur le paquebot ou mieux encore dans son appartement.
Ce fut Wata qui trouva le premier une pierre à la fois lourde et pointue.
Lukas, lui, réussit à s’en servir pour frapper et éclater la noix de coco, gâchant une partie du précieux fruit dans l’opération.
Ils soulagèrent leur soif tandis que le soleil se couchait, enflammant le bleu du ciel et de la mer.
Le message de SOS devrait attendre.
Lukas était épuisé et Wata sans nul doute aussi.
Il avait aussi besoin d’uriner.
Il s’éloigna donc, seulement Wata le suivit. Lukas constituait son point de repère et il paraissait décidé à ne pas le lâcher des yeux. Cela devait être bouleversant d’être amnésique dans des circonstances aussi dramatiques.
Ravalant son agacement, Lukas s’efforça de mimer ce qu’il allait faire. Il espérait que Wata en déduirait tout seul comme un grand qu’il avait besoin d’intimité. Il bruita le tout d’un pssst explicite.
Wata parut embarrassé.
— Je reviens de suite, assura Lukas.
Même si Wata ne comprenait pas le sens des mots, sûrement il entendrait la promesse qu’ils contenaient.
Il n’alla pas très loin et se soulagea rapidement contre un tronc.
Quand il retourna près de Wata, ce dernier ajustait sa braguette. Il avait dû profité du moment pour se vider la vessie lui aussi.
Ils dormirent côte à côte par terre, leur gilets de sauvetage en guise d’oreiller. Ce n’était pas le grand confort, mais c’était tout ce qu’ils avaient.