mercredi 11 mai 2011

Si Cendrillon était un homme... 9 (fin)

Pendant des semaines, des jeunes femmes défilèrent au château. Des bergères aux filles de duchesses, toutes venaient tenter leur chance, mais invariablement, leurs pieds flottaient dans le pantoufle de verre. Javotte et Jubilée qui auraient été prêtes à se couper le talon s'il avait fallu, se débrouillèrent pour que leurs pieds gonflent. Cependant le résultat dépassa leurs espérances et elles ne purent pas rentrer dans la chaussure !
 Finalement, six semaines après l'édit du roi, alors que le prince commençait à craindre de s'y être mal pris, une petite vieille toute ridée vint essayer la pantoufle. Tout le monde se moquait d'elle, mais elle faisait la sourde oreille. Le serviteur qui faisait essayer la chaussure voulut la refouler d'office, mais la vieille l'ignora, lui et le soulier, pour s'adresser au prince qui surveillait de loin les essayages.
– Je sais, moi, à qui appartient cette pantoufle de verre ! Si vous voulez bien vous approcher, je vous le dirais à l'oreille.
Laurent, se disant qu'il n'avait rien à perdre, rejoignit la vieille femme et l'attira à l'écart. Lili, car c'était elle, lui indiqua où se trouvait la maison des Léonias et lui dit de venir après le douzième coup de minuit avec la pantoufle de verre. Elle se chargerait de l'introduire à l'intérieur afin de reconstituer la paire de chaussures !
Bien que le prince trouva toute l'histoire louche, il accepta. Il avait envie de croire que la vieille femme disait la vérité.
 Cette nuit-là, alors que Cendrillon, assis sur un tabouret, raccommodait sa chemise à la lueur de la bougie, il vit entrer Lili dans la cuisine. Il ne fut pas surpris, car depuis la soirée où il était revenu en larmes du château, elle venait presque tous les jours lui rendre visite pour le réconforter. Cependant, quand derrière elle, la tête rousse du prince apparut, son aiguille lui tomba des mains. Il aurait voulu partir se cacher, mais c'était trop tard. Laurent l'avait vu.
– Qu'as-tu fait, Lili ?! s'exclama-t-il.
– Taratata ! J'en avais assez de te voir malheureux, et qui ne tente rien, n'a rien, expliqua la vieille femme.
– Je suis content de vous revoir, déclara le prince et, s'agenouillant devant le jeune homme, il lui ôta son sabot pour lui enfiler la pantoufle de verre.
– Mais, vous voyez bien que je suis un homme, balbutia Cendrillon en montrant son torse nu.
– Personne n'est parfait, répliqua Laurent et se relevant, il l'embrassa avec passion.
– Nous ne pouvons pas nous marier et avoir des enfants, objecta Cendrillon, quand le baiser s'acheva.
– Nous pouvons vivre très longtemps et très heureux sans cela, rétorqua le prince.

FIN

mardi 10 mai 2011

Si Cendrillon était un homme... 8

Le prince, chercha à le rattraper, mais avec un temps de retard, et Cendrillon qui courait vite, malgré ses jupons et ses talons, creusa rapidement la distance. Dans sa fuite éperdue, il perdit un des pantoufles de verres, mais il ne s'arrêta pas pour autant.
Laurent, le souffle court, finit par abandonner la course, en maudissant son manque d'endurance. A cause de cela, il ne pourrait peut-être plus jamais revoir la charmante personne qui avait dérobé son cœur. Il était désespéré, quand soudain, le clair de lune fit étinceler dans l'herbe le soulier de verre de Cendrillon. Intrigué, le prince se pencha et le ramassa.
– Elle a de grands pieds ! s'exclama-t-il.
Songeur, il tourna et retourna la chaussure de sa main. Pourquoi la jeune femme s'était-elle enfuie alors qu'elle avait avoué qu'elle l'aimait et qu'il l'avait demandé en mariage ?  Pourquoi avait-elle refusé de donner son nom et pourquoi partait-elle toujours peu avant minuit ? Il y avait un mystère là-dessous, mais pour le résoudre, il fallait d'abord la retrouver... et pour cela, il n'avait comme piste que la chaussure. Laurent, sachant que peu de femmes devaient avoir pareille pointure, prit une décision un peu folle : il épouserait celle à qui la pantoufle irait parfaitement !
Fort de cette résolution, le prince, le soulier de verre à la main, retourna dans la salle de bal et fit part de son projet à son père. Celui-ci ne le trouva pas très raisonnable, mais il était désireux de lui faire plaisir.
Ainsi, le lendemain du bal, il fit proclamer un édit disant que toutes les jeunes femmes du royaume étaient dans l'obligation de se présenter au château pour essayer la fameuse chaussure.
En apprenant cela, la belle-mère de Cendrillon se réjouit. L'une de ses filles épouserait le prince. Il suffisait de se débrouiller pour que le pied s'adapte au soulier. Elle paya grassement une jeune villageoise pour que celle-ci évalue la pointure et vienne lui rapporter l'information. Cendrillon assista  tristement à toutes ses manigances.
La veille, quand il était rentré, échevelé, sa robe déchirée et boueuse, avec une seule pantoufle de verre, il avait pleuré pour la première fois depuis des années. Lili avait cherché à savoir ce qui le rendait si malheureux et Cendrillon lui avait expliqué qu'il était tombé amoureux du prince, mais qu'il était impossible qu'il se passe quoique ce soit entre eux, car il était aussi un homme. Le prince l'aimait en retour, mais il croyait qu'il était une femme. S'il apprenait la vérité, il serait sûrement horrifié. La vieille servante avait tapoté l'épaule du jeune homme et murmuré « Taratata ! Ce n'est pas si grave que ça. Tu n'as commis aucun crime. »

lundi 9 mai 2011

Si Cendrillon était un homme... 7

 Le matin de l'ultime jour de fête au château, Javotte, Jubilée et leur mère étaient de fort méchantes humeurs. Elles malmenèrent Cendrillon avec ardeur. Sans aller jusqu'à soupçonner l'incroyable vérité, sa belle-mère qui lui trouvait un désagréable air de ressemblance avec la jeune femme qui captivait le prince, le gifla violemment, prétextant qu'il avait lorgné le décolleté de Javotte en l'aidant à s'habiller. La joue cuisante, le jeune homme ne réagit pas à cette injustice, sachant que se plaindre ne ferait qu'empirer la situation. Stoïque et muet, les yeux secs, il continua à s'occuper des trois femmes jusqu'à ce qu'elles partent pour le bal.
Après leur départ, il monta au grenier et se décida pour une robe en tulle rose. Il l'enfila, puis alla juger de l'effet dans une glace à l'étage. Là, avec horreur, il constata que sa joue avait gardé la  trace des doigts de la comtesse. Il se demandait s'il pourrait vraiment se rendre au château dans cet état quand Lili débarqua.
– Pourquoi cette mine défaite ?
Cendrillon lui montra sa joue rouge.
– Taratata, ne t'en fais pas ! Avec du maquillage, nous masquerons cela !
La vieille servante s'empressa de le poudrer, ensuite, elle le coiffa et enfin, elle le chassa de la maison en lui répétant de rentrer avant le douzième coup de minuit pour l'aider à ranger.
Comme la veille, à peine le jeune homme fut-il arrivé que le prince le rejoignit. Il le couvrit à nouveau de compliments et le fit valser sous les yeux envieux de toutes les femmes de l'assemblée. Alors qu'ils tournoyaient, ils passèrent tout près de la belle-mère de Cendrillon.
Sous son regard perçant, le jeune homme sentit sa joue lui brûler et il eut l'impression qu'elle pouvait voir la marque sur sa joue malgré le maquillage, qu'elle savait qu'il n'était qu'un homme travesti en femme. Il fit un faux pas et marcha sur le pied du prince, mais celui-ci ne lui en tint pas rigueur.
– Vous semblez mal. Que diriez-vous d'aller respirer un peu d'air frais dans les jardins ? proposa-t-il.
Avec empressement, Cendrillon accepta. L'assemblée s'agita en voyant le prince sortir avec la mystérieuse inconnue, mais n'osa pas suivre.
Sous le ciel étoilé, ils se promenèrent un moment sans parler, respirant le doux parfum des fleurs du jardin royal.
L'orchestre se faisait toujours entendre, et le prince invita à nouveau à danser Cendrillon. Dans les bras du prince, loin des regards curieux, loin des jalouses, le jeune homme se détendit si bien qu'il perdit toute notion du temps.
– Je vous aime, déclara soudain Laurent.
– Moi aussi, laissa échapper Cendrillon en retour.
– J'aimerais vous présenter à mon père et faire de vous ma femme.
Cette phrase rappela à la réalité le pauvre Cendrillon. Il était un homme et en tant que tel, il ne pouvait devenir la femme du prince, quand bien même il souhaitait de tout son cœur.
– Il doit être minuit passé, balbutia-t-il, et s'arrachant à l'étreinte du prince, il s'enfuit.