mercredi 13 juin 2018

Bienvenue à Versélia - 8

Égaré dans un pays étranger, Grégoire aurait eu une idée de la marche à suivre, mais il était vraiment perdu dans ce monde enchanté.
— Des suggestions ? demanda-t-il, même s'il avait l'impression d'abuser de la gentillesse des fées.
— Sergeï pourrait déterminer ta nature, ce serait un premier pas pour mieux te connaître, offrit Saphir.
— Mais il habite tout près des marécages de feu, protesta Crystal.
— Il n'est pas mauvais pour autant, rétorqua le fée aux cheveux bleus en agitant les ailes avec emphase.
— Il est plus négatif que positif, argua encore Crystal.
Corbin ne se prononça pas et s'envola, devant jugé avoir rempli son rôle.
Grégoire était quant à lui fatigué d'être conduit d'une personne à l'autre et surtout, il avait froid et ses pieds le faisaient souffrir, mais il n'avait guère le choix...
— Y-a-t-il des moyens de transports à Versélia ?
— Par la voie des airs, on peut faire appel aux oiseaux géants. Autrement, certains centaures veulent bien prendre des cavaliers et les licornes aussi, mais elles n'acceptent que les vierges et puceaux.
Grégoire ne pourrait donc monter à dos de licorne. Il s'en remettrait.
Après une rapide discussion, Crystal s'élança dans le ciel bleu pour quêter un oiseau tandis que Saphir et Grégoire gagnaient la clairière la plus proche où leur monture pourrait se poser.
L'attente ne fut pas longue et un gigantesque oiseau au plumage arc-en-ciel apparut.
Grégoire écouta les fées pépier de concert avec l'animal sans rien y comprendre, mais il s'avéra que le prix du voyage était encore une mèche de cheveux.
— C'est pour leur nid, expliqua Saphir.
En le soulevant chacun par un bras, les fées l'aidèrent à s'installer sur le bas du cou de l'oiseau.
Ainsi perché, n'ayant que quelques plumes pour s'accrocher, Grégoire n'en menait pas large et il ne put retenir un cri angoissé au décollage.
La vue aérienne ne tarda cependant pas à le distraire de sa peur. Des fées peuplaient les nuages et le feuillage des arbres formait un magnifique patchwork.
Saphir proposa qu'ils effectuent un tour plutôt que de se rendre directement chez le dénommé Sergeï et Grégoire qui commençait à comprendre que son séjour à Versélia risquait de durer, accepta : plus il en apprendrait, moins il serait susceptible de commettre d'impairs.
Les deux fées lui montrèrent le lac miroitant au milieu de forêts chacune figée à une saison différente, les montagnes les entourant, elles-même encerclées par une terre rouge et boueuse.
L'oiseau les déposa ensuite sur une pente rocheuse glacée et c'est en grelottant que Grégoire entra dans la chaude caverne où vivait Sergeï.

mardi 12 juin 2018

Bienvenue à Versélia - 7

Finalement, ils s'arrêtèrent au pied d'un arbre dont les longues branches montaient vers le ciel. Crystal frappa le tronc d'une succession de coups secs et rapides et une ombre descendit sur eux.
C'était un homme avec des ailes à la place des bras et de larges serres en guise de pieds. Des plumes marrons et beige cascadaient sur sa tête. Un simple pagne retenu par une lanière masquait sa virilité. Avec sa peau cuivrée et ses yeux dorées, il possédait une beauté étrange.
— Ah ! La vieille chouette absente, il faudra se contenter de Corbin, son assistant et successeur, se désola Saphir.
— Vous pouvez toujours revenir plus tard, si vous souhaitez la consulter, répondit obligeamment Corbin.
Grégoire se dépêcha d'exposer sa requête.
L'homme oiseau exigea une mèche de cheveux en échange de ses conseils.
Une fois que Grégoire eut accepté et que la mèche blonde eût été tranchée à l'aide de ses serres, il posa son front contre celui de Grégoire  et l'enveloppa dans ses ailes.
Grégoire retint son souffle et puis, la sentence tomba :
— Tu es là pour te trouver.
— Qu'est-ce que cela veut dire ?
Les ailes de Corbin retombèrent.
— Désolé, mais c'est tout ce que j'ai à révéler.
— Tu es encore plus cryptique que ta mère, lança Saphir, railleur.
Grégoire était furieux. Tout ce chemin pour cela… Il contint néanmoins sa colère. L'homme chouette n'y était pour rien et les fées avaient cru bien faire en le conduisant jusqu'ici.
— Je ne pourrais donc quitter Versélia tant que je ne me serais pas "trouvé"?
Corbin opina et ajouta :
— Et peut-être alors décideras-tu de rester.
C'était improbable. Sa vie n'était pas dans cette forêt magique peuplée de créatures de contes de fées. Il avait des parents, un travail…
Hélas, la recommandation donnée par Corbin était tellement vague qu'il ne voyait pas quoi faire.
— Le précédent humain n'est jamais reparti, précisa Crystal.
— Il est tombé amoureux d'une sirène du lac, expliqua Saphir. La pauvre ne s'en est pas remise quand il est mort de vieillesse.
Grégoire digéra l'information. Ce n'était pas encourageant. Cela ne l'étonnait toutefois pas d'apprendre que la longévité des habitants de Versélia était supérieure à celle de son espèce.
Il n'avait pour sa part pas l'intention de tomber amoureux, pas plus d'un fée que d'un homme-oiseau, et ce, même s'ils étaient séduisants.

lundi 11 juin 2018

Bienvenue à Versélia - 6

— Tiens, mais c'est un humain, gronda le dragon.
— Et il a faim, dit Saphir insistant sur le son final, pour souligner la rime, comme pour justifier sa taquinerie d'un peu plus tôt.
Le dragon retourna dans sa tanière d'un mouvement vif, manquant de balayer Grégoire de sa longue queue et revint, tenant dans sa patte griffue trois boules dorées à souhait.
Grégoire n'osa se rapprocher pour récupérer la sienne.
— N'a-t-on pas quelque chose à payer ?
— Ce n'est pas nécessaire. Que vous vous régaliez me suffit.
— Mais le coût des matières premières ? s'enquit Grégoire, en trouvant enfin le courage de prendre ce qui lui était offert.
Un filet de fumée s'échappa des naseaux de  Vulkain.
— Pas de doute, tu es bien un humain. Le précédent aussi était obsédé par ce genre de question.
— Notre société repose sur l'argent, se défendit Grégoire.
— Pas la nôtre, à Versélia, chacun se rend service sans forcément exiger quelque chose en retour. Toujours est-il que si tu te sens redevable à mon égard, libre à toi de venir mettre la patte à la pâte !
Grégoire mordit dans le petit pain. Les deux fées n'avaient pas menti. Il n'avait jamais goûté à rien d'aussi bon. C'était fondant et croustillant à la fois.
Le dragon émit un grondement satisfait et lui confia une brioche qui se révéla tout aussi savoureuse.
Après avoir remercié Vulkain, ils repartirent.
A mesure qu'ils avançaient, le feuillage des arbres roussissaient et la température chutait.
— Vous n'avez pas froid ? s'étonna Grégoire qui frissonnait avec son costume alors que ses deux guides, tous deux nus, ne se plaignaient pas.
— Non. Notre corps s'ajuste au climat, expliqua Crystal.
— Apparemment, ce n'est pas le cas de notre ami humain, commenta Saphir. Nous aurions dû faire un détour par chez Rufus pour prendre une cape.
— Non, c'est bon, intervint Grégoire.
Ce qu'il voulait, c'était vite savoir comment rentrer chez lui avant de se mettre à douter de sa sanité.
A la demande des deux fées, il parla de son monde et il apparut assez vite que la technologie n'existait pas à Versélia – voiture, téléphone, ordinateur étaient des choses inconnues pour Saphir et Crystal.